Ce 19 mars 2019 expire la rallonge de temps sollicitée par le comité ad hoc chargé de trouver des solutions au problème des salaires et primes impayés aux joueurs de 24 clubs de football d’élite du Cameroun. Et à quelques heures de ce délai, les lignes semblent n’avoir pas bougé. « Les présidents de clubs ont trouvé une stratégie pour ne pas payer : ils exigent que les joueurs concernés viennent eux-mêmes se plaindre, afin qu’on les confronte », confie une source. Une condition difficile à tenir, tant les joueurs semblent fragiles dans cette posture. « Il va être difficile pour un joueur de lever la tête car il s’agit d’un piège que leur tendent les présidents de clubs », analyse une source au Syndicat national des footballeurs du Cameroun (Synafoc). On apprend que : « certains joueurs commencent à subir des menaces au sein de leurs clubs, et du coup, il faudra être courageux pour oser se plaindre ouvertement ». Parmi les clubs où la menace est à peine voilée, l’on cite Astres de Douala. A Unisport du Haut-Nkam, « la page est presque tournée puisque celui à qui on pouvait demander des comptes se trouve en prison, et la situation du club laisse croire que rien ne peut plus être fait dans le sens de la régularisation », rapporte une source proche du club. Avant cela, les présidents de clubs avaient essayé en vain d’obtenir les données collectées par le Synafoc, pour déclencher le dossier. « Nous ne pouvons pas remettre ces informations à des gens qui sont supposés avoir payé leurs employés et qui de ce fait, devraient disposer de preuves de paiement », avaient opposé un cadre du Synafoc aux employeurs.

Il n’y aura donc rien à attendre du comité présidé par Faustin Domkeu, lui-même incriminé dans cette affaire. Et pourtant, la Fédération Internationale de Football Association (Fifa) tient à ce que les joueurs rentrent dans leurs droits. Dans un courrier adressé à la Fédération Camerounaise de Football (Fécafoot) le 18 février dernier, la secrétaire générale de la Fifa avait « demandé… de bien vouloir prendre de manière urgente les mesures nécessaires pour faire en sorte que les salaires et primes dus aux joueurs des 24 clubs conformément aux obligations contractuelles pertinentes soient payés à brève échéance ». Rappelant qu’« en tant qu’instance faitière du football camerounais, la Fécafoot a la responsabilité de veiller au respect des droits de ses joueurs professionnels». La Fécafoot s’était aussitôt exécutée en convoquant une réunion mettant aux prises les différentes parties, au terme de laquelle a été mis sur pied le comité ad hoc. Avec comme délai de remise de la copie, le 4 mars dernier. En deux semaines, ledit comité n’avait pu que définir le plan de travail. Pour envisager la procédure du contradictoire entre les présidents de clubs et les joueurs réclamant des salaires et primes de signature. Ce que n’avait pas apprécié le Synafoc, mais mis en minorité, le Syndicat avait dû laisser passer. Et aujourd’hui, la voie ne trouve pas d’issue satisfaisante pour le Synafoc.

La Fifa veille veille

Pour autant, « le Synafoc ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Le Synafoc ira au bout de son combat », avait déjà prévenu Jacques Marcel Itiga Itiga, responsable de la communication du Syndicat. Sachant compter sur la Confédération Africaine de Football (CAF) que la Fifa avait saisie, en comptant éventuellement sur la commission Licence de clubs. Laquelle pourrait rétrograder les clubs récalcitrants. « L’accord du 6 novembre 2017 passé entre la Fifa et la Fifpro nous engage à collaborer étroitement sur les objectifs de valeur mutuelle, dont l’amélioration des conditions d’emploi pour tous les joueurs de football professionnel à l’échelle globale », a souligné Fatma Samoura, la secrétaire générale de la Fifa. On n’y est pas encore. La balle reste dans le camp du Cameroun. A la Ligue de Football Professionnel du Cameroun (Lfpc), on « attend la copie du comité ad hoc », s’est contentée Ariane Nkoma, la responsable de la communication. Mais Pierre Semengue, le président de l’instance, a déjà menacé de conditionner le versement des subventions, à la présentation des comptes d’exploitation des fonds déjà alloués. A défaut, l’action publique pourrait être engagée contre les rebelles.

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