L’esplanade du ministère des Postes et Télécommunications à Yaoundé, s’est transformée le jeudi 19 février dernier en vaste scène de retrouvailles institutionnelles. Près de 1200 mains ont défilé dans celle de Minette Libom Li Likeng. Le rituel des vœux, bien huilé, a pris des allures de démonstration de cohésion.
Face aux responsables de l’administration centrale, aux structures sous tutelle et aux opérateurs du secteur de la télécommunication, la ministre a installé le décor d’une année qu’elle présente comme décisive. Dans son allocution, le ton s’est voulu ferme, presque programmatique.
2026, a-t-elle laissé entendre, ne sera pas une année d’intentions mais d’exécution. « Il y a d’abord la priorité de conduire efficacement la transformation digitale du Cameroun dans un espace sécurisé. Cela passera par trois grands projets », a-t-elle déclaré. La première priorité vise la connectivité rurale et l’accès universel à Internet. « Le premier concerne la connectivité afin que chaque Camerounais soit connecté où qu’il se trouve et puisse bénéficier des avantages du numérique. »
L’enjeu est économique. L’extension des infrastructures dans les zones rurales et enclavées conditionne l’accès aux services financiers numériques, au e-commerce, à l’e-santé ou encore à l’e-éducation. Réduire la fracture territoriale revient à élargir la base productive et à intégrer davantage de populations dans l’économie formelle. Deuxième pilier, la cybersécurité. « Lorsqu’on accède au cyberespace la question de la sécurité s’impose. Nous avons engagé des actions pour renforcer la cybersécurité. »
Des équipements spécialisés ont été remis à l’Agence Nationale des Technologies de l’Information et de la Communication afin de consolider les capacités nationales de prévention et de réponse aux cybermenaces. « L’ANTIC est désormais outillée pour identifier et interpeller tout auteur de comportements répréhensibles. » La ministre insiste sur la responsabilité des usagers et sur la lutte contre les discours de haine en ligne. La confiance numérique devient ainsi un actif économique. Sans sécurité, pas d’investissement numérique durable.
Le troisième axe porte sur la modernisation du secteur postal. « Le troisième volet concerne le développement du secteur postal. Celui-ci évolue vers un modèle plus moderne intégrant notamment des services financiers. » La transformation de la poste doit accompagner l’essor du commerce électronique et renforcer l’inclusion financière. Digitalisation des prestations, partenariats avec les acteurs du e-commerce et amélioration de la traçabilité figurent parmi les chantiers annoncés.
Au-delà de ces priorités, la qualité de service est posée comme exigence transversale. « Aucune transformation numérique ne peut réussir si la qualité des prestations n’est pas au rendez-vous. » Dans le cadre du PATNUC, des équipements techniques ont été remis à l’Agence de Régulation des Télécommunications pour assurer un monitoring en temps réel des performances des opérateurs. « Si des sanctions doivent être prises elles le seront sur une base incontestable. »
L’activation des mécanismes de sanction et la redevabilité des opérateurs de téléphonie sont clairement annoncées. La dimension stratégique est assumée. La ministre évoque la souveraineté numérique nationale, le contrôle des infrastructures, des données et des technologies. Elle inscrit cette ambition dans la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 qui prescrit modernisation de l’administration, gouvernance électronique, inclusion numérique et adoption des technologies émergentes. « Le chantier dans lequel nous sommes résolument engagés est d’une ampleur exceptionnelle », a-t-elle affirmé.
L’avènement de l’intelligence artificielle impose selon elle de « repenser nos méthodes nos processus et nos réflexes administratifs » et d’opérer « une véritable conversion au numérique ». Une stratégie nationale de l’intelligence artificielle assortie d’un plan d’action gouvernemental doit encadrer son développement éthique et structurer l’écosystème local.
L’année 2026 s’annonce donc comme un test. Connectivité universelle, cybersécurité renforcée, régulation plus ferme et modernisation postale constituent les axes d’un programme qui cherche à transformer le numérique en levier de croissance et de compétitivité. Pour le membre du gouvernement, la souveraineté technologique ne relève plus du discours. Elle devient un impératif économique.







