Ces structures ne disposent ni d’agrément requis, ni d’une convention de partenariat formelle avec un établissement de crédit régulièrement agréé.
Depuis quelques années au Cameroun, l’on note un foisonnement des plateformes digitales proposants des prêts d’argent en ligne. Certaines de ces plateformes proposent des prêts d’argent pouvant aller jusqu’à 300 000 FCFA avec des délais de remboursement de 180 jours et seulement 6 000 FCFA d’intérêt et la même période pour restituer 600 000 FCFA moyennant 72 000 FCFA de taux d’intérêt.
Pour les experts, bien que ces plateformes de crédit instantané constituent une innovation disruptive qui élargit le périmètre de l’inclusion financière en réduisant les asymétries d’information et les coûts de transaction pour des segments de population exclus du système bancaire traditionnel, derrière la promesse d’un argent facile et instantané se cachent des taux d’intérêt et des méthodes de recouvrement brutales.
Selon Moh Sylvestre Tangongho, directeur général du Trésor, les plateformes digitales actuellement actives sur le marché camerounais ne disposent ni de l’agrément requis, ni d’une convention de partenariat formelle avec un établissement de crédit régulièrement agréé.
« L’octroi de crédit constitue une opération de banque réservée aux seuls établissements de crédit et établissements de microfinance régulièrement agréées par l’autorité monétaire et placés sous la supervision prudentielle de la Commission bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC). A ce titre, toute personne physique ou morale qui, sans agrément, propose de manière habituelle des opérations de crédit s’expose aux sanctions prévues par les textes communautaires et nationaux pour exercice illégal de la profession bancaire » explique Moh Sylvestre Tangongho sur les colonnes de l’hebdomadaire Cameroon Business Today du mercredi 6 au mardi 12 mai 2026.
Le rôle des pouvoirs publics
Pour les experts, la régulation du digital lending doit s’articuler autour de quatre piliers normatifs que sont : l’instauration d’un régime de licence spécifique aux établissements de microfinance digitale conditionnant l’accès au marché, la fixation de plafonds d’usure pour encadrer le coût total du crédit et prévenir les pratiques de tarification abusive, des obligations de reporting périodique auprès des autorités de tutelle afin d’assurer la traçabilité des encours et le suivi du risque de crédit.
A cela s’ajoute l’édiction d’un code de conduite opposable encadrant les pratiques de recouvrement, proscrivant le debt-shaming et le harcèlement. Selon Moh Sylvestre Tangongho, les pratiques relevées à l’instar de l’accès au répertoire téléphonique de l’emprunteur, l’exploitation de ses données de géolocalisation, la sollicitation directe de ses contacts en cas de retard de paiement constituent une préoccupation majeure des pouvoirs publics.
« A l’échelle nationale, le ministère des Finances œuvre à travers la Direction générale du Trésor, de la Coopération financière et monétaire à la cartographie systématique des opérateurs de fintech non régulés et à l’élaboration des mesures correctrices appropriées, en lien avec l’ensemble des autorités concernées » précise Moh Sylvestre Tangongho.
Pour le membre du gouvernement, cette démarche s’inscrit dans une logique d’encadrement progressif, distinguant les acteurs vertueux susceptibles d’être intégrés au cadre formel, des opérateurs prédateurs qui ont vocation à être écartés du marché.
Moh Sylvestre Tangongho explique également que le ministère des Finances, dans sa mission de veille sur la traçabilité de l’orthodoxie du système financier national, suit avec « une particulière attention » ce phénomène et travaille étroitement avec la COBAC ainsi qu’avec les autorités sectorielles compétentes, en vue d’identifier les opérateurs en infraction et d’engager les diligences appropriées.







