Contribuer au-delà des 5 % actuellement attribués à l’artisanat dans le produit intérieur brut. C’est autour de cet objectif que s’est tenue, le 28 janvier 2026 à Yaoundé, la conférence annuelle des services déconcentrés du ministère des Petites et Moyennes entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat (MINPMEESA). Les travaux ont porté sur le thème : « La place de l’artisanat dans la réalisation de la SND30 : état des lieux et perspectives », dans un contexte où la Stratégie nationale de développement 2020-2030 cherche à activer des leviers de croissance plus inclusifs et territorialement ancrés.
Concrètement, il s’agissait de dresser un diagnostic réaliste du secteur et d’identifier, à la lumière des orientations de la SND30, les mécanismes permettant de le mettre en mouvement pour une contribution économique accrue. Pour le ministre Achille Bassilekin III, la sous-exploitation persistante de l’artisanat constitue une incohérence stratégique. « Nous ne pouvons pas continuer d’entretenir une sous-exploitation de ce secteur. Certains pays avancés ont précisément pour première industrie l’artisanat parce que l’artisanat se décline en artisanat d’art, mais surtout en artisanat de production et artisanat de service. Et tous ces acteurs contribuent significativement au produit intérieur brut de leurs pays. Et je crois que le potentiel de nos artisans reste encore en deçà de ce qu’ils peuvent offrir en termes d’accélération de la SND30 », a-t-il expliqué.
Cette réflexion s’inscrit dans le cadre du plan stratégique 2026-2028 du MINPMEESA, qui vise une montée en puissance du secteur à travers une mobilisation renforcée des acteurs de terrain. « Il était nécessaire, à l’orée de l’année 2026, avec l’ensemble de nos responsables de terrain mais aussi des artisans, de revenir sur toutes les actions aujourd’hui qui sont requises pour accélérer la dynamique de dynamisation de ce secteur, mais davantage encore mobiliser tous ces acteurs autour de la réalisation des priorités de la SND30 pour que nous puissions avoir une croissance qui soit plus inclusive, avec la contribution des artisans, davantage de création d’emplois et surtout que la richesse de nos terroirs puisse vivre dans sa diversité », a annoncé le ministre.
Malgré ces orientations et les dispositifs déjà engagés, l’artisanat camerounais demeure marqué par un paradoxe structurel. Riche en savoir-faire, porteur d’identité culturelle et doté d’un potentiel économique reconnu, il reste marginal dans la création de valeur nationale. Sa faible contribution au PIB traduit une sous-valorisation persistante des talents et des ressources disponibles.
Les villages artisanaux, pensés comme des pôles intégrés de production, de formation et de commercialisation, n’ont pas encore atteint leur pleine capacité. Ils souffrent de faibles taux d’occupation, d’une animation irrégulière, de déficits de gouvernance et d’une monétisation encore limitée des activités, peinant ainsi à jouer leur rôle de catalyseurs économiques et sociaux.
Dans ce contexte, l’artisanat apparaît plus que jamais comme un secteur transversal et stratégique pour l’emploi et l’inclusion sociale. À l’heure où le processus de décentralisation s’accélère, le défi consiste à faire migrer l’artisanat d’un espace majoritairement informel vers un écosystème productif structuré, formalisé, digitalisé et résolument orienté vers les marchés, condition indispensable pour en faire un pilier crédible de l’économie réelle et de la mise en œuvre effective de la SND30.
A côté de la dotation générale de la décentralisation, la fiscalité locale est l’une des principales sources de revenus pour les Collectivités territoriales décentralisées (CTD). Et pour l’exercice 2026, si l’on en croit les prévisions faites par le ministère des Finances, dans son document annexe relatif à la décentralisation de la loi de finances 2026, c’est précisément un montant d’environ 497,81 milliards de FCFA qui devrait être mobilisé au profit des CTD au cours de cet exercice budgétaire.
Dans les détails, les prévisions de recettes fiscales à mobiliser par la Direction générale des impôts (DGI) au profit des communes pour l’exercice 2026 sont évaluées à 391,8 milliards de FCFA, soit une augmentation de 53,7 milliards de FCFA (+15,9%), par rapport aux estimations de 2025 qui étaient de 38,1 milliards de FCFA en 2025. Quant au niveau régional, pour la première année de mise en œuvre effective du panier fiscal prévue par la nouvelle loi portant fiscalité locale en faveur des régions, les prévisions de recettes se situent à 117,8 milliards de FCFA.
Le Minfi prévoit ici une montée en puissance progressive de l’Impôt général synthétique qui devrait connaitre une évolution de l’ordre de 40%. Les Centimes additionnels communaux (CAC) devraient également connaitre une progression de 15% du fait notamment de la pleine application de la disposition de la nouvelle loi sur la fiscalité locale instaurant des CAC sur les droits d’accises ad valorem et les droits d’accises spécifiques.
Pour ce qui est des prévisions de ressources fiscales à mobiliser par la Direction générale des douanes (DGD) pour le compte des CTD en 2026, la mobilisation de ces recettes fiscales se fera uniquement au profit des communes, la DGD n’ayant pas de compétence en matière d’administration des impôts, taxes et redevances des régions. Pour l’exercice 2026, les prévisions s’élèvent à 94,0 milliards de FCFA, en progression de 7,5 milliards de FCFA (+8,7%) par rapport aux estimations à fin 2025 de 86,5 milliards de FCFA. Cette progression, précise-t-on, découle de l’institution des CAC sur les droits d’accises dont la plus-value en 2026 est projetée à 3,3 milliards de FCFA.
1 476,7 milliards de FCFA mobilisés entre 2020 et 2024
La tendance de mobilisation des recettes fiscales est donc haussière. Les recettes fiscales mobilisées par la DGI et DGD qui se situent à un montant global de 1 476,7 milliards de FCFA sur la période 2020 et 2024, ont connu une évolution de 80% sur la période de référence, passant ainsi de 206,5 milliards de FCFA en 2020 à 372,7 milliards de FCFA en 2024.
Les recettes fiscales collectées par la DGI sont passées de 164,4 milliards de FCFA en 2020 à 290,9 milliards de FCFA en 2024, soit une évolution de FCFA 126,5 milliards (+76,9%). Les recettes fiscales collectées par la DGD au profit des CTD, quant à elles, notamment les CAC et le droit d’accises spécial destiné à l’enlèvement et au traitement des ordures, sont passées de 42,1 milliards de FCFA en 2020 à 81,8 milliards de FCFA en 2024, soit une hausse de 39,7 milliards de FCFA (+94,2%).
