C’est un partenaire majeur du Port de Douala-Bonabéri. En tant qu’acteur incontournable dans les opérations du commerce extérieur, tout comme le Port de Douala-Bonabéri, le Guichet unique du commerce extérieur (GUCE) est fortement impliqué dans la célébration des 150 ans d’existence du Port de Douala-Bonabéri. Outre sa participation aux cérémonies d’ouverture et de clôture, à la marche sportive, le GUCE se distingue à travers son stand d’exposition au Club PAD où la structure accueille les visiteurs. Une occasion de raconter son parcours depuis 25 ans, et surtout, présenter ses services innovants.
Et, parmi ces services innovants présentés au public, il y a e-FORCE, le formulaire unique des opérations du commerce extérieur. Cet outil dont on qualifie de révolutionnaire, qui permet aux opérateurs économiques (importateurs ou exportateurs) ou leurs représentants, de saisir des informations en un point unique en ligne. Le système se chargeant du déclenchement automatique des procédures du commerce extérieur auprès des divers intervenants de la chaine de traitement. Et à ce jour, ce service fait déjà intervenir plus 5000 importateurs ; plus de 1000 exportateurs ; plus de 10 administrations publiques ; plus de 20 banques ; plus 11 interconnexions, pour plus de 35 procédures dématérialisées.
Il y a également e-Business, l’ensemble des services dédiés aux partenaires privés, notamment les banques ; les compagnies d’assurances et les sociétés de traitement phytosanitaire et qui offre des fonctionnalités à ces partenaires privés de la chaine logistique, pour leur permettre de mettre à disposition des documents électroniques nécessaires à la réalisation de leurs opérations du commerce extérieur.
Pour sa part, e-Government ou encore Système d’Information des Administrations Techniques (SIAT), il déploie un ensemble de systèmes informatisés interconnectés au service e-Force, qui permet aux administrations techniques d’interagir en ligne avec les opérateurs économiques et/ou leurs mandataires pour émettre les autorisations préalables (indispensables pour des marchandises spécifiques) et autres documents administratifs nécessaires à leurs opérations d’importation, d’exportation ou de transit.
Le e-Payment, quant à lui, la plateforme de paiement électronique du GUCE, elle permet aux opérateurs économiques d’effectuer des paiements électroniques de manière sécurisée et transparente des droits, taxes et divers frais liquidés par la Direction Générale des Douanes (DGD), la Direction Générale des Impôts (DGI), et les administrations techniques concernées par les opérations du commerce extérieur.
Il y a enfin le simulateur de paiements (SIMPA), un outil de facilitation qui permet aux opérateurs économiques de disposer en amont d’une visibilité sur le coût global de leurs opérations d’import-export et transit, facilitant ainsi leur prise de décision. Il participe aussi, dit-on au GUCE, à renforcer la transparence dans le cadre de la simplification des échanges commerciaux internationaux. Grâce à une interface simple et intuitive, l’utilisateur renseigne les informations clés concernant sa cargaison (pays d’origine, quantité, valeur FOB…), ainsi que le type d’opération envisagée (importation, exportation, transit). En quelques clics, le simulateur calcule alors le détail des droits, taxes et autres redevances, tels que prévus par la législation en vigueur. Outre ces services dits principaux, le GUCE offre également d’autres services dits supports, c’est le cas des services Hotline ; assistance et formation.
Le lancement de la campagne électorale ce 27 septembre 2025 a été marqué à Touboro par des affrontements sanglants entre militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Undp) et de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp). Selon le quotidien L’œil du Sahel dans son édition du 29 septembre 2025, « les militants de l’Undp, en plein défilé pour le lancement de la campagne présidentielle du 12 octobre 2025, sont attaqués à coups de pierres, de gourdins, de machettes et de couteaux par des militants du Rdpc ». Alim Koumaï, 2ème adjoint au maire de Touboro, et chargé des affaires électorales de l’Undp du Mayo-Rey, « nous avons tout fait pour éviter ces affrontements, mais ils ont usé de tous les moyens pour nous atteindre. Ils savaient que, pour le lancement, nous devions défiler dans les artères de la ville. Ils s’étaient donc préparés pour perturber notre mobilisation. Dès l’entame de notre défilé, Ousmanou, un responsable des jeunes du Rdpc dans l’arrondissement de Touboro, a fait des va-et-vient à bord de son véhicule sur l’itinéraire que nous empruntions. Il entrait dans nos rangs et en ressortait, disloquant notre organisation. Il a fallu que je hausse le ton pour qu’il cesse de nous provoquer. À quelques mètres de là, nous nous sommes retrouvés face à un groupe de moto-taximen. Ils nous ont perturbés, mais nous avons dû nous maîtriser pour ne pas tomber dans leur piège. Nous étions plus de 3 000 personnes. Nous aurions pu les affronter, mais nous avons privilégié l’apaisement ».
Pour sa part, Elias Noudjiguemen, sous-préfet de Touboro, interviewé par le quotidienL’œil du Sahel, « selon les informations que j’ai reçues, le député [l’honorable Bouba Moussa, Ndlr] voulait traverser la route pour rejoindre son meeting, qui se tenait également à 14h à la Fada de Touboro, lorsqu’un groupe de jeunes de l’Undp, de passage, l’en a empêché. Le lieu n’était pas loin de l’endroit où le Rdpc tenait aussi son meeting. En voyant leur député empêché de passer, les jeunes du Rdpc se sont rués sur les lieux pour forcer le passage. Il y a donc eu des altercations, avec des jets de pierres et autres». Faux, réagit Alim Koumaï : « l’honorable Bouba Moussa lui-même a bloqué notre passage en garant son véhicule sur la chaussée, tout en nous refusant le passage. Je suis allé vers lui, croyant qu’il allait me comprendre, mais en réalité, il n’attendait qu’un faux geste pour déclencher les hostilités. Nous lui avons exigé de déplacer sa voiture afin que nous poursuivions notre défilé. C’est alors qu’il a fait appel à ses éléments, qui ont surgi de nulle part et se sont jetés sur nous avec des gourdins, des machettes, des couteaux, tout en nous lançant des pierres. J’ai failli être poignardé ; n’eût été l’intervention de nos milices, je ne serais plus de ce monde ».
De toutes les façons, l’affrontement a finalement eu lieu : « dans les tensions, il peut arriver que, malgré le dispositif sécuritaire mis en place, des individus dissimulent des objets dangereux dans leurs vêtements ou ailleurs. Rien ne laissait présager un tel événement. Mais comme l’être humain est ondoyant et divers, je crois que même les places réservées aux meetings étaient séparées. Les partis politiques devaient chacun fournir un programme détaillé de leur événement. Il n’était même pas prévu d’organiser des marches quelconques», rapporte le sous-préfet de Touboro. Sur les réseaux sociaux, a circulé une photo d’un responsable du parti au pouvoir assistant au meeting de son parti, avec une armée de guerre posé sur ses cuisses. L’on apprend que l’homme est allé chercher son arme « pour sa propre sécurité ».
