Les difficultés de recouvrement de la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel) ne se limitent donc pas à SOCADEL, anciennement ENEO. Les états financiers arrêtés au 31 décembre 2025 mettent également en évidence un volume important d’impayés détenus par plusieurs producteurs d’électricité ainsi que par de grands consommateurs industriels raccordés au réseau de transport. En dehors de la dette de SOCADEL, qui avoisine 273 milliards de FCFA, les autres clients de la Sonatrel restent redevables d’environ 40,46 milliards de FCFA.
Parmi eux, Alucam, principal producteur d’aluminium du Cameroun, apparaît comme le deuxième débiteur de la Sonatrel avec un encours de 13,5 milliards de FCFA. Vient ensuite la centrale hydroélectrique de Memve’ele, exploitée par Electricity Development Corporation (EDC), dont les arriérés atteignent 10,4 milliards de FCFA. KPDC (Kribi Power Development Company), qui exploite la centrale thermique à gaz de Kribi, conserve une dette de 9,9 milliards de FCFA. DPDC (Dibamba Power Development Company), exploitant de la centrale thermique de Dibamba, reste redevable de 4,29 milliards de FCFA. NHPC (Nachtigal Hydro Power Company), maître d’ouvrage de la centrale hydroélectrique de Nachtigal, doit encore 1,17 milliard de FCFA.
Les reliquats sont plus limités chez les industriels, notamment CIMAF, producteur de ciment (197,6 millions de FCFA), Cimencam, autre cimentier (372,7 millions), Dangote Cement Cameroun (511 millions) et Prometal, spécialisé dans la sidérurgie (140,2 millions de FCFA). DES COMPORTEMENTS DE PAIEMENT CONTRASTÉS Ces impayés se reflètent directement dans les performances de recouvrement de la Sonatrel. Pour un chiffre d’affaires facturé de 59,26 milliards de FCFA en 2025, l’entreprise n’a encaissé que 16,28 milliards de FCFA, soit un taux de recouvrement de 27,5 %, contre 29 % un an plus tôt.
Dans le détail, les annexes des états financiers révèlent toutefois des comportements de paiement très variables selon les clients. NHPC figure parmi les meilleurs payeurs de l’exercice. Sur 4,5 milliards de FCFA facturés en 2025, la société a réglé 3,9 milliards de FCFA, ramenant ainsi son encours à 1,17 milliard de FCFA à la clôture de l’exercice. KPDC a également honoré une partie de ses engagements. La centrale a reçu 2,3 milliards de FCFA de factures et en a acquitté 2,01 milliards.
Malgré ces paiements, son encours demeure élevé, à 9,9 milliards de FCFA, en raison des arriérés accumulés au cours des exercices précédents. Chez les industriels, plusieurs clients ont versé des montants supérieurs aux factures émises durant l’année, réduisant ainsi une partie de leurs dettes anciennes.
CIMAF a payé 256,5 millions de FCFA pour des factures de 164,1 millions, ramenant son reliquat à 197,5 millions de FCFA. Cimencam a, pour sa part, réglé 273,3 millions de FCFA alors que ses factures de l’exercice s’élevaient à 215,2 millions. Son encours est désormais de 372,7 millions de FCFA.
Dangote Cement Cameroun a suivi la même tendance, avec des paiements de 244,2 millions de FCFA pour des factures de 193,9 millions, ce qui a permis de limiter son arriéré à 511 millions de FCFA. Intégré au portefeuille clients en février 2025, Prometal affiche lui aussi un niveau de règlement relativement satisfaisant. Sur 780,03 millions de FCFA facturés au cours de l’exercice, l’entreprise a payé 639,8 millions de FCFA. Le reliquat s’établit ainsi à 140,1 millions de FCFA.
Malgré ces efforts de certains clients, la situation globale continue de se détériorer. Les créances brutes de la Sonatrel sont passées de 367,55 milliards de FCFA à fin 2024 à 410,53 milliards de FCFA un an plus tard, soit une augmentation de 42,98 milliards de FCFA. Les dépréciations sont restées stables à 95,97 milliards de FCFA, portant les créances nettes inscrites au bilan à 314,56 milliards de FCFA, contre 271,58 milliards de FCFA à la clôture de l’exercice précédent.
Face à cette accumulation d’impayés, la Sonatrel indique avoir signé, en 2024, un protocole d’accord avec un cabinet de conseil juridique chargé du recouvrement des créances. L’entreprise a également engagé une procédure judiciaire contre ENEO, devenue SOCADEL, tout en poursuivant les négociations avec ses principaux débiteurs. Les états financiers précisent enfin que SOCADEL justifie ses difficultés de paiement par les créances qu’elle affirme détenir sur l’État, dans l’attente d’un règlement qui fait encore l’objet de discussions.