S’agissant de la répartition des recettes fiscales, sur la période 2020-2024, c’est un montant global de ressources fiscales de l’ordre de 579,3 milliards qui a été réparti à l’ensemble des communes au titre de la péréquation. Les ressources de péréquation ont en effet connu une évolution positive sur la période référence, passant de 92,4 milliards de FCFA en 2020, à 142,4 milliards de FCFA en 2024. Les CAC demeurent la principale ressource de péréquation avec un poids estimé de 67,8%, en suite viennent le droit d’accises spécial et le droit de timbre automobile, représentant respectivement 21,5 % et 5,7%.
Tout comme les pertes en vies humaines, les accidents de la circulation causent de nombreuses pertes économiques au pays. Selon une estimation faite par le ministère des Transports, le Cameroun perd 800 milliards de FCFA par an du fait des accidents de la circulation. Première cause de mortalité chez les jeunes de moins de 25 ans, ces accidents de la circulation font également 4000 personnes handicapées chaque année.
Et pour infléchir la courbe des accidents de la circulation, le ministre des Transports, Jean Ernest Massena Ngallé Bibéhè, a présenté un plan de riposte 2026 contre ce fléau pour cette année 2026. Tout comme les nombreux projets inscrits sur la feuille de route de ce département ministériel au cours de cet exercice budgétaire 2026. Pour Jean Ernest Massena Ngallé Bibéhè, « Les exigences demeurent élevées et impliquent une mobilisation accrue et une exigence renforcée dans l’action publique, en vue de confirmer notre secteur comme catalyseur de la prospérité économique et sociale de notre pays ».
Parmi les autres projets inscrits dans la feuille de route du ministère des Transports au cours de cet exercice budgétaire 2026, l’on cite notamment, la modernisation des infrastructures aéroportuaires, le démarrage de la phase d’exécution et de la construction de la ligne de chemin de fer Mbalam-Kribi, l’aménagement d’une zone industrielle intégrée d’environ 2000 hectares au port de Kribi, la construction d’un terminal minéralier et la construction d’autres quais au sein de ladite plateforme portuaire. Sans oublier l’intensification des campagnes de prévention et de sécurité routières, et surtout, la modernisation du réseau météorologique national. L’objectif ici étant, précise-t-on, d’améliorer la production des informations météorologiques.
Du bilan fait dans ce ministère de l’exercice budgétaire 2025 qui vient de s’achever, l’on cite au rang des acquis, la production de 459 299 titres de transport, de l’organisation de 11 410 opérations de contrôles routiers, la reprise progressive de la mobilité aérienne avec un trafic passager estimé aujourd’hui à près de deux millions de passagers. Le trafic global de fret dans les ports autonomes de Douala et de Kribi qui enregistre une progression de 3%, etc.
Dr. Tumenta F. Kennedy, Senior Economist and CEO, African Business Information Bank (AfricanBIB)
Défis Actuels : Comment évaluez-vous le coût économique global de la crise anglophone sur les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis 2017, notamment en termes de perte de production et d’investissement ?
Dr Tumenta F. Kennedy : Évaluer le coût depuis 2017 revient à pratiquer une autopsie macroéconomique sur un organisme encore vivant. Nous faisons face à une perte agrégée estimée à plus de 2,5 milliards de dollars (environ 1 500 milliards de FCFA) en croissance du PIB non réalisée. Avant 2016, les régions du NWSW représentaient près de 20 % du PIB du Cameroun. Aujourd’hui, cette contribution a été littéralement dévorée par l’insécurité. Mais la « perte de production » ne se limite pas à des récoltes non effectuées ; elle concerne l’effondrement total du principal produit d’exportation du Nord-Ouest : l’éducation. Pendant des décennies, le Nord-Ouest était la « Mecque de l’éducation » en Afrique centrale. Nos établissements techniques, professionnels et secondaires attiraient des capitaux de toute la zone CEMAC. Ce secteur a subi une refonte complète — ou plutôt un démantèlement systématique. Fermer les écoles, ce n’est pas seulement perdre des frais de scolarité ; c’est détruire une économie de services à plusieurs niveaux (logement, restauration, transport) qui faisait vivre des milliers de ménages. L’investissement a fui, car le capital est lâche : il ne reste pas là où le son de « l’atara » (les coups de feu) sert de réveil matinal.
Défis Actuels : Les grandes entreprises agro-industrielles comme la CDC et PAMOL ont vu leurs activités gravement perturbées. Quelles ont été les implications macroéconomiques et sur l’emploi au sens large ?
Dr Tumenta F. Kennedy : La CDC était le deuxième employeur du Cameroun après l’État. Son quasi-effondrement constitue une défaillance catastrophique du filet de sécurité national. Nous parlons de plus de 20 000 emplois directs menacés et de près de 100 000 moyens de subsistance affectés. Sur le plan macroéconomique, cela crée une « Secondary Region Strain ». Lorsque ces entreprises se sont effondrées, la base fiscale s’est évaporée. Plus grave encore, le chômage n’est pas resté local : il s’est transformé en un déplacement massif de la main-d’œuvre vers le Littoral et l’Ouest, comprimant les salaires dans ces zones et surchargeant les infrastructures urbaines. Le quasi-effondrement de ces entreprises a décapité la classe moyenne industrielle du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, transformant des contribuables productifs en personnes déplacées internes (IDPs) dépendantes de l’aide.
Défis Actuels : Les cultures de rente comme le cacao, le caoutchouc, la banane et l’huile de palme ont connu un déclin brutal. Qu’est-ce que cela signifie pour les recettes d’exportation du Cameroun et les revenus ruraux ?
Dr Tumenta F. Kennedy : Cela signifie que le Cameroun a perdu son avantage compétitif sur le marché mondial des matières premières. Le Sud-Ouest à lui seul représentait autrefois près de 45 % de la production nationale de cacao. Le phénomène des ghost towns et l’insécurité dans le « bush » ont transformé les zones rurales en cimetières économiques. Il faut aussi considérer le « Diaspora Dividend Diversion ». Historiquement, les diasporas établies aux États-Unis, en Europe et en Asie envoyaient des millions de FCFA en transferts de fonds, destinées au développement rural, aux projets agricoles et aux « country homes » dans le Nord-Ouest. Ce capital est désormais détourné. Au lieu de financer des unités de transformation à Ndop ou Kumbo, il sert à louer des appartements à Douala ou à acheter des terrains à Yaoundé. L’écart de richesse entre zones rurales et urbaines n’est plus un fossé : c’est un canyon. Le revenu rural est passé de la « subsistance » à la « survie », ce qui représente une régression économique de cinquante ans.