Au bilan, aucune perte en vies humaines, mais le sous-préfet parle de six blessés dont trois cas graves.
Après avoir réussi à calmer les tensions, l’autorité administrative a interdit le port et l’usage des armes de toute nature, ainsi que des milices, par les militants et sympathisants des partis politiques en course pour l’élection présidentielle du 12 octobre prochain, sur toute l’étendue de l’arrondissement de Touboro, durant la période de campagne électorale.
Le paysage camerounais des services financiers mobiles, longtemps dominé par les opérateurs privés MTN et Orange, s’apprête à accueillir un acteur institutionnel. La Cameroon Telecommunications (Camtel) a constitué en septembre 2025 la société Blue Mobile Money SA, matérialisant ainsi son projet d’entrer sur le marché du mobile money.
Le cadre juridique de cette nouvelle entité est désormais établi. Blue Mobile Money SA a été formellement créée par acte notarié les 18 août et 15 septembre 2025, avec un capital social de 500 millions de francs CFA. La société, immatriculée au Registre du Commerce de Douala, dispose d’une structure de gouvernance incluant un conseil d’administration présidé par Ottou Jean Marie Aimé et deux commissaires aux comptes.
L’objet social de Blue Mobile Money SA couvre « l’émission, la mise à disposition ou la gestion d’instruments ou moyens de paiement », conformément à la réglementation de la CEMAC. Cette base juridique permet à Camtel d’opérer dans le secteur des services financiers numériques.
Le timing de cette entrée intervient dans un marché déjà bien établi. Selon les données de la GSMA, le mobile money contribue à hauteur de 5% au PIB camerounais, une performance qui place le pays parmi les leaders du secteur en Afrique. Cette importance économique s’est construite autour de deux acteurs majeurs, Orange Money et MTN Mobile Money.
Les chiffres disponibles illustrent cette domination. Orange Money Cameroun revendique plus de 11 millions d’utilisateurs locaux, tandis que les services financiers de MTN ont généré 35 milliards de FCFA de revenus en 2024. La Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) souligne par ailleurs que le Cameroun concentre 71% des transactions mobile money de la sous-région CEMAC.
L’entrée de Camtel sur le marché du mobile money représente un développement significatif dans la stratégie de diversification de l’opérateur public. Toutefois, cette initiative se heurte à plusieurs défis structurels, dont la faible pénétration de Camtel sur le marché mobile comparée à ses concurrents et la fidélité des utilisateurs aux plateformes existantes.
Si le cadre juridique et stratégique est désormais en place, le déploiement physique de Blue Mobile Money n’est pas encore visible sur le terrain. Aucune annonce concrète n’a été faite concernant le calendrier de déploiement des points de service ou le démarrage effectif des opérations. Les observateurs du secteur attendent toujours la matérialisation de cette offre, que la directrice générale avait qualifiée d' »imminente » lors de son annonce du 1er mai 2025.
Le commerce extérieur du Cameroun a connu en 2024 une amélioration notable, malgré un contexte international marqué par la volatilité des matières premières et la réorganisation des flux mondiaux. Selon le dernier rapport sur le commerce extérieur publié par l’Institut national de la statistique (INS), le déficit de la balance commerciale s’est établi à 1 747,3 milliards de FCFA, en baisse de 12,8 % par rapport à 2023 où il atteignait 2 004,0 milliards de FCFA. En valeur absolue, cette réduction correspond à un allègement de 256,8 milliards de FCFA.
Cette amélioration du solde commercial résulte principalement de la hausse des recettes d’exportation, qui progressent de 8,8 % (soit +263,5 milliards de FCFA) pour atteindre 3 252,2 milliards de FCFA. Dans le même temps, les dépenses d’importation n’ont enregistré qu’une légère augmentation de 0,1 %, soit +6,8 milliards de FCFA, pour s’établir à 4 999,4 milliards de FCFA.
Hors pétrole brut, un déficit plus lourd
Si l’amélioration est indéniable, le tableau reste nuancé lorsque l’on isole les hydrocarbures. Hors pétrole brut, le déficit commercial camerounais s’est creusé à 2 749,9 milliards de FCFA, malgré une réduction de 381,2 milliards de FCFA (soit -12,2 % par rapport à 2023). En excluant à la fois le pétrole brut et le gaz naturel, le déficit atteint même 3 071,4 milliards de FCFA, mais enregistre néanmoins une amélioration de 441,4 milliards de FCFA (-12,6 %).
Le taux de couverture – rapport entre exportations et importations – témoigne toutefois d’un progrès notable : il est passé de 59,9 % en 2023 à 65,1 % en 2024, soit une amélioration de 5,2 points.
Exportations : le cacao en moteur, les hydrocarbures en retrait
Du côté des exportations, la progression de 8,8 % est principalement due à l’envolée des ventes de cacao brut en fèves, dont les recettes ont bondi de 90 % pour atteindre 682,5 milliards de FCFA. Cette embellie tient essentiellement à l’évolution des prix mondiaux, passés de 1 994 FCFA/kg en 2023 à 3 830 FCFA/kg en 2024. Les volumes exportés, en revanche, reculent légèrement (-1 %).
Le cacao et ses dérivés s’imposent comme le moteur des exportations nationales, représentant désormais 30,7 % du volume total. En tête, le cacao en fèves concentre à lui seul 21 % des expéditions, suivi par la pâte de cacao qui génère 6,5 % des exportations, soit l’équivalent de 210 milliards de FCFA. Le beurre de cacao complète ce trio stratégique avec 3,1 %, pour une valeur estimée à 99,2 milliards de FCFA. Ce dynamisme confirme le rôle central de la filière cacao dans l’économie du pays.
À l’inverse, les hydrocarbures connaissent un net repli. Les recettes des huiles brutes de pétrole chutent de 11 %, à 1 002,7 milliards de FCFA, avec des volumes en baisse de 1,8 %. Le gaz naturel liquéfié, qui avait connu un essor fulgurant en 2022, poursuit sa décrue avec -14,1 % en 2024, après -33,3 % en 2023. Ses recettes passent de 421,4 milliards de FCFA en 2023 à 362,1 milliards.
En 2024, plusieurs filières d’exportation secondaires du Cameroun ont connu un repli marqué, notamment le bois et ses ouvrages dont les recettes se chiffrent à 249,7 milliards de FCFA en baisse de 13,4 %, ainsi que le coton brut qui recule de 19,8 % pour s’établir à 177,2 milliards de FCFA.
Importations : stabilité globale mais dépendance persistante
En 2024, les importations ont atteint près de 5 000 milliards de FCFA. Elles restent dominées par les produits minéraux, qui pèsent 23,5 % des dépenses totales, dont 19,5 % pour les carburants et lubrifiants. Malgré leur poids, les importations de cette catégorie sont en recul de 11,1 %.
Les machines et appareils mécaniques ou électriques occupent une place croissante, avec 786,4 milliards de FCFA d’importations, soit 15,7 % du total, en progression de 19,9 % par rapport à 2023. Ce dynamisme reflète la volonté du pays de renforcer ses capacités technologiques et industrielles.
