C’est une transformation discrète mais structurante qui s’amorce dans l’enceinte du port de Douala-Bonabéri. Le Port autonome de Douala (PAD) a décidé de reprendre la main sur l’ensemble des réseaux de télécommunications déployés sur son domaine public. Pour y parvenir, l’établissement public s’appuie sur un partenaire unique, Innovendi Data Technologies & Communications Ltd, avec lequel une convention a été signée en novembre 2025.
L’information a été rendue publique le 2 avril 2026 à travers un communiqué signé du directeur général, Cyrus Ngo’o. Ce document fixe un nouveau cadre, à la fois clair et contraignant, pour tous les opérateurs mobiles, fournisseurs d’accès à Internet et autres exploitants d’infrastructures numériques présents dans l’enceinte portuaire.
Un réseau unique et un opérateur central
Au cœur du dispositif, la mise en place d’un réseau unifié. Le texte officiel précise que « les besoins de connectivité (données, IoT, services numériques, interconnexions, etc.) à l’intérieur du Domaine public portuaire seront assurés via un réseau unique opéré pour le compte du PAD par le partenaire INNOVENDI ». Sa mise en œuvre, annoncée comme progressive et concertée, implique qu’à terme, l’ensemble des flux de données transitera par cette infrastructure centralisée.
Dans ce nouveau schéma, les opérateurs nationaux ne sont pas exclus, mais leur rôle évolue. Ils conservent la possibilité de servir leurs clients dans la zone portuaire, à condition de s’interconnecter à ce réseau neutre. Le communiqué précise que cette interconnexion se fera « sous forme de hub ou de point de concentration central, dans le respect de la réglementation en vigueur ». En pratique, le PAD devient ainsi un point de passage incontournable pour toute communication électronique à l’intérieur de son périmètre.
Cette réorganisation dépasse la simple gestion des infrastructures existantes et encadre également les développements futurs. Le document stipule en effet que « toute nouvelle infrastructure de télécommunications (antennes, câbles, fibres, réseaux Wi-Fi privés, etc.) dans le périmètre portuaire devra désormais être préalablement autorisée par le PAD et réalisée par INNOVENDI ». Une disposition qui limite de facto les initiatives autonomes des opérateurs traditionnels au sein de l’enceinte.
Une transition encadrée et progressive
Conscient des enjeux opérationnels pour les acteurs déjà présents, le PAD a prévu une phase de transition négociée. Le communiqué précise que « les infrastructures déjà en service ne seront pas démontées de manière unilatérale ». Elles feront l’objet d’un inventaire, puis d’une mise en cohérence progressive avec la nouvelle architecture, en concertation avec chaque opérateur concerné.
Dans cette perspective, les opérateurs et les membres de la communauté portuaire disposant d’infrastructures ou de services de communications électroniques sont invités à se rapprocher du PAD afin d’organiser trois étapes : l’inventaire de leurs installations, la définition des modalités pratiques d’interconnexion au réseau neutre, ainsi que l’élaboration d’un calendrier de migration ou d’adaptation.
Pour piloter cette mise en œuvre, deux responsables ont été désignés : Nguene Nteppe Joseph, chef de la Division de l’analyse, de la prospective et de la coopération, et Fissou Zoulna, directeur adjoint des systèmes d’information.
Un projet amorcé en 2023
Cette évolution s’inscrit dans un processus engagé en amont. Dès novembre 2023, Innovendi avait soumis une offre spontanée au PAD. Celle-ci a débouché sur la signature, le 17 novembre 2025, d’un premier accord portant sur le déploiement d’une infrastructure 4G et 5G, complétée par des solutions d’Internet des objets, de cloud de proximité, de cybersécurité et d’interfaces intelligentes.
Financé à 100 % par Innovendi et ses partenaires, ce projet prévoit la conception, la construction, l’exploitation et la maintenance d’un réseau dédié au port.
Le communiqué du 2 avril 2026 marque ainsi le passage d’une phase de conception à une phase opérationnelle, avec l’instauration d’un cadre unifié appelé à restructurer en profondeur l’écosystème télécoms du principal hub portuaire du Cameroun.