Défis Actuels : Quelle est l’ampleur de la destruction de l’économie locale informelle/des PME, et pourquoi est-elle sous-estimée ?
Dr Tumenta F. Kennedy : Les évaluations officielles se concentrent sur les bilans des grandes entreprises, faciles à suivre. Elles ignorent complètement l’économie culturelle, touristique et des rites traditionnels, qui constituait le cœur battant du Nord-Ouest. Les festivals, funérailles et mariages traditionnels n’étaient pas de simples rites : c’étaient de véritables événements qui drainaient énormément de liquidités. Un seul Cry-Die (funérailles) dans un village pouvait injecter des millions de FCFA dans l’économie locale en un week-end. L’effondrement de cette économie du « familyhood » est dévastateur. Nous assistons aussi à l’émergence d’une « Kidnapping Industry ».
C’est la forme la plus perverse d’économie informelle : un « Negative Multiplier ». Lorsqu’une famille paie une rançon de 5 millions de FCFA, ce capital est soustrait à l’usage productif (frais de scolarité, stock commercial) pour être remis à des acteurs non productifs. C’est un mécanisme dde dépossession de de richesse qui cible les rares entrepreneurs restants, créant un climat où la réussite visible devient un danger mortel. Le paysage entrepreneurial est ravagé. De nombreux entrepreneurs, notamment ceux perçus comme appartenant à un groupe régional ou linguistique particulier, ont été ciblés et contraints de fuir. Ils ont abandonné maisons et actifs productifs, laissant derrière eux chômage et chaînes d’approvisionnement brisées. Ce vide ne paralyse pas seulement le présent ; il constitue un avertissement terrifiant pour tout futur investisseur, paralysant l’économie locale.
Défis Actuels : Le conflit a déclenché une fuite des capitaux humains et financiers. Quels sont les risques à long terme pour la reconstruction post-crise ?
Dr Tumenta F. Kennedy : Le risque le plus terrifiant est la « Dette Psycho traumatique ». Nous formons une génération de « wounded wealth ». Selon le Babungo Integrated Mental Health Care Center (BIMEHC) à Ndop, la prévalence du PTSD, de l’anxiété et des maladies liées aux traumatismes explose. Des familles ont abandonné des centaines de patients souffrant de troubles mentaux dans ces centres.
On ne peut pas bâtir une économie moderne avec une main-d’œuvre psychologiquement brisée. Le traumatisme est un frein à la productivité qu’aucun prêt du FMI ne peut corriger. Nous assistons à la perte d’une génération. Des milliers d’enfants déplacés ont passé des années sans scolarité. À leur retour, beaucoup deviennent des « displaced babysitters » dans des villes comme Douala ou Yaoundé, ne pouvant suivre que des cours du soir tout en travaillant la journée. La « fuite des cerveaux » est devenue une « Hémorragie des cerveaux ».
Les enseignants, ingénieurs et médecins qualifiés du Nord-Ouest et du Sud-Ouest enrichissent désormais les économies du Littoral, de l’Ouest ou de pays occidentaux (États-Unis, Europe, Moyen-Orient, Asie). La relance ne nécessitera pas seulement la reconstruction des bâtiments, mais une politique sans précédent de réattraction des populations. Sans réponse à la Kidnapping Industry et aux cicatrices psychologiques, la « Post-Crisis Recovery » restera un slogan vide dans une région vidée de sa substance productive. Nous ne perdons pas seulement de l’argent ; nous perdons l’âme même de notre productivité. La fuite du capital humain est une dette que l’avenir aura du mal à rembourser.
Plus de 38 milliards de FCFA de pertes pour la CDC depuis 2019
La CDC, première agro-industrie du pays hors administration publique et deuxième employeur national, a payé un tribut très lourd à l’insécurité. Entre 2019 et 2021, ses pertes ont atteint 38,7 milliards de FCFA, tandis que ses effectifs ont chuté de 22 000 à environ 15 000 employés selon la Commission technique de réhabilitation des entreprises publiques (CTR). L’arrêt complet de la filière banane depuis septembre 2018 et le fonctionnement seulement partiel des filières huile de palme et caoutchouc ont fortement comprimé son chiffre d’affaires, qui avait déjà reculé de 60,9 % entre 2016 et 2018. Pamol Plantations Plc, acteur majeur de l’huile de palme dans le Sud-Ouest, n’a pas été épargnée, enregistrant des pertes de 83,9 % de son chiffre d’affaires sur la même période, en grande partie en raison de la fermeture de ses installations face à l’insécurité.
En 2024, l’entreprise affichait un déficit record de 3,8 milliards FCFA, contre 757 millions l’année précédente, conséquence directe de l’arrêt prolongé de ses activités et de l’usure de son outil de production. Face à cette situation qui menaçait non seulement la stabilité économique des zones concernées mais aussi la survie de ces entreprises, le gouvernement camerounais a entrepris une série d’actions concrètes.
Un accord signé le 17 septembre 2025 entre l’État, FedhEn Capital, Société Générale Capital Securities Central Africa, Société Générale Cameroun, CCA Bank et AFG Bank a permis de solder 15,7 milliards de FCFA d’arriérés de salaires – partie d’une dette totale de 35,7 milliards de FCFA accumulée entre 2018 et 2022 – due à près de 20 000 employés de la CDC. Parallèlement, l’État a annulé en 2024 environ 24 milliards de FCFA de cotisations sociales, allégeant significativement la trésorerie de la CDC.
Au total, 59 milliards de FCFA de dettes fiscales et sociales ont été effacés, contribuant à une transition vers un résultat net positif de 45,4 milliards de FCFA pour l’exercice 2024. Ces efforts ont permis à la CDC de sortir d’une période prolongée de pertes et d’amorcer une trajectoire de stabilisation. Sur le plan de l’investissement et de la modernisation, le gouvernement, représenté par le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire, a été habilité à signer avec la Standard Chartered Bank de Londres un crédit commercial de 7,1 millions d’euros (environ 4,6 milliards de FCFA) destiné à financer la fourniture et l’installation de nouvelles usines pour la production d’huile de palme, de margarine et de transformation de l’hévéa, filières jugées stratégiques pour diversifier et renforcer l’appareil productif de la CDC.
