Juniors miniers : Le signal d’alarme dure depuis plus d’une décennie

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David Beylard a déconstruit chez nos confrères du bulletin Les afriques, les « arnaques » des entreprises minières présentes au Cameroun depuis 2009.


Le géologue et analyste considérait par exemple que Geovic est dotée d’une structure en pelure d’oignon propice à toute sorte de manigances. Dans le montage de cette entreprise particulière, la filiale camerounaise appartient à 60 % à une entreprise-mère basée elle aux Îles Caïmans – contre 39,5 % pour la Société Nationale d’Investissement qui représente les intérêts du Cameroun. Cette entreprise-mère est pour sa part propriété à 100 % de Geovic Mining Corp, la véritable société qui possède Geovic. L’expert explique alors que même si l’État du Cameroun siège au conseil d’administration de Geovic Cameroon, il est en réalité complètement absent du véritable conseil d’administration de l’entreprise. « Il n’a aucun droit de regard ni sur la stratégie de l’entreprise, ni sur l’identité de ses propriétaires ou de ses alliés, ni sur ses moyens et ses objectifs », s’inquiétait-il en conclusion. L’opacité est aussi le maître-mot dans le management des entreprises créées par Africa Aura Resources Limited. La société a obtenu des concessions pour l’exploitation de l’or, du diamant et du fer notamment dans la région de l’Est. Le problème identifié par les équipes de David Beylard est qu’aucun Camerounais ne siège dans des postes de direction des entités mises en place pour gérer ces actifs au courant de la décennie 2000. Plus, la société Africa Aura Resources Limited est elle-même dotée d’une « structure ambidextre ». En d’autres termes, elle est située fiscalement dans les Îles Vierges Britanniques, est cotée à la bourse de Toronto au Canada, gérée administrativement depuis Londres au Royaume-Uni, bien que l’essentiel de ses actifs sont au Cameroun ! Cerise sur le gâteau, plus de 88,23 % des propriétaires des titres émis par l’entreprise ne sont pas identifiables par l’État du Cameroun.

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Plus-value

Les pêcheurs en eau trouble ne sont pas les seuls acteurs présents dans le marigot minier camerounais, avertissait alors le géologue. Des entreprises comme Sundance Resources Limited ainsi que Méga Uranium Limited sont parvenues à faire de l’argent sans avoir donné un seul coup de pioche pour exploiter les mines qui leur ont été confiées. Pour Sundance, la stratégie a été simple. Dès la signature de l’accord-cadre pour une meilleure coopération minière avec le gouvernement camerounais en 2008, les dirigeants de la junior australienne ont commencé à vendre des actions à la volée au point de se distribuer des dividendes. Problème : aucun gramme de fer ou d’hématite n’est encore sorti des mines de Mbalam depuis le temps. Une stratégie similaire a été mobilisée par Mega Uranium Limited. L’entreprise canadienne s’est empressée d’émettre des titres à la bourse de Toronto juste après avoir acquis le droit d’exploiter de l’uranium au Cameroun. Pour profiter de cette plus-value boursière, ni vu ni connu, Mega Uranium Limited a créé deux sociétés : la première au Canada chargée globalement des questions de spéculation et la seconde au Cameroun. La conséquence immédiate est que tandis que la filiale canadienne fait du bénéfice tout simplement par des jeux boursiers, sa consœur camerounaise est à la traîne. De fait, les 4 654 km² de concession qu’elle possède au Cameroun n’ont jamais fait l’objet d’un début d’exploitation dans les faits.

À travers cette étude assez exhaustive de la politique minière du Cameroun à la fin de la première décennie du millénaire, l’expert en était arrivé à la conclusion que « les juniors minières […] n’apportent pas au Cameroun ce qu’un État est en droit d’attendre de partenaires auxquels il confie de tels potentiels de richesses si stratégiques pour son développement économique ». Plus d’une décennie plus tard, le Cameroun n’est pas encore totalement sorti de l’auberge avec ces accords léonins qu’il traîne comme des boulets.

Par Jean Omb Njéé

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