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Energie : 736 familles de Bini à Warak indemnisées dix ans après leur recensement

Les populations affectées par le futur complexe hydro-solaire de Bini à Warak viennent de percevoir leurs indemnisations. Le recensement de leurs biens remontait à 2016. Entre les deux dates, dix ans ont passé.

Du 26 au 29 juin 2026, les autorités ont procédé au versement des compensations dues aux personnes affectées par les travaux préparatoires du barrage de Bini à Warak, dans l’arrondissement de Ngan-Ha, département de la Vina, région de l’Adamaoua. Un total de 985 millions de FCFA a été distribué à 736 personnes réparties dans 19 villages. Des propriétaires et ayants droit qui ont cédé terres, cultures et habitations pour permettre la construction de la voie d’accès au site, de la ligne d’évacuation de l’énergie et des autres infrastructures liées au projet. Pour beaucoup d’entre eux, l’attente aura duré une décennie.

2016, LE DÉBUT D’UN LONG COMPTE À REBOURS

Guibai Ndouvama, directeur du projet du barrage de Bini à Warak, le confirme. Les premières opérations de recensement des personnes affectées remontent à 2016. À cette époque, des équipes ont sillonné les villages concernés pour identifier les terres, les cultures, les habitations et les autres biens susceptibles d’être touchés par les emprises du futur aménagement.

 Ces opérations ont permis d’établir la liste des ayants droits éligibles aux compensations financières. Entre ce recensement et le décaissement de fin juin 2026, dix ans se sont écoulés. Dix ans pendant lesquels les familles recensées ont vécu dans une situation suspendue. Leurs biens identifiés, leur droit à compensation reconnu sur le papier, mais les ressources absentes. Ce délai n’est pas une anomalie dans le paysage des grands projets publics camerounais. Il en est presque une constante.

Entre l’identification des impacts, la validation des listes, la mobilisation des financements et le versement effectif des indemnisations, plusieurs années s’écoulent systématiquement. Parfois moins. Souvent plus.

UNE INDEMNISATION QUI DÉPASSE LE SEUL VOLET SOCIAL

Le préfet de la Vina, Donatien Um, a présidé le lancement des paiements. Il a présenté l’opération comme la traduction concrète de la volonté des pouvoirs publics de mener ce projet énergétique à son terme tout en intégrant les droits des populations concernées. Derrière le discours institutionnel, l’enjeu est aussi juridique et stratégique. Dans un projet de cette nature, l’indemnisation ne relève pas d’un simple accompagnement social. Elle conditionne la sécurisation foncière des ouvrages à construire. Elle réduit le risque de contestations susceptibles de bloquer ou de retarder le chantier. Elle installe le projet sur une base administrativement plus solide. En d’autres termes, sans ce versement, le démarrage des travaux restait exposé à des recours que l’État cherche précisément à prévenir.

UN PROJET REDIMENSIONNÉ, UNE AMBITION REVUE À LA HAUSSE

 Le complexe de Bini à Warak n’est pas un chantier ordinaire. Initialement prévu pour une capacité de 75 MW, il a été redimensionné à 95 MW grâce à l’intégration d’une composante solaire. La configuration retenue prévoit 55 MW d’origine hydroélectrique et 40 MW d’énergie solaire. Ce montage en ferait le premier complexe hydro-solaire du Cameroun. L’hybridation répond à une logique de sécurisation de la production.

Le solaire est destiné à compenser les variations saisonnières de l’hydraulique, dans un système électrique national encore très exposé aux aléas de disponibilité des ressources en eau. À terme, l’infrastructure est appelée à renforcer le Réseau interconnecté Nord, qui alimente les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord. Ces zones concentrent une demande croissante, portée par les besoins des ménages, des services publics et des activités économiques, dans des territoires structurellement sous-alimentés en électricité.

 Le versement des indemnisations marque une avancée réelle. Mais il ne constitue qu’un préalable. Pour les pouvoirs publics, l’enjeu est maintenant de transformer cette avancée administrative en démarrage concret des travaux, et de maintenir l’adhésion de populations qui ont déjà attendu dix ans.

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