Cette opération s’inscrit dans un ensemble plus large de financements orchestrés par la Standard Chartered Bank, qui avait déjà sécurisé un crédit acheteur de 71,7 millions d’euros garanti par Bpifrance, portant l’enveloppe totale à près de 78,8 millions d’euros (51,8 milliards FCFA). Destinés à moderniser les unités industrielles de la CDC, ces financements permettront l’installation d’équipements modernes, la valorisation des matières premières locales, la réduction de la dépendance aux importations et la stimulation de l’emploi dans des zones durement touchées.
Des pertes de plus de 800 milliards FCFA pour les entreprises
Dans un rapport sur l’impact économique de la crise anglophone publié en 2022, la Banque mondiale indique que la poursuite du conflit jusqu’en 2025 entraînerait une baisse d’environ 9 % du PIB national. À horizon 2030, la contraction serait encore plus marquée au niveau régional : la richesse produite dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest chuterait d’environ 60 %, tandis que le bien-être des ménages à l’échelle du pays reculerait de plus de 5 %, toujours selon les estimations de la Banque mondiale.
Toujours selon la Banque mondiale, rackets enlèvements contre rançon et assassinats ciblés ont touché des chefs d’entreprise, des salariés et toute personne perçue comme disposant de ressources, notamment dans des villes comme Bamenda, Buea et Kumba, d’après les sources citées dans. Dans plusieurs localités, des opérateurs économiques déclarent devoir verser des contributions informelles pour poursuivre leurs activités ou mener des projets, comme la construction d’un bâtiment, sans être pris pour cible. Ce climat a favorisé la fuite d’acteurs clés du commerce, en particulier des grossistes qui approvisionnaient les marchés locaux. Leur départ a désorganisé les circuits d’approvisionnement et contribué à la hausse des prix à la consommation relevée dans le rapport.
À l’échelle nationale, la combinaison de la perte d’emplois et de ces tensions sur les prix a entraîné une baisse du bien-être des ménages mesuré par la consommation réelle, estimée à –3,4 % en 2019 par rapport à un scénario sans crise. Les grandes unités industrielles et de services n’ont pas été épargnées. Une évaluation gouvernementale citée dans le rapport faisait déjà état, dès 2017, d’une baisse de plus de 30 % des performances des entreprises industrielles et de services installés dans les deux régions.
Le Groupement inter-patronal du Cameroun (GICAM), devenu Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM), estimait pour sa part, à mi-2019, que les pertes de chiffre d’affaires cumulées depuis 2016 atteignaient près de 800 milliards de FCFA dans plusieurs secteurs formels. De nombreuses grandes entreprises ont fermé des unités locales ou gelé leurs projets d’investissement, tandis que celles restées en activité ont dû supporter des dépenses supplémentaires liées à la sécurité.
Selon la Banque mondiale, en 2019, le PIB régional était inférieur d’environ 35,2 % au scénario de référence dans le Nord-Ouest et de 27 % dans le Sud-Ouest. L’écart est jugé plus prononcé dans le Nord-Ouest, région plus enclavée et à dominante rurale. Le Sud-Ouest a bénéficié d’une certaine résilience liée à la présence du secteur pétrolier, préservé par les autorités, et à sa proximité avec Douala, grand pôle économique.
Les agro-industries, centrales dans ces deux régions, évoluent dans ce contexte de désorganisation. La perte de jours de travail, les déplacements de populations et l’insécurité ont contribué à l’effondrement de la productivité dans plusieurs filières, selon le rapport. À l’échelle du pays, ces perturbations se traduisent par une baisse estimée des exportations de 5,3 %, un recul de la consommation finale de 3,4 % et une contraction des investissements de 10,2 % par rapport à la trajectoire attendue sans conflit.
La croissance nationale aurait ainsi pu atteindre 4,5 % en 2019, contre 3,8 % effectivement enregistrés. Le marché du travail constitue un autre canal de transmission du choc économique. La Banque mondiale estime qu’environ 2 millions de travailleurs dans le Sud-Ouest et 1,2 million dans le Nord-Ouest ont été affectés par la crise.
Produits de rente : le Sud-Ouest perd son leadership sur la production du cacao
La crise socio-politique dans les régions du Nord-Ouest et du SudOuest a donc des répercussions très néfastes sur les filières agricoles et agro-industrielles en général. Cette crise a gravement affecté les produits d’exportation camerounais, notamment les filières cacao, café, banane et huile de palme, en perturbant la production, détruisant les infrastructures (routes, plantations), provoquant la fermeture d’entreprises comme la CDC, et créant un climat d’insécurité qui a réduit drastiquement les exportations et les revenus, avec des pertes se chiffrant en milliards de FCFA pour le secteur agro-industriel.
Particulièrement, pour le cacao et café, les régions anglophones étant des zones de production importantes ; la crise a entraîné une baisse massive de la production et des exportations. Le Sud-Ouest a par exemple perdu son leadership sur la production du cacao de la campagne cacaoyère 2024- 2025. Les données de l’ONCC révèlent d’ailleurs qu’avec seulement 19,9% des achats de fèves au cours de la saison 2024-2025, le Sud-Ouest est de plus en plus menacé sur le podium national de la production cacaoyère par la région du Littoral.
Officiellement, ce dernier bassin de production a enregistré 18,9% des achats de fèves au cours de la dernière campagne, révélant un écart de seulement 1% avec le Sud-Ouest. Pour d’autres produits d’exportation comme les bananes et l’huile de palme, des entreprises majeures comme la Cameroon Development Corporation (CDC) ont vu leurs exportations de bananes chuter de moitié, avec des sites de production réduits, des usines vandalisées et des employés ciblés.
Les conséquences économiques directes étant les pertes en revenus d’exportation (cacao, café) ont été considérables, affectant des milliers d’exploitants agricoles ; la baisse des volumes exportés, notamment pour les produits phares comme le cacao et les bananes ; le ralentissement ou l’arrêt des activités de nombreuses entreprises exportatrices, entraînant une hausse du chômage dans le secteur agricole.