Les produits du règne végétal affichent une hausse spectaculaire : la facture s’élève à 624,2 milliards de FCFA (+31,9 %). Les céréales constituent la part la plus importante (543,7 milliards de FCFA), en augmentation de 40,3 %. Le riz progresse de 58,6 %, atteignant 318,6 milliards de FCFA et représentant 6,4 % des importations totales. Le froment de blé, évalué à 214,1 milliards de FCFA, est en hausse de 20,1 % et équivaut à 4,3 % des importations. Ces chiffres soulignent la dépendance alimentaire persistante du Cameroun, en décalage avec la politique d’import-substitution prônée par la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30).
Les produits des industries chimiques enregistrent une baisse de 2,1 %, pour un total de 521,8 milliards de FCFA. Les produits pharmaceutiques en représentent près d’un tiers (32,6 %), avec une facture de 169,9 milliards de FCFA, en légère hausse de 2 %.
Un commerce extérieur sous tension mais résilient
Le rapport de l’INS illustre une double réalité : d’un côté, la capacité du Cameroun à tirer profit de la hausse des cours mondiaux du cacao, véritable bouée de sauvetage pour la balance commerciale ; de l’autre, une dépendance persistante aux importations de produits alimentaires et énergétiques, qui fragilise la souveraineté économique du pays.
ALAMINE OUSMANE MEY, Ministre de l’Économie, de la Planification, et de l’Aménagement du Territoire
Défis Actuels : Monsieur le Ministre, la conférence annuelle de vos services en février dernier portait sur le thème : « accélération de la diversification de l’économie et amélioration de la position extérieure du Cameroun ». Quelles sont les mesures retenues pour atteindre ces objectifs ?
ALAMINE OUSMANE MEY : Il faut relever au préalable, que cette thématique a été choisie en relation avec son importance pour le renforcement de la résilience de l’économie camerounaise, au regard d’un environnement économique international caractérisé par une grande incertitude sur les fondamentaux économiques et une fragmentation géopolitique de plus en plus importante, et d’un contexte national empreint de préoccupations sur le rythme de la croissance économique, le financement des investissements et la viabilité de la dette. Il s’agit également d’un engagement du Chef de l’Etat dans le cadre des résolutions du dernier Sommet extraordinaire de la CEMAC en décembre 2024.
Ainsi, l’objectif de la conférence annuelle était de favoriser l’appropriation des mesures permettant de relever les défis qu’imposent les chocs de toute nature, économique ou non, internationaux ou nationaux. Des réflexions issues des travaux, les orientations retenues à cet égard sont principalement :
La poursuite et l’intensification des travaux d’accompagnement des entreprises championnes d’une part, et celles engagées à substituer, dans leur processus de production, les intrants importés par ceux produits localement d’autre part ;
L’intensification de la coopération avec les Partenaires Techniques et Financiers dans le cadre du Programme Économique et Financier en général, et les réformes structurelles en particulier ;
L’identification des mesures d’abaissement des coûts des facteurs ainsi que des réformes engagées pour l’amélioration du climat des affaires, dans le cadre du renforcement de la compétitivité des entreprises ;
La mobilisation en priorité des financements concessionnels, et lorsque cela n’est pas possible, le recours aux financements non concessionnels pour la réalisation des projets présentant un potentiel de rentabilité financière et socioéconomique avéré ;
L’accélération de la mise en œuvre, en liaison avec les administrations et acteurs impliqués, du Plan Intégré d’Import-Substitution Agropastoral et Halieutique (PIISAH) ;
L’élaboration périodique d’un rapport sur l’implémentation du PIISAH en mettant en exergue les contraintes éventuelles ;
Le déploiement du Programme d’Impulsion Initiale (P2I), ainsi que des Programmes Spéciaux de Reconstruction et de Développement des régions de l’Extrême-Nord, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ;
L’optimisation de la structuration des filières porteuses de croissance (à savoir le cacao, le café, l’hévéa, le coton, la banane, le bois, la métallurgie (aluminium), les produits chimiques (savons de ménage et autres), les hydrocarbures, la sidérurgie, les services touristiques, le poivre et la noix de cajou) et élaborer un plan d’actions pour l’opérationnalisation des mesures identifiées pour le développement desdites filières as sorties des coûts de mise en œuvre.
ALAMINE OUSMANE MEY : « Pour ce qui concerne le programme des entreprises championnes, cinq structures nationales ont été identifiées dans les secteurs de l’agro-industrie, des transports et de l’électronique au regard de plusieurs critères ».
Défis Actuels : Vous avez à cette occasion prescrit la poursuite et l’intensification des travaux d’accompagnement des entreprises championnes et celles substituant les intrants importés par des produits locaux. Quelles sont les actions précédemment menées dans ce sens, et quel impact ?
ALAMINE OUSMANE MEY : A ce propos, il faut dire que cette orientation est en droite ligne avec les orientations clés de la SND30 visant transformation structurelle de l’économie et la réduction de la dépendance aux importations.
En ce qui concerne les entreprises substituant les intrants importés par les produits locaux, les résultats des études que nous avons menées ont orientés notre action sur les branches de la fabrication des produits à base de céréales, et de l’industrie du lait, fruits et légumes. A cet effet, les produits prioritaires retenus sont le maïs, le Soja et les Fruits. Ainsi, la première phase de notre accompagnement a abouti à la sélection de 06 entreprises exerçant précisément dans la boulangerie, la fabrication des aliments pour bébé et la production des jus naturels, lesquels entreprises ont bénéficié en 2024 d’un appui en investissement à hauteur de Fcfa 215 000 000, destinée à la réhabilitation de l’outil de production et l’acquisition d’équipements plus performants. Les entreprises bénéficiares sont FRUITSCAM Sarl et NT FOODS Sarl dans la ville de Yaoundé, PROXIMA Sarl, LAMANA Sarl, et Bonne Chair Sarl dans la ville de Douala, et PAIX PLUS dans la ville de Bafoussam.
Pour ce qui concerne le programme des entreprises championnes, cinq structures nationales ont été identifiées dans les secteurs de l’agro-industrie, des transports et de l’électronique au regard de plusieurs critères. Ces critères sont en lien notamment avec le potentiel en termes de renforcement du tissu industriel local, de résorption du déficit de la balance courante, d’impulsion de l’innovation, de couverture du marché sous régional et international, et finalement, de développement de l’entrepreneuriat local et de l’activité de sous-traitance. Ces entreprises ont bénéficié d’accompagnements spécifiques en fonction des besoins exprimés, qui incluent des subventions d’appoint, estimées à un peu plus de FCFA 500 millions, et des appuis techniques sur le plan institutionnel, à l’instar des facilitations pour l’attribution des contrats de concessions pour le développement de leurs activités.
