Amélioration des voies d’accès des marchandises, construction de silos de stockage, extension du Terminal à conteneurs ; modernisation des équipements ; sécurité incendie, rénovation du réseau ferroviaire…la place portuaire de Douala Bonabéri est en pleine mutation depuis 2017, afin de fluidifier son trafic et de renforcer son attractivité et sa compétitivité.
Au port de Douala Bonabéri, un vaste chantier est en cours pour répondre aux exigences du schéma directeur de développement à l’horizon 2050 fixé par le Port Autonome de Douala (PAD). Ce document boussole prévoit notamment la modernisation des infrastructures, la rénovation des équipements existants (innovation dans les procédures de gestion et d’exploitation, ainsi que le développement de nouvelles capacités logistiques et opérationnelles). Les objectifs visés sont en l’occurrence de faire passer les volumes de 11,8 millions de tonnes de marchandises traités par an en 2018 à presque 21 millions de tonnes par an en 2030. Ceci, en renforçant les capacités du port évaluées à moins de 13.5 millions de tonnes maximum par an. Les chantiers sont divers et variés.
Le quai pétrolier renait 20 ans après

Attendu depuis plus de 20 ans, après des accidents sur le précédent ouvrage de déchargement du Port en 2001, l’approvisionnement en produits pétroliers du territoire national et des pays voisins était dès lors assuré via le quai conventionnel n°1 aménagé comme solution palliative, avec des risques d’explosion ou d’incendie. Finalement, l ’appontement pétrolier sur Duc d’Albe du Port de Douala Bonabéri a été mis en service le 28 avril 2021. Cette infrastructure a été dimensionnée pour accueillir des navires de la taille du Tanker MJT Cape Limbol, avec des tirants d’eau de l’ordre de 8.5 mètres. Il peut donc recevoir des bateaux de 20.000 tonnes métriques au lieu des 14.000 tonnes du quai provisoire. Cette plateforme est dotée de bras de déchargement modernes et de dernière génération, d’une nappe de cinq tuyauteries de 5 à 10 pouces de diamètre, partant de la plateforme pétrolière à la chambre à vannes de la SCOP. Avec ce dispositif, le débit de pompage est évalué à environ 600 m3/h, soit une réduction de temps d’environ 30%. Ce qui contribue à diminuer le délai de séjour des navires à quai, et par ricochet les coûts des surestaries. Le nouvel appontement est non seulement moderne mais répond également aux normes environnementales et sécuritaires. Il a été à ce titre élaboré un plan d’urgence maritime pour la gestion de l’ensemble des scénarios d’accidents en pollution ou en incendie. Ce qui comprend la mise en place des kits de matériels antipollution pour lutter contre une éventuelle pollution ainsi que des moyens de défense contre incendie pour le circonscrire dans un éventuel sinistre. En termes de prévention, des équipements de protection individuelle et collective sont prévus. Et pendant que des opérations s’effectuent, des mesures d’explosivité sont prises en continue sur le site pour éviter de réunir des conditions de survenue d’un incendie.
Le terminal à conteneurs en pleine mutations
La Régie du Terminal à Conteneurs (RTC), l’un des symboles de la nationalisation de certaines activités au port de Douala connait une transformation spectaculaire et son chiffre d’affaires est passé de 49 milliards en 2020 à environ 60 milliards en 2024. Une performance soutenue par divers investissements, notamment l’acquisition de nouveaux équipements de manutention pour remplacer ceux laissés par l’ancien concessionnaire. L’installation de technologies de pointe a aussi permis de moderniser et d’augmenter les capacités et les performances. Le Terminal est désormais opéré en RTG Huit RTG neufs sont entrés en service en 2024, portant le nombre total à 12. Deux grues mobiles de quai neuves ont été acquises, ainsi que des TERBERG et des Reachstalkers. Parallèlement, des travaux de rénovation et de développement de la plateforme des opérations et d’entreposage sont exécutés au pas de charge dans le but de l’arrimer aux normes internationales reconnues dans le secteur. Les aires de stockage sont entièrement pavées.
Par ailleurs , le projet d’extension de ce terminal est en cours depuis juillet 2025. Le projet évalué à 55 milliards de FCFA TTC, vise la construction de 250 mètres linéaires de quai supplémentaires. Cet aménagement de 7.9 hectares de terre-plein arrière et la création de 1.200 mètres linéaires de voies de RTG (portique automatisé sur Pneu. Les travaux sont en train d’être exécutés en trois phases et la mise en exploitation du quai dénommé quai 17 est prévue en 2027. Ces aménagements porteront la longueur totale du terminal à un peu plus de 1.000 mètres linéaires et permettront à la RTC d’améliorer ses capacités en passant d’un traitement de 380.000 tonnes EVP en 2024, à un million de conteneurs d’ici 2030.
