Le Parlement camerounais s’apprête à siéger en formation solennelle. L’Assemblée nationale et le Sénat sont convoqués en Congrès dès ce jeudi 2 avril 2026 au Palais des verres Paul Biya à Yaoundé. Une session extraordinaire qui, selon la convocation signée du président de l’assemblée nationale Théodore Datouo, sera consacrée à l’examen d’un projet de loi modifiant la constitution du pays. La rencontre s’ouvre à 10 heures par une séance solennelle, précédée d’une conférence des présidents. Les travaux vont ensuite basculer en commission spéciale où 30 membres sont annoncés, à parité entre les deux chambres.
Les discussions s’étendront sur trois jours avant une plénière prévue le dimanche 5 avril à 16 heures pour l’adoption du texte final, suivie de la clôture officielle. Lors de sa prestation de serment le 6 novembre 2025 pour son huitième mandat, le président Paul Biya avait annoncé cette révision constitutionnelle en des termes plutôt sibyllins : « Nous devrons également, soumettre au Parlement, certaines réformes permettant un fonctionnement plus efficient de l’Etat, grâce à une adaptation de nos institutions aux exigences de notre environnement. » Plus récemment, a l’occasion de son traditionnel message.
Très attendu depuis son annonce par le Chef de l’État lors de sa prestation de serment le 6 novembre 2025, cette révision de la constitution devrait selon nombre d’analystes donner davantage de visibilité à la succession au sommet de l’État. Ainsi par exemple, la création d’un poste de vice-président président doté de la capacité à succéder au président de la République est une des mesures très attendue par l’opinion. D’autres analystes soulignent la nécessité de procéder à l’occasion de cette révision constitutionnelle, à un toilettage de fond des institutions mais surtout à un rééquilibrage de la représentativité au sein du parlement, avec l’augmentation du nombre de députés.
Enfin, on peut noter que la révision constitutionnelle aurait davantage de légitimité si le chef de l’État choisissait la voir référendaire plutôt que le raccourci parlementaire. Le recours au Congrès n’est pas anodin. La Constitution encadre strictement cet exercice. Trois cas de figure permettent sa convocation, notamment pour examiner un projet de révision constitutionnelle. Dans cette configuration, le texte est adopté à la majorité des deux tiers des parlementaires. Avec une majorité confortable du RDPC parti au pouvoir dans les deux chambres, l’issue du vote ne fait guère de doute sur le plan arithmétique.
Mais l’équation politique reste ouverte. Les tensions observées récemment à l’Assemblée nationale lors de l’examen de la modification du code électoral en donnent un aperçu. Au-delà du vote attendu, l’enjeu se situe aussi dans la portée des réformes envisagées. Une modification constitutionnelle engage durablement l’architecture institutionnelle. Elle redéfinit les équilibres de pouvoir et conditionne les échéances politiques à venir. À Yaoundé, pendant quatre jours, le Parlement ne se contentera pas d’entériner un texte. Il arbitrera une séquence politique déterminante.