Par ailleurs, le MINEPAT organise les journées des entreprises Championnes Nationales, en réponse à la sollicitation de ces dernières qui manifestent le besoin d’exposer leur produit et leur savoir-faire afin d’élargir leurs débouchés. Enfin, des études portant notamment sur le mode de financement des entreprises Championnes Nationales, ainsi que l’élaboration d’un guide d’accompagnement des entreprises Championnes Nationales sont en cours de finalisation. Les entreprises retenues comme championnes sont les suivantes : SOPROICAM (société agroindustrielle de production de tourteaux de soja pour l’alimentation animale) ; SOTRABUS (entreprise de montage de bus à usage de transport en commun) ; ZNG SMART CARDS FACTORY (entreprise industrielle de production des cartes magnétiques et des terminaux électroniques) ; SCPR (entreprise de production de riz paddy à grande échelle et de fabrication d’emballages en polypropylène tissés) ; et AGROCAM (production de poussins et de fabrication d’alvéoles). Ces multiples initiatives ont permis de renforcer la production et la productivité des entreprises accompagnées, de réduire les importations de certaines spéculations et de créer plusieurs emplois. Des résultats encore plus importants sont attendus de la poursuite de la mise en œuvre des dites actions.
Défis Actuels : Les indicateurs de la balance commerciale continuent de montrer une forte dépendance aux importations et la faible diversité des produits exportés, malgré des mesures annoncées depuis quelques années. Comment l’expliquer ?
ALAMINE OUSMANE MEY : Les statistiques du commerce extérieur produites par la Direction Générale des Douanes du MINFI, en 2023 et 2024, indiquent tout de même des évolutions encourageantes dans la réduction de la dépendance aux importations et la diversification des produits exportés. S’agissant des importations totales en valeur, elles ont augmenté faiblement en 2023 (1,7%), et stagnées en 2024 (0,1%). Cette évolution est portée par une réduction sensible des achats à l’étranger de certains produits pour lesquels des actions importantes ont été entreprises pour renforcer la production locale, aussi bien dans le secteur agricole que manufacturier. C’est le cas notamment des poissons de mer congelés, dont la facture d’importations a baissé en valeur de 10% en 2023, puis de 8,3% en 2024. Cette baisse a été accompagnée d’une réduction des quantités achetées de 3% et 11,7% respectivement pour ces deux années. Cette dynamique est également observée sur d’autres produits comme le vin, les papiers et cartons (matières premières), et les produits céramiques. Pour ce qui est des exportations, elles se sont inscrites en hausse de 8,2% en 2024 par rapport à l’année d’avant. Cet accroissement est entre autres soutenu par la hausse des ventes des produits transformés. C’est le cas par exemple de la pâte de cacao, dont les exportations ont enregistré une hausse de 115,5% en valeur et 25,5% en volume en 2024, tandis que les exportations de fèves ont reculé de 1% en volume. Les exportations de chocolat s’inscrivent également en hausse depuis 2023. Cette tendance sur la transformation de caco est aussi observable sur les savons de ménages, les sacs et sachets en polymères de l’éthylène, le bois contre-plaqué et les constructions en aluminium. Néanmoins, il est vrai que ces constats ne reflètent pas encore la dynamique d’ensemble recherchée en matière de diversification des exportations et de substitution des importations. C’est pourquoi nos efforts s’intensifient graduellement afin d’atteindre des performances compatibles avec nos ambitions en termes de résilience et de stabilité extérieure.
Défis Actuels : Quelles sont les principales articulations du Plan Intégré d’Import-Substitution Agropastoral et Halieutique (PIISAH) et du programme d’impulsion initiale, et où en est leur mise en œuvre ?
ALAMINE OUSMANE MEY : « Au titre de l’exercice 2025, la budgétisation des crédits destinés au PIISAH a été effectuée sous forme de dotation aux administrations concernées, d’un montant total de près de 53 milliards de FCFA ».
ALAMINE OUSMANE MEY : Il faut rappeler ici que dans l’optique de réduire le déficit de la balance commerciale et de garantir la souveraineté alimentaire, le Gouvernement a adopté en 2024, un Plan Intégré d’Import-Substitution Agropastoral et Halieutique (PIISAH) pour le triennat 2024-2026. Le PIISAH a pour objectifs de : (i) faciliter le développement des actions du secteur privé dans le domaine agropastoral, sur des espaces sécurisés et aménagés ; (ii) contribuer à l’augmentation significative de la production et de la disponibilité des produits locaux de grande consommation et ; (iii) créer un environnement propice au développement des activités agropastorales.
Il s’articule autour de trois axes, avec un accent important sur l’implication du secteur privé :
Axe 1 : Sécurisation et aménagement des périmètres hydroagricoles, pastoraux et halieutiques Il s’agit d’aménager des périmètres hydroagricoles, construire des barrages de retenue pour l’agriculture et l’élevage et poursuivre le désenclavement des bassins agricoles. Sont également envisagés les travaux d’aménagement des périmètres fourragers dans la Région de l’Adamaoua.
Axe 2 : Amélioration de la production, la transformation et la commercialisation Cet axe porte sur la mise à niveau de l’appareil de production, de transformation et de commercialisation des produits agropastoraux des spéculations identifiées, pour améliorer la production et la disponibilité des produits locaux de grande consommation. En 2026, les mesures du Plan devraient permettre de réduire les importations de riz de 70%, avec une projection de la production de riz estimée à 464,5 milliers de tonnes. La production de maïs devrait passer de 2,7 millions de tonnes à 4,3 millions de tonnes, et la production projetée cumulée des farines panifiables est estimée à 303,6 milliers de tonnes en 2026. S’agissant du mil et du sorgho, il est envisagé le développement de la production de l’ordre de 1 195,6 milliers de tonnes en 2026 contre 1 010,9 milliers de tonnes en 2022. Par ailleurs, il est projeté l’amélioration de la disponibilité des semences certifiées produites localement, pour accroitre la production de soja qui se chiffrerait à 58,1 milliers de tonnes en 2026 contre 35,5 milliers de tonnes en 2022. L’amélioration de l’appareil de transformation des noix de palme en huile de palme permettrait d’envisager une production d’huile de palme supplémentaire de l’ordre de 60 mille tonnes en 2026. Pour ce qui est du poisson, l’objectif visé par le Plan est l’accroissement de la production de 224 900 tonnes en 2022 à 602 500 tonnes en 2026. Enfin, pour la filière lait, il est question d’augmenter la production de l’ordre de 351,9 milliers de tonnes en 2026 contre 343,9 milliers de tonnes en 2022, et d’accroître sa disponibilité sur le marché local de 15%.
Axe 3 : Amélioration de l’accès à la recherche, à la formation et aux financements Il est question ici de renforcer les moyens alloués à la recherche et la vulgarisation des résultats de recherche, de renforcer les capacités des chercheurs et des producteurs, et de garantir l’accès à des financements adaptés pour booster la production et la transformation par le secteur privé dans les filières retenues. Au titre de l’exercice 2025, la budgétisation des crédits destinés au PIISAH a été effectuée sous forme de dotation aux administrations concernées, d’un montant total de près de 53 milliards de FCFA. Ces ressources seront principalement mises à disposition des opérateurs du secteur privé exerçant dans les filières identifiées, à travers la Banque des Petites et Moyennes Entreprises, afin de faciliter l’obtention des crédits à des taux préférentiels. Des subventions de fonctionnement aux EPA seront également accordées sous la forme de fonds revolving. Les conférences de décaissement desdites ressources se sont déroulées au MINEPAT les 06, et 07 janvier 2025, afin de constituer les provisions budgétaires pour le financement des opérations retenues dans le cadre du PIISAH, et assurer une mise en œuvre efficace et un suivi harmonisé du plan.
