Alors que les premiers essais d’extraction débutent ce mois-ci, Canyon Resources concentre ses efforts sur trois fronts stratégiques. La compagnie australienne attend, au cours de ce deuxième trimestre, l’arrivée de ses premières locomotives en provenance de Chine, souhaite finaliser son entrée au capital de Camrail et boucle parallèlement une étude pour la mise en place d’une unité de transformation locale.
Le deuxième trimestre 2026 concentre ainsi une série d’échéances majeures pour le projet de bauxite de Minim Martap, situé dans la région de l’Adamaoua. D’après les éléments communiqués par Canyon Resources dans un communiqué publié le 14 avril 2026, la société entend sécuriser, sur cette période, les maillons critiques de sa chaîne logistique, à commencer par la réception des locomotives destinées à l’évacuation du minerai vers le port de Douala.
L’entreprise précise que « les sept premières locomotives commandées auprès du constructeur chinois CRRC Ziyang ont été expédiées de Chine fin mars et devraient arriver au port de Douala vers la fin du deuxième trimestre 2026 ». Un calendrier toutefois ajusté après des modifications dans les délais de livraison. En conséquence, Canyon a revu son séquencement opérationnel : une première expédition test de bauxite est désormais programmée au troisième trimestre, afin de permettre une montée en puissance progressive avant un passage à pleine capacité au quatrième trimestre.
Au-delà de la logistique immédiate, l’autre dossier majeur du trimestre concerne la participation de Canyon dans Camrail. Détenant actuellement 9,1 % du capital, la société australienne négocie une augmentation de sa participation à plus de 20 %, une opération qui pourrait être finalisée au cours de ce trimestre.
Ce renforcement vise à peser davantage dans le projet de modernisation ferroviaire PQ2 dans lequel Camrail prend une part active. Ce programme, financé notamment par l’Union européenne et la Banque européenne d’investissement, porte sur la rénovation des corridors Douala–Yaoundé et Bélabo–Ngaoundéré, avec un démarrage des travaux annoncé pour 2027. Il ambitionne d’améliorer la fluidité du trafic, de renforcer la sécurité et de soutenir l’intégration régionale.
Pour Canyon, l’enjeu est de sécuriser et optimiser le transport du minerai depuis l’Adamaoua jusqu’au port de Douala. La direction souligne que « cette montée au capital permettrait de jouer un rôle accru dans le projet PQ2 et de renforcer la fiabilité de la chaîne logistique mine-port », établissant ainsi un lien direct entre gouvernance ferroviaire et performance industrielle.
Une raffinerie pour capter davantage de valeur
Parallèlement aux enjeux logistiques et ferroviaires, Canyon Resources avance sur un projet industriel de long terme. L’étude de faisabilité relative à la construction d’une raffinerie d’alumine progresse conformément au calendrier et devrait être finalisée au troisième trimestre 2026.
L’ambition est de transformer localement la bauxite plutôt que de l’exporter brute, et positionner l’entreprise comme un acteur intégré de la chaîne de valeur mondiale de l’aluminium. Canyon met en avant plusieurs atouts, notamment la qualité du gisement de Minim Martap, caractérisé par une teneur d’environ 51 % en alumine et près de 2 % en silice. Cette faible teneur en silice constitue un avantage compétitif, en réduisant les coûts de traitement et en améliorant la rentabilité potentielle d’une future raffinerie.
Un financement sécurisé sans levée de fonds supplémentaire
Ce trimestre charnière intervient dans un contexte financier récemment clarifié. Début mars 2026, lors d’une assemblée générale extraordinaire, les actionnaires ont rejeté la seconde tranche d’un financement estimé à près de 69 milliards FCFA, impliquant notamment Afriland Bourse & Investissement et Eagle Eye Asset Holdings.
Malgré ce rejet, la direction assure que l’avancement du projet n’est pas compromis. Le directeur général, Peter Secker, indique que « des modélisations financières actualisées ont confirmé que les fonds de cette tranche 2 ne sont pas nécessaires pour financer le reste de la phase 1 ».
Selon les données communiquées, la trésorerie actuelle, combinée à la part non tirée d’une facilité de dette de 140 millions de dollars (environ 84 milliards FCFA) accordée par AFG Bank Cameroon, permet de couvrir l’ensemble des investissements de la phase 1, estimés à 97 millions de dollars (environ 58,2 milliards FCFA), jusqu’à la première expédition.
Dans le détail, Canyon disposerait d’environ 43 millions de dollars de liquidités (près de 25,8 milliards FCFA), auxquels s’ajoutent environ 95 millions de dollars encore mobilisables sur la ligne de crédit (soit près de 57 milliards FCFA). Une structure financière qui conforte la capacité du groupe à atteindre son premier jalon commercial sans recours à de nouveaux capitaux.
Sur le plan commercial, la compagnie indique être en discussions avec plusieurs partenaires potentiels pour des contrats d’enlèvement. Toutefois, elle privilégie une approche progressive : la finalisation de ces accords interviendra après les premières expéditions, « afin de démontrer concrètement la qualité du minerai » , souligne Canyon Resources dans son communiqué.