Selon une évaluation de l’impact économique et social de la crise dans les régions anglophones réalisée par la Banque mondiale, cette crise a empêché l’économie camerounaise de profiter pleinement du contexte mondial relativement favorable qui a précédé l’épidémie de COVID-19, et qui comprenait une hausse modérée des prix mondiaux de certains des principaux produits agricoles d’exportation du Cameroun, notamment le cacao, le café et la banane.
Un contexte caractérisé par un modeste rebond des principales exportations agricoles de rente du Cameroun en 2017 et 2018, notamment celles produites dans les deux régions touchées, telles que la banane, le café et le cacao. Toujours selon l’institution de Bretton Woods, le déplacement de populations, la perte de jours de travail et l’effondrement de la productivité de ces secteurs dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest ont contribué à une baisse des exportations de 5,3 %, à une baisse de la consommation finale de 3,4 % et à une baisse des investissements de 10,2 % par rapport au scénario de référence.
En conséquence, les performances en matière de croissance ont été inférieures au potentiel, l’emploi s’est contracté et la protection sociale a diminué. La croissance annuelle du PIB aurait été de 4,5 % en 2019, au lieu des 3,8 % enregistrés au cours de cette période. En outre, près de 2 millions de travailleurs dans le Sud-Ouest et 1,2 million de travailleurs dans le Nord-Ouest ont probablement été touchés par la crise.
La fuite des compétences fragilise l’économie du Nord-ouest et du Sud-ouest
L’insécurité persistante dans les régions anglophones du NordOuest et du Sud-Ouest a provoqué un choc humain dont les effets économiques dépassent largement les destructions matérielles visibles. Plus de 580 000 personnes ont été contraintes de se déplacer, souvent de manière pendulaire et temporaire, au gré des épisodes de violence.
Cette mobilité forcée fragilise le marché du travail, désorganise les chaînes de valeur locales et accélère une fuite silencieuse des compétences, au moment même où l’économie nationale en a le plus besoin. Selon le Norwegian Refugee Council (NRC), les incidents violents restreignent directement la capacité des populations à travailler. Les activités de subsistance, le commerce et le fonctionnement des marchés sont régulièrement interrompus.
La conséquence est double : baisse des revenus et renchérissement des denrées de base. Dans ce contexte, les ménages mobilisent toutes les forces disponibles. Filles et garçons s’engagent dans des activités souvent précaires pour soutenir les revenus familiaux. Les femmes se replient majoritairement sur l’agriculture et la vente de nourriture, tandis que les hommes alternent agriculture et petits boulots, endossant un rôle de pourvoyeurs de revenus dans un environnement instable.
Cette insécurité diffuse affecte aussi les segments les plus qualifiés du tissu productif. À Buea, au cœur de Silicon Mountain, l’écosystème numérique camerounais, plusieurs start-ups ont dû renoncer à des contrats internationaux faute de personnel disponible. Churchill Mambe Nanje a ainsi interrompu une mission de marketing digital et remboursé une avance de 1 200 dollars à son client. Le fondateur du moteur de recherche Njorku a, pour les mêmes raisons, décliné un contrat de 8 000 dollars pour le développement d’une application mobile destinée à un client californien.
Ces abandons illustrent une perte de valeur immatérielle : compétences, crédibilité commerciale et opportunités d’exportation de services. La crise sécuritaire, nourrie par les affrontements entre forces de défense et groupes séparatistes revendiquant la création de la République d’Ambazonie, entretient un climat de peur généralisée.
Enlèvements contre rançon, rackets et assassinats ciblés visent employés, entrepreneurs et commerçants perçus comme solvables, notamment à Bamenda, Buea et Kumba. De nombreux acteurs économiques, en particulier les grossistes qui alimentent les marchés, ont quitté les zones à risque, réduisant la productivité des entreprises formelles et informelles.
Pourtant, ces deux régions contribuaient encore à hauteur de 16,3 % du PIB national en 2015, pour une population estimée à 3,5 millions d’habitants. Plus récemment, avec une population évaluée à 3,4 millions d’habitants en 2025, selon l’INS, le Minepat relève que la crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest a entraîné, au niveau national, une perte de 0,8 point de croissance du PIB en 2019, puis de 0,3 point en 2020. Ces chocs successifs se traduisent par une perte réelle cumulée de 421,3 milliards de FCFA sur le PIB national entre 2017 et 2020.
Le Sud-Ouest concentre des agro-industries majeures, des activités touristiques et des ressources pétrolières et gazières stratégiques. Le Nord-Ouest repose largement sur l’agriculture, dont la riziculture portée par l’UNVDA.
Selon la Banque mondiale, ces régions assurent une part déterminante des exportations agricoles et de l’emploi rural. La fuite des ressources humaines touche également les services de soutien à la production. Entre 58 % et 90 % des agents de vulgarisation agricole et techniciens vétérinaires auraient quitté leurs zones d’intervention. L’accès aux intrants s’est renchéri, les chaînes d’approvisionnement se sont disloquées et les coûts de transport ont augmenté.
À long terme, cette hémorragie de compétences affaiblit la capacité de rebond des territoires et pèse sur la trajectoire de croissance nationale, bien au-delà des 64 millions de dollars de dégâts matériels déjà recensés.
Après des auditions menées mardi dernier, le jury disciplinaire de la Confédération africaine de football (CAF) a décidé de sanctionner les deux adversaires de la finale du tournoi : le Maroc et le Sénégal qui ont offert au monde un spectacle déshonorant pour le football africain. Dans un match où les règlements de la Can et de la Fifa ont été bafoués par les deux parties, en y mêlant actes d’antijeu et soupçons de fétichisme.
Pape Thiaw le sélectionneur des Lions de la Téranga qui avait incité ses joueurs à quitter la pelouse en cours de jeu, en protestation contre le penalty sifflé en faveur du Maroc en fin de temps réglementaire, alors qu’un but vient d’être refusé à son équipe, reçoit une « suspension de … cinq matches officiels de la CAF, pour comportement antisportif, violation des principes de fair-play et d’intégrité, et atteinte à l’image du football». Deux de ses joueurs sont également frappés : il s’agit d’Iliman Cheikh Baroy Ndiaye et Ismaïla Sarr, qui écopent chacun d’une suspension de deux matches officiels de la CAF, « pour comportement antisportif envers l’arbitre ».