Défis Actuels : En plus de produire Camerounais, la problématique de consommer Camerounais se pose également. Qu’est ce qui est fait pour inculquer l’habitude de consommer Camerounais à la population ?
ALAMINE OUSMANE MEY : Relativement à cette préoccupation, nous pensons que la problématique est double. Tout d’abord, beaucoup de Camerounais n’ont pas l’information en ce qui concerne l’existence et les points de vente de certains produits locaux qui sont souvent de très bons substituts à ce qu’ils consomment. Ces produits sont habituellement fabriqués par des PME qui ne disposent pas de fonds importants pour développer et exécuter des stratégies marketing viables. C’est dans le but de régler ce problème que le Gouvernement a entrepris, entre autres :
La réalisation de plusieurs évènements et supports de vulgarisation des produits Made in Cameroon (catalogues des produits, foires, mission économiques étrangères, etc.) ; – la sensibilisation sur l’importance économique de la consommation locale (emplois, réduction des prix sur les marchés, croissance, etc…), à travers le patriotisme économique ;
L’accroissement de certaines taxes et droits d’accise sur les produits importés qui disposent des substituts locaux en quantité, en vue de réorienter la demande vers la production locale ;
La hausse progressive de la commande publique adressée aux entreprises locales ;
La mise en place de partenariats et règlements pour assurer des espaces dédiés à l’exposition des produits Made in Cameroon dans les grandes surfaces. Par ailleurs, les produits locaux sont souvent plus chers et donc moins compétitifs que les produits importés. De ce point de vue, les mesures d’offre, qui visent à renforcer la production sont essentielles. En outre, la politique en cours sur le développement des infrastructures énergétiques, routières et technologiques devrait renforcer la productivité, la compétitivité et la résilience de nos entreprises.
Défis Actuels : Plusieurs grands projets entamés depuis de longues années sont encore en cours. Ces retards dans la réalisation des infrastructures auront-ils un impact sur l’atteinte des objectifs de la SND30, notamment sur le lancement des projets de seconde génération ?
ALAMINE OUSMANE MEY : Au cours des dernières années, dans le contexte du programme économique et financier avec le FMI, le règlement de la dette publique tant intérieure qu’extérieure a occupé une place prépondérante, limitant la marge de manœuvre disponible pour l’investissement. Toutefois, l’engagement du Gouvernement est resté constant en ce qui concerne la poursuite de la mise en œuvre des grands projets. L’allègement du portefeuille relatif auxdits projets se poursuit avec la finalisation progressive des projets entamés avant l’adoption de la Stratégie Nationale de Développement (SND30). En ce début d’exercice 2025, nous pouvons dire que la considération clé de la SND30 sur l’achèvement des grands projets de première génération (lancé entre 2010 et 2018) est respectée, sauf quelques exceptions dont l’autoroute Yaoundé—Douala, dont la seconde phase vient d’être lancée. De façon générale, la modification structurelle visée par le Gouvernement commence à être perceptible. Avec plus de 3000 Km de routes bitumées, près de 20000km de fibre optique posés et plus de 1000 Mw de capacités additionnelles de production d’électricité installées, la structure de l’économie camerounaise de 2009 est indubitablement modifiée.
ALAMINE OUSMANE MEY : « L’objectif de transformation structurelle de notre économie passe par la mise en œuvre de plusieurs projets d’investissement d’ici à 2035, dont le coût total est estimé à plusieurs milliards de FCFA ».
Toutefois, les efforts se poursuivent pour améliorer l’accès et l’utilisation productive de ces infrastructures par les populations et les entreprises. En ce qui concerne les grands projets de seconde génération, il me plait d’indiquer ici que plusieurs projets de cette seconde vague d’investisse ment ont déjà été lancés, et certains s’achèvent d’ailleurs progressivement. Afin de tenir les objectifs que nous nous sommes fixés, un Plan d’Impulsion Initiale (P2I) est mis en œuvre par le MINEPAT, avec des projets prioritaires dont l’exécution s’est accélérée pour renforcer les bénéfices économiques auprès des entreprises et des populations, et faciliter l’exécution des autres projets. Nous gardons donc le cap des objectifs de la SND30 malgré les contraintes exogènes auxquelles l’économie nationale continue d’être confrontée.
Défis Actuels : Le COVID-19 et les tensions internationales ont durement affecté les entreprises nationales. Quels soutiens le MINEPAT a-t-il apporté aux opérateurs économiques ?
ALAMINE OUSMANE MEY : En dehors de la COVID-19, la fragmentation persistante de l’environnement géopolitique international a induit plusieurs autres contraintes pour l’économie Camerounaise. C’est le cas notamment de la crise en Ukraine et ses implications sensibles sur l’inflation locale. Pour ces différentes contraintes, le MINEPAT, avec l’appui de l’Institut National de la Statistique (INS), a régulièrement mené des enquêtes auprès des entreprises afin d’apprécier l’ampleur des conséquences sur leurs comptes d’exploitation. Quelques-uns des résultats les plus saisissants issus des travaux récents indiquent que : (i) ces entreprises affirmaient continuer de subir les effets de la pandémie en 2023, même si l’ampleur s’était atténuée. En effet, près de 6 entreprises sur 10 indiquaient qu’elles subissaient toujours lesdits effets, contre 9/10 en 2020. Cette persistance était essentiellement marquée chez les TPE et les PE ; (ii) près de 8 PME sur 10 indiquaient avoir été affectées par les conséquences de la crise russo-ukrainienne. Les plus touchées étaient les entreprises formelles de taille relativement grande, opérant dans la filière agro-alimentaire et qui s’approvisionnaient majoritairement à l’étranger. Sur la base des résultats de ces enquêtes, le MINEPAT a déployé son expertise pour apporter des solutions concrètes et intégrées depuis 2020, à travers notamment :
L’élaboration de la Stratégie globale de riposte contre la COVID-19 (Stratégie globale de Riposte et de Résilience Economique et Sociale), ainsi que du plan de relance post COVID19, afin de mieux orienter et coordonner les interventions du Gouvernement ;
La participation à la recherche de financements pour l’approvisionnement du Compte d’Affectation Spéciale (CAS COVID-19) ayant pris en charge les interventions de riposte et de relance ;
La mise en place d’instruments de protection sociale en faveur des populations les plus vulnérables, notamment le programme de transferts monétaires d’urgence du Projet Filets Sociaux, pour un montant global de 16 milliards de FCFA ;
L’accompagnement de plusieurs structures à l’identification de débouchés, en particulier à travers l’exposition-vente de leurs produits dans les grandes surfaces commerciales et lors de plusieurs foires et foras nationaux et internationaux ;
La conception et le déploiement, avec les autres administrations et structures impliquées, de plusieurs projets visant le renforcement de la disponibilité locale de produits de première nécessité, l’amélioration de la compétitivité des entreprises et le renforcement de l’accès aux services financiers adaptés. A ce titre, nous citons le Programme d’Appui au Renforcement de la Production Agricole du Cameroun (PARPAC), financé à hauteur de 41,3 milliards de FCFA par la BAD ; le Dispositif d’Appui à la Compétitivité du Cameroun (DACC), ayant bénéficié de 6,6 milliards de l’UE ; l’Opération de Soutien au Secteur privé Camerounais (OSSP-CMR), soutenu à hauteur de 12 milliards environ par la BADEA, et le Projet Sécurité Alimentaire dans les Territoires Ruraux du Cameroun (SECAL), appuyé par l’AFD avec 10,5 milliards environ. Ces actions, dont la liste est non exhaustive, se poursuivent dans le cadre plus général de l’atteinte de l’objectif de transformation structurelle prescrit par la SND30
Défis Actuels : Comment limiter à l’avenir l’impact des chocs exogènes sur l’économie nationale ?
