Le Cameroun commerce peu directement avec le Moyen-Orient. Ces échanges pèsent moins de 3 % du volume global. Mais cette faible exposition masque une vulnérabilité plus profonde. Le pays importe en moyenne 200 milliards de FCFA de produits en provenance de cette zone chaque année. Les carburants et lubrifiants représentent à eux seuls 120 milliards. Cela équivaut à 12 % de la consommation nationale.
Une perturbation durable dans le Golfe signifie donc une contraction immédiate de l’offre disponible sur le marché local. À cette contrainte physique s’ajoute la hausse attendue des prix du baril, qui renchérit les coûts d’importation. L’exposition du Cameroun ne se limite pas à ses flux directs. Le pays dépend aussi de partenaires comme la Chine, l’Union européenne, l’Inde ou les États-Unis. Or ces économies importent massivement leur pétrole du Golfe. Toute rupture se transmet mécaniquement à leurs chaînes de production et d’exportation. En pratique, le Cameroun s’approvisionne en carburants auprès de plusieurs pays, notamment la Belgique, le Nigeria, les États-Unis ou encore l’Inde. Ces circuits deviennent des relais de propagation du choc énergétique.
L’option Dangote au premier plan
Face à ce risque, les autorités optent pour une réponse immédiate centrée sur la sécurisation des approvisionnements. Elles entendent renforcer le partenariat avec le groupe Dangote afin de garantir les volumes importés, compenser d’éventuelles ruptures et stabiliser le marché intérieur. Cette orientation vise également à réduire la dépendance aux circuits d’approvisionnement longs, fortement exposés aux tensions géopolitiques, en privilégiant un acteur régional capable de raccourcir les délais logistiques et d’améliorer la réactivité du système.
Dans un document de la division de la prévision du ministère des Finances intitulé « Le conflit iranien et l’économie camerounaise », les autorités recommandent, à court terme, d’intensifier le recours au groupe nigérian d’Aliko Dangote pour sécuriser l’approvisionnement en carburants dans un contexte de tensions persistantes au Moyen-Orient.
Le gouvernement entend également resserrer la coordination avec les acteurs de la filière. Les marketeurs, principaux distributeurs, doivent s’aligner sur une stratégie commune pour éviter les ruptures et limiter les comportements spéculatifs. Cette approche traduit un changement de méthode. L’État ne se limite plus à réguler les prix. Il tente d’orchestrer l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement pour contenir les effets du choc externe.
Une réponse contrainte par les équilibres budgétaires
Cette recomposition intervient dans un contexte budgétaire déjà sous pression. Les subventions aux carburants ont atteint des niveaux élevés ces dernières années. Elles ont culminé à 460 milliards de FCFA en 2023 avant de reculer partiellement.
Toute hausse des prix internationaux alourdit mécaniquement cette charge. L’État se retrouve alors face à un arbitrage. Il peut maintenir les subventions et creuser le déficit. Ou ajuster les prix à la pompe avec un risque social immédiat.
Vers une stratégie de résilience
À plus long terme, les autorités visent une transformation structurelle. La réhabilitation de la SONARA et la construction d’une raffinerie à Kribi doivent permettre de traiter localement le pétrole brut. L’objectif consiste à réduire la dépendance aux importations de produits raffinés.
En parallèle, l’accélération de l’intégration régionale à travers la ZLECAf doit offrir des alternatives d’approvisionnement plus proches et moins exposées aux chocs internationaux.
Dans l’immédiat, l’urgence reste opérationnelle. Sécuriser les flux, contenir les prix et éviter la pénurie structurent la réponse publique face à un choc énergétique qui dépasse largement le seul cadre du Moyen-Orient.