Le Sénégal à travers la Fédération sénégalaise de football (FSF), écope d’une amende de 300 000 dollars américains, « pour le comportement inapproprié de ses supporters, ayant porté atteinte à l’image du football ». Eux qui se sont révoltés dans les gradins qu’ils ont cassés et menacé d’envahir la pelouse. Et en guise de bonus pour le comportement de ses joueurs et de son staff, la FSS écope de sanctions financières supplémentaires. Si le président de la FSF que le Maroc visait prioritairement pour ses propos rageurs contre la fédération marocaine qui à son sens influence la CAF, sa fédération, elle, n’y échappe pas. Ainsi, le jury disciplinaire de la CAF lui inflige « une amende supplémentaire de 300 000 dollars américains pour le comportement antisportif de ses joueurs et de son encadrement technique, en violation des principes de fair-play, de loyauté et d’intégrité » ; ainsi qu’une autre amende de 15 000 dollars américains « pour faute disciplinairede l’équipe nationale, cinq (5) joueurs ayant reçu des avertissements ».
La requête du Maroc rejetée
Pour ce qui est du Maroc, deux joueurs sont également sanctionnés :Achraf Hakimi et Ismaël Saibari. Les deux « voleurs » des serviettes du gardien sénégalais, écopent respectivement d’une suspension de « deux matches officiels de la CAF, dont un match avec sursis pendant une durée d’un an à…pour comportement antisportif » ; et de trois matchs officiels de la CAF « pour comportement antisportif ». En outre, Ismaël Saibari s’en sort avec une amende de 100 000 dollars américains.
La Fédération royale marocaine de football (Frmf), écope d’une amende de 200 000 dollars américains « pour le comportement inapproprié des ramasseurs de balles du stade », d’une autre de 100 000 dollars américains « pour le comportement inapproprié des joueurs de l’équipe nationale et de l’encadrement technique, ayant envahi la zone d’examen de la VAR et entravé le travail de l’arbitre » ; et d’une troisième de 15 000 dollars américains « pour l’utilisation delasers par ses supporters lors du match ».
Comme on le voit, le jury disciplinaire de la CAF a rejeté la requête du Maroc visant à retirer la victoire au Sénégal. En effet, la Frmf avait accusé le Sénégal d’avoir violé les articles 82 et 84 du Règlement de la CAN qui sanctionnent d’une perte du match par pénalité sur un score de 3-0, l’abandon ou le retrait d’une équipe d’un match non engagé ou en cours. Le Sénégal gardera donc son trophée acquis sur le terrain, sur un but de Pape Gueye. Et les deux équipes s’en sortent presqu’ équitablement avec des charges.
La concession foncière de la Société camerounaise de palmeraies (Socapalm) à Dibombari dans le département du Moungo, région du Littoral, passe de 11 210 hectares à 8 643 hectares. L’entreprise agro industrielle vient de procéder à une restitution d’une superficie de 2 566 hectares à l’État du Cameroun. Les services cadastraux ont présenté le rapport issu des travaux de délimitation foncière sur le site de la Socapalm-Dibombari, à l’issue d’une concertation tripartite tenue le 21 janvier 2026. Cette tripartite était composée des autorités administratives, des élus locaux, des autorités traditionnelles, des élites et les représentants des communautés riveraines et des responsables de la Socapalm.
L’ initiative émane de la Socapalm dans le cadre d’un processus de clarification foncière engagé depuis 2017 à la suite de diverses dénonciations des communautés pour accaparement de leurs terres. Ce processus mené avec l’appui du ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (Mindcaf), visait à réaliser une expertise foncière impliquant les autorités locales et les représentants des communautés riveraines pour une clarification définitive des droits fonciers. Ce qui a abouti à la régularisation des concessions, avec la délivrance de titres fonciers définitifs sur certains sites dans la région du Littoral et pour d’autres, la restitution de certaines parcelles dans le domaine de l’État du Cameroun.
Des tensions sociales
La Socapalm ne cache pas que son action vise à clarifier les différends fonciers avec les communautés locales. « Cette démarche globale vise à renforcer la confiance, à sécuriser le foncier de l’État. Elle vise aussi à favoriser une cohabitation harmonieuse entre l’entreprise, les communautés riveraines et les autorités. Cette restitution volontaire des surfaces non exploitées constitue le point de départ d’’un processus qui s’étendra progressivement à l’ensemble de nos plantations » indique l’entreprise.
Dans les plantations, les tensions sociales sont régulières. La manifestation la plus récente est celle d’Edéa, dans le département de la Sanaga-maritime où des femmes se sont mobilisées le 23 janvier dernier, protestant contre l’opération de replanting des palmeraies.
Un pas décisif vient d’être franchi dans le développement du projet de bauxite de Minim Martap, dans la région de l’Adamaoua. Camrail, concessionnaire du chemin de fer camerounais, et Camalco, filiale locale de la junior minière Canyon Resources, ont annoncé le 26 janvier 2026 la conclusion d’un accord stratégique portant sur la préparation et le renforcement du réseau ferroviaire destiné au transport du minerai vers le port de Douala.
Rendu public à travers un communiqué conjoint, cet accord marque une étape contractuelle clé pour l’ouverture effective du corridor logistique reliant le gisement de Minim Martap aux installations portuaires. Pour les deux partenaires, il s’agit d’un préalable indispensable à la mise sur le marché international de la bauxite camerounaise. « Cette étape permet d’enclencher le processus de lancement des travaux de renforcement de certains tronçons du réseau, afin de favoriser la montée en régime du projet », soulignent Camrail et Camalco.
5 milliards FCFA pour préparer les exportations
Concrètement, l’accord donne corps à l’investissement anticipé annoncé dès octobre 2025 : 5 milliards de FCFA (environ 7 millions de dollars) seront mobilisés pour la remise en état de sections critiques de la voie ferrée entre Makor, dans l’Adamaoua, et Douala. L’objectif affiché est clair : rendre possible le transport de la bauxite de Minim Martap dès 2026.
Cet investissement intervient en amont du Plan quinquennal n°2 (PQ2) de Camrail, dont l’entrée en vigueur est attendue au premier semestre 2027. Il cible prioritairement les zones les plus sensibles du réseau afin de sécuriser la phase initiale d’exportation et d’accompagner la montée en charge progressive du projet minier.
