mardi, avril 28, 2026
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Fitch maintient le Cameroun à « B » et salue le rôle stabilisateur du poste de vice-président 

L’agence justifie cette décision par une croissance économique résiliente et un risque de transition politique jugé en recul depuis la réforme constitutionnelle d’avril 2026, tout en pointant la persistance de fragilités liées à la gouvernance, aux finances publiques et aux conditions de financement.

Fitch Ratings a décidé de maintenir la note de défaut émetteur à long terme en devises étrangères du Cameroun à « B », tout en conservant une perspective négative. Dans son analyse, l’agence souligne que « la notation du Cameroun est soutenue par une croissance solide du PIB et un calendrier d’amortissement de la dette maîtrisable », tout en précisant que ces atouts restent « contrebalancés par un faible PIB par habitant, des indicateurs de gouvernance faibles et des défis sécuritaires persistants ».

Transition politique et gouvernance au cœur des risques

L’évolution du cadre institutionnel occupe une place centrale dans l’analyse de Fitch, notamment à la lumière de la réforme constitutionnelle d’avril 2026. Celle-ci introduit la fonction de vice-président, appelée à assurer la continuité du pouvoir en cas de vacance à la tête de l’État. Dans ce contexte, l’agence estime que le risque d’une transition de pouvoir désordonnée au Cameroun a diminué, mais ne s’est pas dissipé , en raison d’un environnement sociopolitique fragmenté et des incertitudes entourant la désignation du futur titulaire du poste.

«Fitch considère que le risque d’une transition de pouvoir désordonnée au Cameroun a diminué, mais ne s’est pas dissipé, suite à la réforme constitutionnelle d’avril 2026 ayant créé le poste de vice-président. Cependant, on ne sait pas encore qui occupera ce rôle, et les risques persistent, compte tenu de l’environnement sociopolitique fragmenté. Le vice-président est désormais directement nommé par le président et remplace le titulaire en cas de vacance de la présidence (due à une démission, une destitution ou un décès) jusqu’à la fin du mandat de ce dernier. Auparavant, une vacance de la présidence aurait conduit à une nouvelle élection présidentielle, sans successeur clair au président (âgé de 93 ans) Biya», souligne l’agence 

Au-delà de cette dimension politique, la gouvernance économique demeure un point de fragilité. Fitch met en avant des progrès limités en matière de gestion des finances publiques. Le stock d’arriérés intérieurs a ainsi atteint 560 milliards de FCFA en 2025, soit 1,6 % du PIB, en légère hausse malgré les engagements budgétaires. L’agence précise qu’elle « ne prévoit pas de baisse du stock d’arriérés sur notre horizon de prévision », tout en évoquant la persistance de risques d’accumulation d’arriérés extérieurs non commerciaux.

Ces faiblesses se reflètent également dans les pratiques de la Société nationale des hydrocarbures (SNH). Fitch relève que les « interventions directes », assimilées à des activités quasi budgétaires, sont restées élevées et devraient se poursuivre en 2026, en dépit des engagements officiels visant à y mettre un terme.

Une trajectoire de dette favorable, mais sous contrainte de financement

Sur le plan macroéconomique, Fitch met en avant une dynamique de dette relativement favorable. L’encours de la dette publique est estimé à 41,2 % du PIB en 2025, contre 44,2 % un an plus tôt, avec une projection à 40,2 % à l’horizon 2027. L’agence souligne que « le niveau de la dette passera en dessous du chiffre d’avant la pandémie (…) et en dessous de la médiane “B” de 51 % du PIB », ce qui constitue un facteur de soutien à la notation.

Cette trajectoire repose sur une combinaison de croissance nominale soutenue et de déficits budgétaires contenus. Après un déficit estimé à 2,2 % du PIB en 2025, Fitch anticipe un repli à 1,6 % en 2026, puis 1,8 % en 2027, porté par un rebond des recettes non pétrolières et une stabilisation des dépenses publiques.

Toutefois, cette amélioration s’inscrit dans un contexte de contraintes de financement persistantes. Les besoins d’amortissement de la dette devraient dépasser 5 % du PIB sur la période 2026-2027. Fitch souligne que « la plupart des nouveaux financements nets proviendront d’emprunts extérieurs », dans un environnement où la capacité du marché régional de la CEMAC reste limitée. L’émission d’un eurobond de 750 millions de dollars en janvier 2026, assorti d’un coupon de 8,875 % et largement sursouscrite, témoigne néanmoins d’un accès maintenu aux marchés internationaux.

Dans ce contexte, l’obtention d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international apparaît comme un élément clé de sécurisation du financement. Son absence constituerait, selon Fitch, un risque notable pour l’équilibre budgétaire.

Croissance résiliente, mais exposition aux chocs externes

Fitch projette une croissance du PIB réel de 3,7 % en moyenne sur 2026 et 2027, soutenue notamment par la production pétrolière, les investissements miniers et l’extension de l’accès à l’électricité. Cette dynamique reste toutefois exposée aux aléas du contexte international, en particulier aux tensions sur les marchés énergétiques.

Sur le plan extérieur, l’agence anticipe un creusement du déficit courant, attendu à 4,4 % du PIB sur la période 2026-2027, sous l’effet d’un recul des prix du cacao après des niveaux élevés en 2025. Les réserves de change de la CEMAC, proches de 12 milliards de dollars en février 2026, montrent néanmoins des signes de stabilisation après leur repli en 2025, ce qui atténue partiellement les vulnérabilités externes.

Les facteurs qui pèseront sur la prochaine décision

Fitch précise enfin les éléments susceptibles d’influencer l’évolution future de la note souveraine du Cameroun. Du côté des risques de dégradation, l’agence évoque notamment « des faiblesses persistantes de la gestion des finances publiques », susceptibles de se traduire par une nouvelle accumulation d’arriérés extérieurs ou des retards de paiement de la dette, ainsi que par des pressions accrues sur le financement budgétaire et extérieur. Une aggravation de l’instabilité politique ou des menaces sécuritaires figure également parmi les facteurs de risque, tout comme une perturbation significative de l’activité économique liée à un choc énergétique prolongé.

À l’inverse, une amélioration de la note passerait par des avancées concrètes en matière de discipline budgétaire et de gestion de trésorerie. Fitch indique qu’une « amélioration durable de la gestion des finances publiques », permettant de prévenir l’accumulation d’arriérés et de renforcer l’accès au financement extérieur, constituerait un signal positif. Un apaisement des incertitudes politiques, notamment autour de la succession présidentielle, ainsi qu’une réduction des risques liés à un choc énergétique externe, pourraient également soutenir un relèvement de la notation.

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