ALAMINE OUSMANE MEY : Limiter l’impact des chocs exogènes sur l’économie nationale revient à améliorer la résilience de notre économie. De manière succincte, le concept de résilience renvoi à la capacité d’une économie à anticiper un choc avant sa survenue afin de mieux s’y préparer, à limiter les effets néfastes du choc une fois qu’il s’est manifesté, et à se promouvoir un relèvement rapide après le choc. Les chocs récents nous ont permis d’apprécier, d’une certaine manière, le niveau de résilience de l’économie camerounaise. Que ce soit pour la COVID-19 ou la crise en Ukraine, nos performances macroéconomiques ont été affecté relativement moins qu’ailleurs, avec des niveaux de croissance qui sont restés positifs, des déficits budgétaires maitrisés et une dette dont le service a continué d’être assuré régulièrement. A contrario, certaines économie africaines ont connu de profondes récessions, comme ça a été le cas en Afrique du Sud, en Lybie et au Gabon en 2020, et d’autres se sont déclarés en défaut de paiement comme c’est le cas de la Zambie. Pour renforcer cette résilience, les actions prioritaires se structurent autour de (i) la poursuite de la diversification de notre économie, dont les leviers ont déjà été évoqués ; (ii) la promotion de l’économie numérique, dont les activités sont moins impactées en cas de crise et qui soutiennent le développement d’autres secteurs ; (iii) le renforcement de l’inclusion financière, ce qui permet aux entreprises et aux PME notamment de faire face à leur difficultés de trésorerie en périodes difficiles ; (iv) l’amélioration de la gouvernance, notamment au niveau du dialogue avec le secteur privé, de la coordination des politiques économiques au niveau central et décentralisé, et de la mise en œuvre des réformes structurelles avec nos principaux partenaires techniques et financiers.
Défis Actuels : Alors que les besoins de financement sont de plus en plus importants pour soutenir les efforts de transformation structurelle de l’économie, certaines institutions financières internationales semblent préoccupées par le rythme d’endettement extérieur. Comment mobiliser les financements tout en évitant les risques de surendettement ?
ALAMINE OUSMANE MEY : En effet, l’objectif de transformation structurelle de notre économie passe par la mise en œuvre de plusieurs projets d’investissement d’ici à 2035, dont le coût total est estimé à plusieurs milliards de FCFA. Ceci implique une stratégie de financement cohérente, nécessairement orientée partiellement vers l’extérieur, au regard de l’ampleur des besoins et de l’étroitesse du marché local des capitaux. La mise en œuvre des projets démarrée depuis 2010, a contribué à conduire à un stock d’endettement équivalent à environ 45% du PIB, dont la dynamique a été soutenue par quelques crises récentes, notamment celle liée au COVID-19. Il convient de relever que la politique de gestion prudente de la dette observée au Cameroun, a permis à notre économie de conserver la viabilité de son endettement alors même que plusieurs pays africains ont dû se déclarer insolvables.
Cette politique prudente continue d’être mise en œuvre, avec pour objectif notamment de favoriser les engagements concessionnels, donc de longues maturités et à taux d’intérêt réduits, mais aussi de réduire l’exposition de notre dette aux fluctuations des taux de change et taux d’intérêt internationaux. Par ailleurs, il est question d’accroitre et d’accélérer le retour sur investissement des projets financés par endettement, à travers la réduction des délais d’exécution, l’optimisation des coûts et le renforcement de l’utilisation des intrants et entreprises locales. Ceci permettra, à côté des autres initiatives en cours, d’améliorer la mobilisation des recettes intérieures pour favoriser notre capacité de remboursement.
A côté de ces actions, les initiatives visant le renforcement et la diversification des exportations, que nous avons déjà énoncées, devraient se traduire par des recettes d’exportations plus importantes et plus résiliente aux caprices du contexte international. Toute chose qui contribuerait aussi à nous éloigner davantage du risque de surendettement.
Entre 2021 et 2023, un dialogue sectoriel baptisé Cocoa Talks a permis de définir treize actions prioritaires. Parmi elles, la Cocoa Action 8, présentée à Yaoundé, vise à doter les coopératives de plans de formation et d’investissement afin de se conformer au règlement européen sur la déforestation.
L’accès au marché européen en jeu
L’Union européenne, premier importateur du cacao camerounais, impose désormais des exigences strictes : traçabilité, durabilité et preuve que la production est « zéro déforestation ». Pour Antonio Querido, représentant de la FAO, l’objectif était de « présenter les besoins des coopératives pour leur mise en conformité ». Une cartographie des vergers et zones à risque est annoncée, tandis qu’une évaluation de terrain a déjà été menée dans les cinq grands bassins de production (Centre, Sud, Littoral, Est et Sud-Ouest).
Ces données serviront de base à des programmes de renforcement de capacités, d’accompagnement technique et d’investissements ciblés. Selon le ministère de l’Agriculture et du Développement rural (Minader), la vigilance est cruciale. « Restons vigilants et notre cacao sera de plus en plus exporté vers l’Union Européenne et même vers d’autres nouveaux marchés », a déclaré Colince Nguelo, représentant du ministère.
Des opportunités au-delà de l’Europe
Si l’Union européenne reste la destination prioritaire, les normes internationales ouvrent aussi la voie à de nouveaux marchés premium en Asie et en Amérique du Nord. Dans ces zones, la traçabilité et la durabilité sont devenues incontournables. Pour les producteurs camerounais, longtemps pénalisés par la faiblesse des prix, l’adaptation aux standards européens représente une perspective de revenus plus stables et d’attractivité accrue auprès des investisseurs privés.