Pour Camalco, la dimension ferroviaire est centrale dans l’équation économique du projet. « Le rail est l’artère vitale du projet Minim Martap. Sceller cet accord avec Camrail était l’étape indispensable pour déverrouiller le potentiel de notre gisement de classe mondiale », a déclaré Rana Patrap Singh, directeur général de Camalco, exprimant sa confiance dans la capacité de Camrail à relever le défi logistique.
Une montée en puissance à 10 millions de tonnes par an
Au-delà de ce premier investissement, Canyon Resources, via sa filiale Camalco, prévoit d’engager sur la période 2026-2029 près de 47 milliards de FCFA (85 millions de dollars) supplémentaires. Ces financements doivent permettre une montée en puissance progressive de la production, avec un objectif de 10 millions de tonnes de bauxite par an.
Selon l’étude de faisabilité définitive présentée en septembre 2025, le gisement de Minim Martap disposerait d’un potentiel estimé à plus de 144 millions de tonnes. Le projet afficherait une valeur nette actuelle de 468 milliards de FCFA (835 millions de dollars), une marge de rentabilité avant impôts de 29 % et des flux de trésorerie annuels projetés à près de 97,5 milliards de FCFA.
Un minerai attractif et un enjeu stratégique pour le Cameroun
La qualité du minerai constitue l’un des principaux atouts du projet : avec une teneur moyenne de 51 % d’alumine et seulement 2 % de silice, la bauxite de Minim Martap bénéficierait d’une prime de 10 à 15 dollars par tonne sur le marché international. Dans un contexte de demande mondiale en hausse estimée à 3,5 % par an, ces caractéristiques renforcent l’attractivité du gisement, suscitant l’intérêt d’investisseurs institutionnels, dont la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), selon des sources proches du dossier.
Autre avantage mis en avant : l’existence d’une infrastructure ferroviaire déjà opérationnelle reliant l’Adamaoua au port de Douala. Cet atout logistique positionne Minim Martap comme l’un des projets miniers les plus avancés du pays et comme un maillon stratégique de la future chaîne de valeur bauxite–alumine–aluminium que le Cameroun ambitionne de structurer.
Avec la sécurisation progressive du rail et l’engagement financier conjoint de Camrail et Camalco, le projet de Minim Martap entre ainsi dans une phase opérationnelle décisive, où la logistique apparaît plus que jamais comme la clé de la valorisation minière et industrielle du sous-sol camerounais.
Les chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), réunis, le 22 janvier dernier à Brazzaville au Congo, pour un sommet extraordinaire, ont une fois de plus adopté un train de mesures. Celles-ci visant à réduire les vulnérabilités des économies et à limiter les risques pouvant peser sur la stabilité monétaire et financière de la sous-région.
Mais, rien ne garantit la mise en œuvre effective de ces mesures dans de brefs délais. Car, depuis 2016, un total de 37 réformes ont déjà été adoptées visant à renforcer les équilibres internes et externes de la sous-région et à créer les conditions d’une croissance durable, inclusive et créatrice d’emplois. Mais seules 4 ont été réalisées, 5 sont non réalisées et 28 sont en cours de réalisation, selon la matrice de suivi des résolutions et décisions de la Conférence des chefs d’Etat de la Cemac, présentée lors des sessions extraordinaires du Conseil des ministres de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC) et l’Union économique de l’Afrique centrale (UEAC), le 21 janvier dernier à Brazzaville.
Parmi les mesures non réalisées, il y a celle de la session extraordinaire du 10 septembre 2025, exhortant les Etats membres de la Cemac à honorer leurs engagements vis-à-vis de la Banque de Développement des Etats de l’Afrique centrale (BDEAC) pour lui permettre de renforcer la performance de ses interventions.
Mais également, celle exhortant les États membres à appliquer intégralement le mécanisme de liquidation et de recouvrement déjà approuvé par les instances décisionnelles de la Communauté, s’agissant de la Taxe communautaire d’intégration (TCI), pour le financement de la Communauté. Il y a aussi l’instruction donnée à la Commission de la Cemac de déclencher le processus de son retour à Bangui à très court terme.
Et enfin, l’instruction donnée au président de la Commission à mettre en place une structure communautaire de contrôle de qualité des produits du cru de la Cemac et s’assurer des mesures de facilitation de la circulation desdits produits, notamment par la mise en place effective des postes-frontières.
Des actions envisagées dans le cadre de l’accélération de la stratégie communautaire d’import-substitution à travers la définition du cadre juridique et institutionnel du laboratoire de contrôle de qualité des produits du cru et la construction des postes frontière.
RETOUR À BANGUI DU SIÈGE DE LA COMMISSION DE LA CEMAC
C’est l’une des recommandations de la Conférence des chefs d’Etat déjà réalisées. Le retour de la Commission de la CEMAC à son siège de Bangui a donc été déclenché. Les membres du gouvernement de la Commission et la majorité du personnel sont déjà à Bangui ; précise-t-on.
Egalement mise en œuvre, l’instruction donnée aux responsables entrants et sortants des institutions communautaires à procéder, dans les plus brefs délais, à la passation de service selon les meilleures pratiques en la matière. Cette passation de service entre les responsables entrants et sortants des institutions communautaires a été faite dans les délais.
Aussi, la prestation de serment des nouveaux responsables de la Commission a été faite dans les délais, et ce, conformément aux dispositions en vigueur, comme cela a été instruit lors de la 15ème session ordinaire du 17 mars 2023.
Également, la décision de la Conférence de surseoir à la nomination du Secrétaire général de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) conformément aux principes d’équité et de non-occupation concomitante, par des ressortissants d’un même Etat membre, de deux postes de premiers dirigeants des institutions de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC), a été respectée.
Et, la Conférence a décidé de la nomination de Marcel Ondele, de nationalité congolaise, au poste de SG et de Patricia Danielle Manon, de nationalité gabonaise, au poste de SG adjoint de la COBAC.
TOUJOURS EN COURS DE MISE EN ŒUVRE….
De nombreuses autres réformes sont toujours en cours de réalisation. C’est le cas de la réforme du cadre de coopération monétaire entre la Cemac et la France. La Conférence a en effet désigné Denis Sassou N’Guesso, président en exercice entrant de la CEMAC, à l’effet de conduire à son terme la réflexion entamée, en liaison avec le gouverneur de la BEAC et le président de la Commission. A propos, informe-t-on, la BEAC a saisi le président en exercice pour recueillir ses orientations et proposer un calendrier de mise en œuvre des actions proposées.