Aménagement d’une zone logistique et de parking pour camions
Sur deux sites d’une superficie totale de 15 ha au port de Douala, il est prévu l’aménagement d’une zone logistique sur 5 ha et d’un parking de camions sur 10 ha. Actuellement, 3 ha ont déjà été construits, et bientôt 5 ha, soit 50.000 m2 sur les 100.000 envisagés. Cet aménagement en zone aval du domaine portuaire fait partie des projets prioritaires retenus par le Schéma Directeur de Développement du Port de Douala-Bonabéri à l’horizon 2050. Il est question de mettre en place des espaces commodes et sécurisés pour le stationnement des camions destinés aux opérations logistiques portuaires et pour la gestion logistique de certaines marchandises à l’importation et à l’exportation. Ce projet va générer 250 emplois directs et plus de 800 emplois indirects.
Dans la même perspective de fluidification du trafic à l’intérieur de la place portuaire, plusieurs kilomètres de routes et de dessertes en pavés sont réalisés. Un chantier structurant de construction et de réhabilitation de dessertes internes est engagé. Le point d’orgue, un chantier d’une une voie de contournement visant à séparer les flux portuaires des circulations urbaines sensibles en zone aval, au lieu-dit Essengue. Le projet porte sur environ 10 km d’infrastructures routières comprenant 5 km de voie de contournement et 5 km de voies de desserte. Plusieurs kilomètres de routes et de voirie ont été réhabilités, rendant la circulation fluide tout en contribuant à la sécurisation des marchandises lors des opérations de transfert. Les travaux routiers concernent aussi l’agrandissement d’une voie de circulation sur la Nationale N°3, au niveau du monument du Soldat du cinquantenaire, à l’entrée de Youpwe o une nouvelle guérite d’accès est en cours de construction.
Un quai pour saisir les opportunités de la ZLECAF
Les autorités du port de Douala viennent de lancer le projet de réhabilitation et de modernisation du Terminal Régional du Port de Douala-Bonabéri couramment appelé Quai Boscam. L’opération prévoit la réhabilitation du site actuel, la création d’une nouvelle plateforme de 20 hectares et, dans une phase d’investissement optionnelle, la construction d’un nouveau quai de 700 mètres. Dédiée historiquement au traitement du trafic marchandise en provenance ou à destination des pays de la sous-région CEMAC, cette infrastructure construite dans une configuration technique ancienne a montré ses limites. Une importante opération d’enlèvement des épaves de navires y est en cours pour libérer la darse. Le Port autonome de Douala (PAD) et Douala Terre-Port ont signé, le 10 avril 2026, un partenariat public-privé à cet effet d’un montant global de 126,3 milliards de FCFA, entièrement financé par le partenaire privé dans le cadre d’une concession de 30 ans. L’objectif de cette réhabilitation est d’améliorer les performances du Terminal régional par l’augmentation de la capacité d’accueil des navires, l’amélioration de la productivité des opérations, la modernisation de la chaîne logistique et le renforcement de l’impact régional du Port de Douala Bonabéri. Le projet va ainsi relancer le trafic régional par le cabotage de marchandises et de passagers entre Douala et les ports de la Cemac dans la perspective de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).
Modernisation du réseau ferroviaire
Dans le but de faciliter le transport des marchandises, améliorer la fluidité du trafic portuaire et préserver des infrastructures historiques, un contrat de concession a été signé le 19 mars dernier par le Directeur Général du Port Autonome de Douala et la Douala Port Railway Investment Company (DPRIC). Ce partenariat vise à moderniser et étendre le réseau ferroviaire de la zone portuaire de Douala-Bonabéri. Concrètement, il est question de la réalisation des études, la conception, la construction, la modernisation ainsi que l’exploitation d’un réseau ferroviaire performant et intégrant des technologies innovantes. Il vise à renforcer la performance, l’attractivité et la compétitivité du Port de Douala. Car, le partenaire privé devra mettre en place un réseau ferroviaire performant qui intègre des technologies innovantes pour répondre efficacement aux besoins d’un trafic portuaire croissant. Cette modernisation permettra d’optimiser le transport des marchandises et de mieux connecter le port à son hinterland, renforçant ainsi son rôle stratégique dans la chaîne logistique régionale. L’accord sous la forme d’un partenariat public-privé de type Design-Build-Finance-Maintain, porte sur une période de 25 ans. Le coût global de cet investissement est de 40 milliards de FCFA, entièrement financé par le partenaire privé qui doit réaliser toutes les phases, depuis les études et la conception jusqu’à la maintenance, avant la rétrocession des infrastructures au PAD. 120 emplois directs et 360 emplois indirects sont attendus. Ceci à côté d’un programme conjoint annuel de formation et d’insertion professionnelle des jeunes diplômés camerounais qui sera mis en œuvre par les deux parties.
