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Le Minfi au cœur de l’offensive mondiale contre les circuits financiers terroristes

Réuni le 19 mai 2026 dans la capitale française lors de la 5ᵉ conférence ministérielle « No Money for Terror » (NMFT), le Cameroun, représenté par son ministre des Finances Louis Paul Motaze, a rejoint plus de 70 délégations ayant adopté une déclaration commune destinée à renforcer la lutte contre le financement du terrorisme. À travers cette adhésion, Yaoundé s’engage à accélérer plusieurs réformes portant notamment sur les actifs virtuels, l’échange d’informations, les réseaux criminels transnationaux et les mécanismes de sanctions financières.

Le Cameroun a ainsi ajouté sa signature à une nouvelle feuille de route internationale contre les circuits financiers terroristes. Le 19 mai 2026 à Paris, à l’issue de la cinquième conférence ministérielle « No Money for Terror », organisée par le ministère français de l’Économie et des Finances (Bercy), le pays, représenté par le ministre des Finances Louis Paul Motaze, a rejoint les juridictions soutenant une déclaration commune fixant plusieurs engagements opérationnels pour les années à venir.

Selon les informations publiées à l’issue des travaux, cette conférence a réuni plus de 70 délégations autour de trois axes prioritaires : empêcher l’utilisation des nouvelles technologies financières à des fins terroristes, combattre les mécanismes de financement liés à l’emprise territoriale de groupes armés et renforcer la lutte contre les liens entre financement du terrorisme et criminalité organisée transnationale.

« Les terroristes utilisent diverses méthodes pour collecter, transférer et utiliser des fonds à travers le monde. Tandis que de nombreux groupes terroristes continuent de recourir à des méthodes traditionnelles de transfert de fonds, la tendance de plusieurs d’entre eux à utiliser des actifs virtuels et d’autres moyens de paiement numériques s’est accentuée ces dernières années.

Si les nouvelles technologies jouent un rôle fondamental dans le développement économique et l’innovation à l’échelle mondiale, nous partageons des inquiétudes quant à l’utilisation abusive des technologies et des innovations numériques à des fins de financement du terrorisme (…) Nous reconnaissons également le rôle important joué par les plateformes de financement participatif, les réseaux sociaux, les applications de messagerie instantanée et d’autres plateformes numériques susceptibles d’être exploitées comme accélérateurs du financement illicite », peut-on lire dans la déclaration finale adoptée à Paris.

 COOPÉRATION INTERNATIONALE ET TRAQUE DES RÉSEAUX CRIMINELS

 Au-delà des outils numériques, un autre engagement majeur pris par les États signataires concerne les passerelles de plus en plus observées entre organisations terroristes et criminalité organisée. À Paris, un panel consacré à cette question a réuni plusieurs responsables internationaux, parmi lesquels Nadia Fettah Alaoui, ministre marocaine de l’Économie et des Finances, François-Philippe Champagne, ministre canadien des Finances et du Revenu national, ainsi que Louis Paul Motaze.

Selon les informations communiquées à l’issue des échanges, les participants ont convergé vers une même orientation : renforcer les mécanismes nationaux et internationaux de coordination afin de mieux identifier et démanteler ces réseaux. « Dans certains cas, les stratégies de financement du terrorisme peuvent reposer sur les moyens utilisés et/ou les profits générés par les activités de la criminalité transnationale organisée, telles que le trafic de drogue, la traite des êtres humains, la fraude, la criminalité en tant que service, le blanchiment de capitaux et d’autres formes de criminalité organisée (…)

Afin de priver davantage les groupes terroristes de toute possibilité d’utiliser les revenus illicites des groupes criminels organisés pour financer leurs activités, nous encourageons les États membres à mobiliser l’ensemble des outils dont ils disposent afin d’identifier et combattre cette source de financement (…)

Pour y parvenir, il est nécessaire d’intensifier le partage d’informations à l’échelle internationale », détaille le texte adopté. Cette orientation concerne directement plusieurs administrations camerounaises impliquées dans la surveillance des flux financiers et commerciaux, notamment l’Agence nationale d’investigation financière (ANIF), les Douanes et les autorités judiciaires.

UNE MOBILISATION INTERNE DÉJÀ ENGAGÉE POUR RÉPONDRE AUX EXIGENCES DU GAFI

Les engagements pris à Paris interviennent alors que le Cameroun tente simultanément de satisfaire aux exigences formulées depuis plusieurs années par le Groupe d’action financière (GAFI). Lors de la session du Comité de coordination des politiques nationales de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme tenue le 20 février 2026 à Yaoundé, le ministre des Finances Louis Paul Motaze avait indiqué que le pays préparait la transmission de son septième rapport de suivi au GAFI.

Les données présentées montraient que l’objectif initial fixé pour 2025 n’avait pas été atteint, avec un taux d’exécution des mesures recommandées limité à 46 %. Parmi les insuffisances relevées figuraient notamment l’absence d’une supervision fondée sur les risques dans certaines professions non financières, des mécanismes de sanctions jugés insuffisants ainsi qu’un dispositif national de sanctions financières ciblées encore inachevé. Pour rattraper ce retard, le Cameroun a multiplié les initiatives au cours des derniers mois. Les Douanes ont notamment été mises à contribution.

Une évaluation de la Direction générale des douanes présentée le 8 décembre 2025 faisait état de dix objectifs jugés prioritaires, parmi lesquels le renforcement des contrôles aux frontières, l’intensification des saisies de devises, l’identification des liens entre réseaux criminels et le renforcement de la coopération avec la Cellule nationale des renseignements financiers. Le gouvernement s’est également tourné vers le Fonds monétaire international (FMI) afin de consolider son dispositif institutionnel.

Depuis février 2026, des experts de l’institution accompagnent la Commission nationale consultative sur le gel administratif (CNCGA), chargée d’appliquer les sanctions financières ciblées. Plusieurs avancées ont également été enregistrées, notamment l’adoption du règlement communautaire de la CEMAC sur les sanctions financières ciblées, l’installation officielle des membres de la Commission ainsi que la mise en service d’une plateforme nationale destinée à diffuser les listes des personnes et organisations sanctionnées.

À Paris, le Cameroun a donc souscrit à un engagement international dont plusieurs composantes étaient déjà en cours de mise en œuvre à Yaoundé. Reste désormais à transformer ces engagements diplomatiques et réglementaires en résultats mesurables afin de convaincre le GAFI de retirer le pays de sa surveillance renforcée d’ici à la fin de l’année 2026.

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