Une autre réforme en cours de mise en œuvre porte sur la question des fonds RES, la Conférence a, à propos au cours de la session extraordinaire du 10 septembre 2025, réaffirmé le mandat confié au gouverneur de la BEAC pour poursuivre les négociations en cours, au nom des États membres. Et, les discussions se sont poursuivies en octobre 2025 à Washington, en marge des assemblées annuelles du FMI et de la Banque Mondiale. Aucun consensus n’a été trouvé sur les points de divergence relatifs au rapatriement des fonds RES et à l’immunité d’exécution de la BEAC, apprend-on.
Egalement, la Conférence a invité le président dédié au Programme des réformes économiques et financières de la Cemac (PREF-Cemac) à bien vouloir accélérer la mise en œuvre des réformes économiques prioritaires prévues dans la troisième phase du PREF-Cemac pour opérer une réelle transformation structurelle vers l’industrialisation des économies de la Cemac, et renforcer le cadre macroéconomique de la sous-région.
Et, dans le cadre de la deuxième génération PREF-Cemac, ainsi que des mesures additionnelles de relance économique adoptées lors de la session extraordinaire de la Conférence des chefs d’État tenue à Yaoundé, le 16 décembre 2024, la Conférence a invité les États membres à accélérer les réformes structurelles pour tirer pleinement profit du potentiel de croissance de la sous-région, et à approfondir l’intégration physique et commerciale de la Cemac.
Toujours attendu, les effets de l’appel lancé par la Conférence à une allocation plus importante des ressources de IDA du Groupe de la Banque mondiale en faveur de la sous-région, pour réduire le déficit important des infrastructures sociales de base de la zone. Tout comme l’exhortation faite aux partenaires au développement à une mobilisation plus forte des ressources financières pour soutenir la transformation structurelle des économies de la sous-région.
Mais aussi, l’exhortation de la Conférence aux autres Etats à conclure, dès que possible, des programmes formels avec le FMI afin de bénéficier de son appui, ainsi que de celui des autres partenaires techniques et financiers. Pour le Gabon, le programme adossé au MEDC conclu en juin 2021 a expiré en juillet 2024 et n’a pas été renouvelé. Pour le Guinée Equatoriale, le programme de référence a été mis en place le 17 juillet 2024 pour une durée de 12 mois. Les Autorités nationales poursuivent des discussions avec les services du FMI pour valider les 1ère et 2ème revues, etc.
Le 20 janvier 2026, l’Administrateur du Fonds routier du Cameroun, Aubin Essaïe Moussa, a reçu à Yaoundé une délégation d’Ecobank Cameroun conduite par Sylvestre Ouattara, responsable du pôle CEMAC du groupe bancaire. Officiellement, l’audience visait à « explorer des pistes de collaboration » entre les deux institutions.
Selon les informations communiquées par Ecobank Cameroun à l’issue de la rencontre, la banque entend mettre à profit son expertise acquise auprès de Fonds d’entretien routier (FER) en Côte d’Ivoire, pour accompagner le Cameroun dans la mobilisation de ressources longues destinées à la réhabilitation et à l’entretien des infrastructures routières. Dans ce domaine, Ecobank jouit d’une solide expérience.
En février 2014, Ecobank Capital, la filiale banque d’affaires du groupe, avait structuré et co-arrangé, avec Africa Link Capital, une facilité de financement de 130 milliards FCFA, au profit du Fonds d’Entretien Routier de Côte d’Ivoire. Selon les communiqués publiés à l’époque, cette enveloppe était destinée au financement du programme d’entretien routier 2013- 2015. Ce montage reposait sur un mécanisme de financement structuré, adossé à des ressources affectées au FER ivoirien, notamment la Taxe Spécifique Unique (TSU) sur les produits pétroliers, les vignettes automobiles et certaines licences administratives.
Deux ans plus tôt, en 2012, le même Fonds ivoirien avait déjà mobilisé 25 milliards FCFA auprès d’un consortium de banques locales, parmi lesquelles figurait Ecobank Côte d’Ivoire, selon les déclarations publiques de ses dirigeants lors de la signature de l’accord au ministère de l’Économie et des Finances à Abidjan.
Au Cameroun, les ordres de grandeur sont différents, mais la problématique reste comparable. Selon des données ventilées par des responsables du Fonds routier, l’écart entre besoins et financements demeure considérable. En 2025, le Fonds routier estimait que l’entretien du réseau routier national nécessitait 1 097 milliards de FCFA.
En face, les ressources mobilisées pour la campagne 2025 — Budget d’investissement public (BIP) et Fonds routier — s’élevaient à environ 100 milliards de FCFA, Cet écart limite la capacité de programmation pluriannuelle et contraint l’État à arbitrer entre les axes prioritaires. Dans ce contexte, le recours à des financements structurés, mobilisés auprès du secteur bancaire, apparaît comme une solution de financement nécessaire et impérative.
UNE RÉFORME POUR RESTAURER LA CRÉDIBILITÉ FINANCIÈRE
Cette réflexion intervient alors que le Fonds routier camerounais traverse une phase de restructuration profonde. Le 10 juillet 2025, le président de la République a signé un décret réorganisant cet établissement public à caractère spécial. Le texte remplace le cadre juridique de 2005, jugé inadapté aux défis actuels. La réforme élargit les missions du Fonds routier, autorise le recours à des financements innovants, y compris les partenariats public-privé – ce qui ouvre la porte à des collaborations comme celle envisagée avec Ecobank., et renforce les mécanismes de contrôle, avec des audits semestriels et la certification obligatoire des comptes.
L’objectif affiché par les pouvoirs publics est de restaurer la crédibilité financière de l’institution pour attirer des financements plus conséquents. Pour mémoire, selon un rapport publié en juin 2024 par l’Institut national de la statistique (INS), les pertes liées à la collecte des péages routiers sur la période 2018-2023 atteignent 17,2 milliards FCFA dans 47 postes étudiés. Pour la seule année 2023, le manque à gagner est estimé à 3,43 milliards FCFA, soit près de 28 % des recettes potentielles. En moyenne, les pertes annuelles sont évaluées à environ 4 milliards FCFA