Le 21 avril 2026 à Yaoundé, au Centre multifonctionnel de promotion des jeunes de référence de Yaoundé, le gouvernement a franchi une nouvelle étape dans le déploiement de ce dispositif, avec la signature de trois accords de partenariat supplémentaires. Pilotée par l’Observatoire national de la jeunesse, cette extension cible des secteurs à fort potentiel d’employabilité, notamment l’agriculture, les sciences appliquées et la conduite d’engins lourds. Le réseau opérationnel atteint désormais près de 300 prestataires agréés.
L’architecture du dispositif repose sur un portefeuille d’environ 30 000 services accessibles aux détenteurs de la carte. L’offre agrège formations techniques, prestations subventionnées, stages académiques et professionnels, ainsi que des opportunités d’insertion directe. L’objectif est explicite : réduire les coûts d’accès aux compétences et fluidifier la transition vers l’emploi.
Sur le terrain, les premiers retours d’expérience confirment des effets d’entraînement, bien que circonscrits. Étudiant en master à l’université de Yaoundé I, Francis Zakari Abega évoque un accès facilité à une formation agricole, ouvrant des perspectives d’activité et de financement. D’autres bénéficiaires, à l’instar de Linda Menkoa, mettent en avant des bourses de formation ayant accéléré leur insertion professionnelle. Selon le ministre de la Jeunesse et de l’Éducation civique, Mounouna Foutsou, plus de 3 000 cartes ont été distribuées dans les Centres multifonctionnels de promotion des jeunes, pour un volume de près de 58 000 services fournis à coût réduit ou gratuitement. Ces structures jouent un rôle nodal, en intégrant des unités de proximité et des incubateurs, tout en constituant des points d’ancrage administratifs pour les jeunes.
Au-delà de sa fonction initiale d’identification, la carte évolue vers un outil de gouvernance économique. Elle conditionne désormais l’accès à certains financements publics, notamment à travers des mécanismes de garantie dédiés aux jeunes porteurs de projets. Sa version de seconde génération, développée en partenariat avec des institutions financières, intègre une fonctionnalité de porte-monnaie électronique, permettant de sécuriser et tracer les flux d’aide publique. Cette mutation traduit une volonté d’encadrer plus finement l’allocation des ressources et de limiter les asymétries d’information.
Cependant, l’efficacité opérationnelle du dispositif reste entravée par plusieurs contraintes structurelles. L’enrôlement constitue le principal point de friction. Malgré le déploiement d’unités mobiles, l’accès à la carte demeure complexe pour une partie des jeunes, en particulier dans les zones à faible connectivité. Les procédures de pré-enrôlement en ligne, combinées aux exigences administratives, génèrent des coûts d’accès implicites qui limitent l’inclusion.
Par ailleurs, le déficit d’information réduit la portée du programme. Une proportion significative de la cible ignore encore les usages concrets de la carte ainsi que l’étendue du réseau de partenaires. Cette opacité informationnelle affaiblit l’attractivité du dispositif et freine sa diffusion. En l’absence d’un écosystème lisible et accessible, la carte peine à atteindre un effet de masse critique.
Dans ces conditions, la carte jeune biométrique illustre une politique publique en phase d’expansion, mais encore marquée par des déséquilibres d’exécution. Entre consolidation institutionnelle et contraintes de terrain, le dispositif révèle les limites d’une stratégie d’insertion qui, pour atteindre son plein rendement, devra lever les barrières d’accès, renforcer la diffusion de l’information et stabiliser son réseau opérationnel.