Investissements structurants et rôle du secteur privé
Lors de l’atelier du 25 septembre dernier à Yaoundé, un consensus s’est dégagé, sans investissements majeurs, la filière cacao risque de s’essouffler. Les priorités sont désormais connues – cartographie numérique des vergers, certification des parcelles, systèmes de traçabilité, formation des producteurs, équipements modernes et infrastructures de stockage ou de transformation. Grâce à cette cartographie du produit de la filière cacao, il sera possible de suivre l’origine de chaque fève, de la plantation au marché international. Cette traçabilité renforcera en outre la crédibilité des exportations camerounaises et facilitera leur commercialisation sur le marché européen. Mais concrétiser ces exigences, nécessite des financements lourds.
Les participants ont insisté sur la responsabilité du secteur privé, en particulier des exportateurs et chocolatiers, appelés à investir aux côtés de l’État et des bailleurs de fonds internationaux. Leur engagement est indispensable pour sécuriser les approvisionnements et assurer l’avenir du cacao camerounais.
Traçabilité, lutte contre le travail des enfants et durabilité
Au-delà des enjeux environnementaux, l’Initiative Cacao Durable de l’Union européenne intègre la lutte contre le travail des enfants, encore présent dans certaines zones cacaoyères. L’association entre respect des droits sociaux et durabilité environnementale est stratégique : un cacao certifié « éthique » bénéficie d’une meilleure valorisation et fidélise les consommateurs.
L’expérience de mise en conformité des coopératives camerounaises pourrait d’ailleurs servir de modèle pour d’autres filières agricoles comme l’anacarde, le café ou encore le bois, également exposés à des normes internationales de plus en plus strictes.
Pour le Cameroun, près de 78 % du cacao et 68 % du café produits dans le pays sont exportés vers l’Union européenne. Ce chiffre illustre la dépendance des filières agricoles aux débouchés extérieurs. « Avec le niveau actuel des cours, que je situerais autour de 5.000 FCFA/kg de cacao, soit 5.000.000 de FCFA/tonne, et pour une production exportée de l’ordre de 300.000 tonnes, cela représente une rémunération versée directement au producteur, sur une seule campagne, de l’ordre de 1.500 milliards de FCFA », avait souligné Luc Magloire Mbarga Atangana, en juillet 2024.
Une filière sous surveillance internationale
Avec près d’une cinquantaine de participants – administration publique, organisations de producteurs, société civile, bailleurs de fonds et organismes de certification –, l’atelier de Yaoundé a confirmé que la filière cacao du Cameroun évolue désormais sous le regard attentif de Bruxelles, de la FAO et d’acteurs financiers internationaux.
Le cacao, un produit clé pour le Cameroun, représente 1,2 % du PIB et constitue le deuxième produit d’exportation après le pétrole. Si certains producteurs perçoivent ces nouvelles règles comme une contrainte supplémentaire, d’autres y voient une opportunité de modernisation et d’ouverture vers des marchés plus rémunérateurs. Entre obligations réglementaires et perspectives de revenus accrus, la filière cacao camerounaise est face à un choix stratégique : transformer ses pratiques pour prouver que son cacao peut être durable et compétitif.
Niché sur les hauteurs du quartier Olezoa, le Concord International Hotel, un établissement cinq étoiles d’une valeur de 18 milliards de FCFA, a officiellement ouvert ses portes le 30 septembre 2025, lors d’une cérémonie présidée par le Premier ministre. Piloté par la Mutuelle des personnels du Trésor (Mutresor), ce projet vise à capter une clientèle internationale et à s’imposer sur un marché hôtelier camerounais en pleine effervescence.
Le financement de cette infrastructure de luxe repose majoritairement sur les fonds propres de la Mutresor, une mutuelle de fonctionnaires du ministère des Finances forte de 4 000 membres. Un emprunt bancaire, dont le montant n’a pas été divulgué, a complété le montage financier.
« L’investissement totalise 18 milliards FCFA, financés pour l’essentiel par les fonds propres de la mutuelle », a-t-on indiqué au ministère des Finances, cité comme source dans le dossier de projet.
Avec ses 119 chambres et suites, dont deux suites présidentielles, l’établissement se positionne directement sur le segment haut de gamme. La carte des équipements comprend deux restaurants, un spa, une piscine intérieure, un night-club, un casino et même deux étages entièrement dédiés aux conférences et séminaires.
Pour se différencier dans un marché de plus en plus compétitif, le Concord mise sur une expérience culturelle locale. Un partenariat a été noué avec des artisans camerounais qui fourniront sculptures et objets décoratifs pour les espaces communs et les chambres.
L’arrivée du Concord intervient dans un contexte de transformation accélérée du paysage hôtelier yaoundéen. La capitale camerounaise, siège des institutions politiques et de nombreuses réunions internationales, attire des investisseurs de plus en plus ambitieux.
De nouveaux projets, aux budgets conséquents, sont en cours de développement. Parmi eux, le Radisson Serviced Apartment (220 unités) et le Méridien dont l’ouverture est prévue en 2026. Les investissements dans ces nouveaux complexes oscillent entre 50 et 90 milliards FCFA, selon les documents consultés.
Pour la Cameroon Water Utilities (Camwater), les travaux d’urgence de renforcement et d’extension du réseau d’eau potable lancés à Yaoundé VI visent à répondre de manière immédiate aux besoins criards des populations en matière d’accès à l’eau potable. D’une durée de trois semaines, ces travaux comprennent : la pose de 1 100 mètres linéaires de conduite de transfert en fonte ductile DN400, reliant le réservoir d’eau potable de la Chapelle TKC au carrefour Entrée Simbock ; l’extension et la densification du réseau tertiaire dans plusieurs quartiers de Yaoundé VI et une campagne intensive de vulgarisation des procédures allégées de branchement, permettant un service ultra-rapide aux ménages.
Cette infrastructure stratégique, précise-t-on, permettra de fluidifier le transfert d’eau potable et d’assurer une desserte satisfaisante des quartiers Mendong Maetur, Simbock, Jouvence, Ebom, Damas, Mbalngong, entre autres. Donc pour Blaise Moussa, le Directeur général de la Camwater, qui a présidé cette cérémonie de lancement de ces travaux aux côtés du gouverneur du Centre, Nasséri Paul Béa, du préfet du Mfoundi et du maire de la Commune de Yaoundé, « c’est trois choses en une seule occasion. C’est le lancement des travaux de ce projet d’extension de réseaux secondaires de 400 mm de diamètre vers des confins beaucoup plus éloignés pour satisfaire les quartiers Ebome, Damas, Mendong, Nkolsier, Mbalgong, Montée-Jouvence, Damas, ainsi de suite, pour un meilleur accès à l’eau potable. Ceci sera accompagné, renforcé par une campagne d’extension du réseau au niveau tertiaire, c’est-à-dire vers les ménages, et la campagne de facilitation des branchements, va se poursuivre. D’ailleurs, une agence a été créée dans ce quartier, à Mendong, une autre a également été créée à Ahala, un quartier qui sera aussi satisfait, pour que les populations soient plus proches de leur service public d’eau potable ».
