Alors que le MINEE prépare une politique tarifaire nationale, le Cameroun peut exiger une contrepartie claire à tout ajustement des prix : moins de coupures, des travaux de réseau datés, des résultats vérifiés et une protection effective des ménages modestes.
Pour un ménage ou une petite entreprise, le prix réel de l’électricité dépasse largement la ligne inscrite sur la facture. Il comprend le carburant du groupe électrogène, les appareils abîmés, les produits perdus dans une chambre froide, les heures de travail interrompues et les déplacements nécessaires pour trouver ailleurs une connexion ou une machine qui fonctionne. Une électricité peu fiable coûte cher, même lorsque le tarif officiel reste stable.
En août 2026, le ministère de l’Eau et de l’Énergie (MINEE) a lancé un appel d’offres pour élaborer une politique tarifaire nationale de l’électricité. Ce chantier arrive au bon moment. Il permet de poser une question très concrète : si l’on demande demain un effort supplémentaire aux usagers ou au budget de l’État, quel meilleur service obtiendront-ils en échange ?
La production supplémentaire doit arriver jusqu’aux usagers
La mise en service de la centrale hydroélectrique de Nachtigal, d’une puissance de 420 MW, a renforcé l’offre du pays. Le rapport d’achèvement publié par la Banque mondiale en mars 2026 relève toutefois que les retards de renforcement des réseaux limitent encore son utilisation optimale, notamment vers les charges industrielles de Douala. Produire davantage ne suffit donc pas si un poste est saturé, si une ligne reste fragile ou si un quartier manque de transformateurs.
Toutes les coupures n’ont pas la même origine. Certaines viennent de la production, d’autres du transport ou de la distribution. Pour l’usager, chacune compte. Le suivi public doit indiquer la durée totale des interruptions vécues, puis en préciser la cause afin que le bon acteur intervienne. La future organisation autour de la SOCADEL ne pourra être jugée équitablement que si les incidents liés à la SONATREL ou à un ouvrage de production sont également identifiés.
Politique tarifaire de l’électricité
Tester un contrat de fiabilité sur quelques zones
Une entreprise électrique ne peut réparer durablement un réseau sans trésorerie. Une hausse de recettes ne garantit pourtant pas que les moyens atteindront les secteurs les plus dégradés. La réforme tarifaire devrait relier ces deux réalités dans un contrat public de fiabilité.
Le Cameroun pourrait tester ce contrat pendant vingt-quatre mois dans trois types de territoire : une agglomération, une ville secondaire et une zone moins dense. Une dizaine de départs moyenne tension formerait un périmètre assez précis. Un départ est une ligne qui part d’un poste et alimente un ensemble connu de quartiers, d’entreprises et de services publics. À cette échelle, on peut relier les travaux réalisés aux coupures réellement subies.
Avant le lancement, chaque zone disposerait d’un état initial, d’une liste de travaux, d’un budget, d’un calendrier et d’un responsable pour chaque action. Les réparations prioritaires, la sécurité, le comptage utile et la maintenance seraient financés dès le départ. Une enveloppe supplémentaire pourrait ensuite être versée lorsque les résultats prévus sont vérifiés. Le réseau reçoit ainsi les moyens indispensables pour agir, tandis que les financements additionnels récompensent des progrès observables.
Fiabilité du réseau électrique
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L’État doit aussi payer ses factures à l’échéance
L’État est régulateur et financeur, mais il est aussi un grand client de l’électricité. Lorsque des administrations paient tard, elles privent le système d’une trésorerie nécessaire aux achats d’énergie, aux réparations et à l’entretien. La discipline demandée aux opérateurs et aux usagers doit donc s’appliquer aux services publics.
Protection des ménages modestes
Le ministère des Finances pourrait consolider les abonnements des administrations, rapprocher chaque mois la consommation et les factures, puis programmer le règlement des échéances courantes. Les dettes anciennes suivraient un calendrier séparé. Régler une vieille dette est utile, mais ce paiement ne doit pas être présenté comme une amélioration du recouvrement des factures du mois. Cette séparation rendrait les comptes plus lisibles et les responsabilités plus claires.
Protéger les ménages tels qu’ils vivent réellement
Une protection fondée uniquement sur un petit volume de kilowattheures peut manquer sa cible. Plusieurs familles partagent parfois le même compteur. Leur consommation cumulée les place alors dans une tranche plus chère, alors même que chaque foyer consomme peu. Les travaux de la Banque mondiale sur l’accès à l’électricité en Afrique invitent à tenir compte de ces compteurs partagés et du coût du raccordement.
La protection devrait associer un prix abordable pour une consommation essentielle et une aide ciblée lorsque les bénéficiaires peuvent être identifiés de façon fiable. Elle doit être financée et accessible avant toute mesure qui affecte les ménages modestes. Un recours simple est également nécessaire pour corriger une erreur de classement ou une facturation contestée.
Le prépaiement mérite la même attention. Un meilleur taux d’encaissement peut masquer des jours passés sans courant parce qu’un ménage n’a pas pu recharger son compteur. Le suivi social doit distinguer la coupure technique de l’absence de crédit et vérifier que l’amélioration financière ne repose pas sur une privation invisible.
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Publier des résultats que chacun peut comprendre
Les pourcentages nationaux sont utiles pour suivre le secteur, mais ils disent peu sur un quartier précis. Chaque zone pilote devrait publier tous les trois mois une fiche d’une page : nombre de coupures, durée totale sans électricité, qualité de la tension lorsque la mesure est disponible, travaux achevés, factures publiques payées à temps, énergie reçue, énergie facturée et encaissements correspondant aux mêmes factures.
L’Agence de régulation du secteur de l’électricité (ARSEL) définirait la méthode de calcul. Un vérificateur indépendant croiserait les journaux d’exploitation, les compteurs et un échantillon de factures. Des représentants des communes, des ménages et des petites entreprises pourraient participer à une revue trimestrielle et contester un résultat mal expliqué. Les données publiées seraient agrégées pour protéger les informations personnelles et commerciales.
Une enveloppe de performance ne devrait être débloquée que si les données sont auditables, si le service s’améliore et si les protections sociales fonctionnent. Une simple augmentation des montants facturés ne suffit pas. Au terme des vingt-quatre mois, l’extension du dispositif dépendrait de trois constats : moins de coupures sans déplacement du problème vers les zones voisines, un bilan financier qui présente honnêtement les coûts, et des équipes capables de maintenir les résultats. Les échecs devraient eux aussi être publiés, car ils permettent d’éviter de répéter des investissements mal conçus.
Une réforme compréhensible tient en quatre engagements
L’usager règle sa consommation. L’opérateur exécute les travaux annoncés et rend compte du service. L’État paie sa propre consommation et finance les obligations qu’il décide. Le régulateur vérifie les résultats et protège le droit de recours. Ces engagements réciproques donnent un contenu concret à la réforme tarifaire.
Le débat sur le prix de l’électricité ne peut être séparé de la qualité reçue. Pour chaque franc demandé en plus, les responsables publics devraient pouvoir répondre à trois questions : quel service, dans quel délai et avec quelle preuve ? C’est ainsi qu’une discussion tarifaire peut devenir un contrat de fiabilité crédible pour les ménages, les entreprises et les partenaires du Cameroun.
Par Romain Blachier, consultant en politiques énergétiques
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