C’est dans la salle de conférence du ministère de la Communication que la cérémonie s’est tenue, en présence du ministre René Emmanuel Sadi, du directeur général de MTN Cameroon Wanda Matandela, du vice-président de la Fédération des Éditeurs de Presse du Cameroun (FEDIPRESSE) et d’un parterre de professionnels des médias.
La date n’a rien d’anodin : lancés à quarante-huit heures du 3 mai, Journée mondiale de la liberté de la presse, les Y’ello Press Awards s’inscrivent délibérément dans un calendrier symbolique fort.
DEUXIÈME VOLET D’UN PARTENARIAT STRUCTURÉ
Les Y’ello Press Awards ne surgissent pas de nulle part. Ils constituent le deuxième acte d’un partenariat formalisé il y a deux ans entre MTN Cameroon et la FEDIPRESSE, sous l’égide du ministère de la Communication. Le premier volet avait pris la forme du Y’ello Kiosk, plateforme numérique de vente de journaux en ligne lancée en juillet 2025 à l’hôtel Hilton de Yaoundé, qui permet aux éditeurs d’atteindre de nouveaux lectorats au Cameroun comme à l’étranger, à toute heure. Ce partenariat repose sur trois axes : la vente des journaux en ligne, le renforcement des capacités des journalistes, et la promotion de l’excellence dans la pratique du métier.

Les Y’ello Press Awards incarnent ce troisième pilier. Ils s’ajouteront prochainement à un troisième dispositif : le MTN Pan-African Media Innovation Programme, initiative du groupe MTN à l’échelle continentale, qui offrira chaque année des bourses de formation de douze semaines en Afrique du Sud à des journalistes sélectionnés. Cette année, cinq Camerounais rejoindront des confrères venus du Nigéria, du Ghana, de la Côte d’Ivoire et d’autres pays africains.
UN DIAGNOSTIC SÉVÈRE SUR L’ÉTAT DE LA PRESSE
Derrière la célébration, les discours prononcés lors de la cérémonie ont dressé un état des lieux sans complaisance. Jean Melvin Akam, General Manager Regulatory and Corporate Affairs de MTN Cameroon, a rappelé le rôle historique de la presse écrite camerounaise dans le processus de démocratisation du pays, depuis l’avènement du multipartisme au début des années 1990. « Du Patriote au Messager, en passant par Cameroon Tribune ou La Nouvelle Expression », la presse était alors, dit-il, « puissante et influente dans toute sa diversité ». Mais elle n’a pas su négocier le virage de la libéralisation du secteur audiovisuel, puis celui du tout-numérique, qui a déplacé les lecteurs « des kiosques où ils étaient hier, vers les réseaux sociaux où ils sont aujourd’hui ».
La critique des réseaux sociaux a traversé l’ensemble des allocutions. Pour le Secrétaire Executif de la FEDIPRESSE, Parfait Siki, « la qualité de la production journalistique est déterminante pour la presse face au challenge qu’imposent les lanceurs d’alerte et les internautes devenus, par la puissance du tweet ou du post, producteurs de l’information ». La reconquête du lectorat, a-t-il plaidé, « est assise sur une offre de qualité, le retour aux fondamentaux et la résistance au journalisme des réseaux sociaux qui publie sans recouper, annonce sans vérifier ».
UN CADRE RIGOUREUX, UNE REMISE DE PRIX EN DÉCEMBRE
Concrètement, les Y’ello Press Awards récompenseront des journalistes de la presse écrite sélectionnés selon des critères à la fois rigoureux et objectifs, arrêtés par un jury dont les membres ont été désignés par le ministère de la Communication. Ce jury évaluera la qualité des contenus sur le plan intellectuel, le respect des normes éthiques et déontologiques, la profondeur des investigations et la capacité d’innovation.
Le formulaire de participation a été mis en ligne le jour même du lancement. La période de soumission des candidatures est désormais ouverte, et la cérémonie de remise des distinctions est prévue en décembre 2026. MTN Cameroon a par ailleurs évoqué la possibilité d’élargir à terme le périmètre du prix aux médias audiovisuels — radio et télévision —, auquel cas les Y’ello Press Awards deviendraient les Y’ello Media Awards.
UN SIGNAL POLITIQUE AUTANT QU’ÉCONOMIQUE
Le lancement de ce prix intervient dans un contexte de fragilisation économique documentée de la presse écrite camerounaise, confrontée à l’effondrement de la publicité comme des ventes et à la concurrence des plateformes numériques. En s’engageant aux côtés des éditeurs, MTN Cameroon entend peser sur l’écosystème médiatique dans son ensemble. « Nous ne pouvons pas bâtir un avenir numérique inclusif sans confiance, et la confiance ne peut exister sans une presse forte, professionnelle et crédible », a souligné la CEO Wanda Matandela.
Le gouvernement, pour sa part, a tenu à marquer son soutien. Le ministre Sadi a réaffirmé que « la liberté de la presse constitue l’un des piliers essentiels de la démocratie et de l’État de droit », tout en rappelant qu’elle implique pour le journaliste « une forte exigence de responsabilité ». Un équilibre entre liberté et rigueur qui résume, en définitive, l’ambition affichée de cette nouvelle distinction.