Une zone industrialo portuaire à Dibamba

quelques kilomètres de Douala, le port a lancé depuis l’année dernière, un projet d’aménagement d’une zone industrielle et logistique portuaire sur les berges de la Dibamba. Le site de 500 hectares va abriter une zone industrialo portuaire de 350 hectares ; une zone logistique attenante sur 100 hectares et les 50 hectares restants vont constituer un espace de vie, notamment d’hébergement des travailleurs de la zone. Le projet vise en partie à décongestionner la pénétrante est de Douala. Car le hub logistique du site sera interconnecté au port de Douala et à l’hinterland par voie d’eau. Du coup, la pénétrante sera délestée du trafic de plusieurs centaines de camions par jour grâce à cette liaison directe entre le port et la Dibamba. Cette voie va plus tard rejoindre l’autoroute Douala Yaoundé et même, le réseau ferroviaire national. Pour la mise en œuvre de ce projet, c’est le partenariat public privé qui a été choisi. Le port a déjà signé un mémorandum avec le groupe Arise Integrated Industrial Platforms (IIP) connu pour avoir construit des plateformes industrielles dans plusieurs pays d’Afrique. Environ 500 000 emplois directs et indirects pourraient être générés par la zone industrialo portuaire où seront installées des industries de transformation.
Réaction
Ronny MINKOS, ingénieur d’études à la DAPC, PAD
« La zone industrialo portuaire de Dibamba va booster notre commerce extérieur et la transformation locale de nos matières premières »
« Le projet d’aménagement d’une zone d’activité industrialo portuaire sur les Berges de la Dibamba, au lieu-dit Missole s’inscrit déjà dans notre shéma directeur de développement qui envisage l’extension du domaine portuaire de Douala Bonabéri. Vous savez que nous sommes le principal port du Cameroun, mais en même temps, nous faisons face à la contrainte foncière, vu que nous sommes un port attenant à la ville de Douala. Alors, ce projet est principalement destiné aux marchandises de l’Hinterland, nos pays voisins qui n’ont donc pas de littoral et qui utilisent le Cameroun en général et le port de Douala au Bonabéri en particulier comme façade maritime. Il s’agit donc de délester le port de Douala au Bonabéri de ce trafic-là, de le conduire sur la Dibamba. Il s’agit aussi donc de répondre aux exigences de performance. Au-delà des partenaires de l’Hinterland, notamment la Centrafrique, le Tchad, le Niger, le Nord du Congo et en perspective le Soudan du Sud et puis la République démocratique du Congo, ce projet vient répondre de manière directe à l’implémentation ou à la mise en œuvre de la stratégie nationale de développement. Il est une réponse directe à la politique d’import-substitution du gouvernement parce que sur ce site-là, sur le site du projet qui a une emprise foncière de 522 hectares avec 350 hectares dédiés à la zone industrielle et 120 dédiés à la zone logistique, ce projet va permettre l’installation des industries, ces industries-là qui auront pour vocation de transformer les matières premières. Les neufs sous-secteurs impliqués ou ciblés dans la stratégie nationale de développement sont concernés, notamment la filière bois, la filière coton, la filière pharmaceutique, l’énergie et bien d’autres encore. Il est important de souligner que ce projet est un partenariat stratégique avec le partenaire Arise IIP qui a déjà un large écosystème en Afrique. Il est installé dans 12 pays et il est reconnu comme aménageur et développeur de ce type d’infrastructure. En réalité, il s’agit d’un projet qui est suivi au niveau stratégique de la coordination du Gouvernement. En réalité, ce projet va venir répondre et booster de manière significative notre commerce extérieur et la transformation locale de nos matières premières. C’est ainsi la vision du top management du Port Autonome de Douala et la vision du cher président de la République, chef de l’État. Après la pose de la première pierre et les études, actuellement je vous invite à visiter le site où les terrassements sont déjà effectifs, la voie d’accès en phase de construction, la construction du quai même, les travaux sur le quai au niveau de la base de la zone logistique seront engagés à brève échéance. »