Les bornes fontaines de retour
Et, Blaise Moussa dit croire, « qu’avec tout ça, les populations sentiront une meilleure amélioration de leurs conditions en ce qui concerne l’eau potable, et surtout l’eau potable publique, qui est moins chère, la moins chère du Cameroun, 1000 litres à 350 francs, il faut le faire ». Au-delà de ces travaux, le DG de Camwater a annoncé le retour des bornes fontaines dans cette Commune pilote. Ces bornes fontaines, a-t-il précisé sont déjà de retour à Ngaoundéré, où il y en a déjà 70, mais également à Kribi. Des leçons seront donc tirées de leur exploitation actuelle, pour les étendre dans d’autres communes. Car, comme a tenu à le préciser le DG de Camwater, « populations doivent être impliquées ». Mais, pour Blaise Moussa, « le principe, ce n’est pas la bonne fontaine publique. Le principe, ce n’est pas le camion d’approvisionnement. Le principe, c’est que chaque citoyen, chaque ménage puisse disposer, n’est-ce pas, de robinet et ouvert et d’un compteur à moindre coût avec des facilités ».
Face à la pression démographique croissante et aux défaillances récurrentes du réseau secondaire à Yaoundé VI, rappelle-t-on, le gouvernement a ordonné des mesures d’urgence pour stabiliser et améliorer l’approvisionnement en eau potable. Ces travaux répondent donc à trois objectifs prioritaires : renforcer la capacité de transit entre les réservoirs stratégiques et les zones de forte consommation ; étendre le réseau de distribution vers les zones encore mal desservies et accélérer les raccordements grâce à la campagne « 200 000 branchements neufs », désormais facilitée par des procédures simplifiées et un délai de réalisation ultra-rapide (moins de 72 heures dans certaines zones).
« S.E. Paul Biya a donné des instructions fermes pour un scrutin présidentiel bien organisé et crédible dans un environnement sécurisé et apaisé». Paul Atanga Nji l’a rappelé en fin de semaine dernière lors d’une mission de travail à Douala avec les autorités administratives, en prélude à la campagne électorale qui s’est ouverte ce 27 septembre 2025. Indiquant que « c’est à ce titre que le Minat, en sa qualité d’Agent du gouvernement pour les élections, accordera des accréditations aux observateurs nationaux et étrangers, afin qu’ils constatent par eux-mêmes la vitalité de la démocratie camerounaise conçue par Son excellence Paul Biya, champion des causes justes ». L’homme n’a pas manqué d’allumer Michèle Ndoki : « c’est encore le lieu d’inviter la jeune dame avocate de Douala qui se réclame d’unecertaine appellation et qui a la prétention d’accréditer les observateurs pendant le scrutin présidentiel avec ses acolytes, à mettre un terme à cette imposture». L’ancienne cadre du Mouvement pour la renaissance du Cameroun n’a pas été clairement citée, mais la description laisse clairement voir cette avocate engagée depuis peu dans la préparation de l’observation électorale, à travers une association chargée de former des scrutateurs et observateurs indépendants. « L’accréditation des observateurs relève des prérogatives exclusives du Minat qui vous parle», insiste-t-il.
A l’occasion, le Minat a indiqué que le Minat a mis à la disposition des partis politiques et des observateurs électoraux, deux documents : le guide de l’observateur et le cadre juridiquequi régule l’ensemble du processus électoral. Afin que chaque acteur concerné puisse mieux se mettre à jour. « Ces documents importants rappellent à chaque candidat et à chaque observateur ses droits et obligations durant le processus électoral », précise-t-il. Proférant des menaces à l’encontre d’éventuels fauteurs de troubles. « Le ministre de l’Administration territoriale et les autorités administratives de par leurs prérogatives, ont l’obligation de protéger les personnes et leurs biens, et surtout de mettre hors d’état de nuire les acteurs politiques véreux et d’autres acteurs de la société civile qui ont pour sport favori de défier l’autorité de l’Etat ».
Interpellationsannoncées
Faisant valoir que « malgré nos efforts visant à créer un environnement sécurisé pour un scrutin présidentiel bien organisé et apaisé, le Minat constate avec regret et amertume que certains candidats à l’élection présidentielle, qui n’ont aucune envergure politique et qui sont politiquement présents dans à peine dix (10) arrondissements sur les 360 que compte le pays, sont en train de poser des actes graves qui ont pour but de perturber l’ordre public avant, pendant et après le scrutin présidentiel. Ces politiciens véreux espèrent obtenir par la rue ce qu’ils sont incapables d’obtenir dans les urnes». Atanga Nji leur promet l’enfer : « Tous les candidats qui participent à l’élection présidentielle connaissent les règles du jeu et ont l’obligation de les respecter. Après le 12 octobre 2025, les candidats qui auront des réclamations ou des récriminations justes ou fantaisistes, devront utiliser les voies de recours légales au risque d’être considérés comme des hors-la-loi et traités comme tels sans la moindre complaisance», menace-t-il. Promettant que le séjour des personnes interpellées dans ce cadre sera « très long».
C’est une rhétorique à laquelle le Minat a habitué l’opinion depuis quelques années. Au lendemain de l’élection présidentielle de 2018, Paul Atanga Nji avait engagé une »guerre » contre Maurice Kamto et le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) dont le leader avait proclamé sa victoire à cette élection. Des »marches blanches » avaient été organisées pour protester contre la »victoire volée ». Avec comme conséquences des morts et des personnes incarcérées dont certains n’ont pas retrouvé la liberté aujourd’hui. Maurice Kamto et le MRC ne sont plus en lice cette fois-ci mais le Minat qui a joué une partition pour l’invalidation de la candidature de l’opposant, a désormais de nouvelles cibles.
La nouvelle est tombée comme un couperet ce matin. Serge Pouth n’est plus. Selon des sources familiales relayées par la Cameroon radio télévision (Crtv), le journaliste a rendu son dernier soupir à l’hôpital général de Yaoundé, des suites de diabète.
C’est la fin d’une ère peu glorieuse pour ce journaliste de culture. En effet, Serge Pouth a été amputé d’une jambe. La maladie l’ayant rongé. Alors que le malade avait terminé sa rééducation, l’espoir retrouvé s’est vite estompé. Et Serge Pouth a cassé sa pour aux premières heures de ce 29 septembre.
La Crtv son employeur et la famille du journalisme camerounais perdent une belle et grosse voix. Serge Pouth avait servi le poste national de la Crtv des années durant. D’abord à la FM105 à Douala, à Poala FM à Bafoussam, avant d’être ramené au poste national à Yaoundé. Les auditeurs ont été gavés de Grands reportages sur des sujets pertinents agrémentées tant par la profondeur des sujets que par la voix suave de cet érudit qui avait la maîtrise de l’art du verbe. La semaine dernière,la Crtv rediffusait une émission que le journaliste spécialisé en culture avait animée avec Ange Ebogo Emérant de regrettée mémoire. Quelques jours plus tard, le journaliste a rejoint son invité dans l’au-delà.