« Le FMI surveille de très près tous les mouvements de fonds de l’Etat »

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Jean Marie Biada, économiste

L’expert certifié Onudi en diagnostic et mise à niveau des entreprises explique la recommandation du FMI et son implication pour l’Etat du Cameroun.

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Le FMI recommande à l’Etat du Cameroun de signer des contrats de performance avec UBC et NFC comprenant un «cadre de gouvernance aligné sur les meilleures pratiques et une stratégie pour l’État de vendre ses actions ». Qu’est-ce que cela implique ?

La recapitalisation de ces deux banques par l’Etat du Cameroun est similaire à l’opération faite avec la CBC. Et actuellement il veut en ressortir pour vendre 83% de ses actions et rester un sleeping partner. C’est-à-dire sans véritable pouvoir de décision. Ce que le FMI demande à l’Etat en termes de contrat de performance nous rappelle l’époque des plans d’ajustements structurels. Pour toute entreprise d’Etat ou entreprise à participation publique, on avait demandé à l’Etat de signer avec elle le contrat de performance. Ainsi L’Etat accordait des subventions sur la base de certaines conditionnalités. Et ces conditionnalités portaient par exemple sur le recrutement des cadres, la diversification des fournisseurs etc . Ce contrat de performance va par exemple pousser l’Etat à renouveler le personnel à la tête de ces banques qui cherchent à sortir la tête de l’eau depuis plusieurs années. Il va permettre de chercher des personnes capables de lui apporter des résultats. Lorsqu’on assiste à la sur bancarisation des années 80 c’était dû au fait que l’Etat était pratiquement actionnaire dans toutes ces banques et on observait des insuffisances dans la gestion. L’Etat avec son pouvoir de force publique se retrouve parfois dans un secteur commercial et a tendance à balayer d’un revers de la main les canons du métier, les usages qui ont cours et les leviers qu’il faut activer pour gagner en compétitivité. Donc le Fmi lui rappelle que le secteur bancaire est un secteur concurrentiel. Rendez vous que toutes les entreprises qui sont entrées en administration provisoire ont fini dans la faillite. Par ce qu’on prenait parfois quelqu’un dans un ministère pour le nommer administrateur provisoire, et vous savez que lorsqu’on parle d’administration provisoire à lui tout seul sont confiés tous les pouvoirs des trois organes de gestion d’une entreprise moderne. Le Directorat, le conseil d’administration et l’assemblée générale. On lui donne tellement de pouvoirs pour gérer la boite au point où généralement il ne pense qu’à son ventre.

Comment comprendre cette recommandation du FMI? Qu’est-ce qui motive cette injonction?

Le Cameroun au mois de Juin 2017 a bénéficié de ce qu’on a appelé la facilité élargie de crédit n°1 d’un montant de 666 millions de dollars au guichet du fonds fiduciaire pour la réduction de la pauvreté et l’augmentation de la croissance. Elle a été renouvelée au mois de mai 2011 à hauteur de 385 milliards. Le Cameroun est sous programme avec le FMI et elle surveille de très près toutes les sorties d’argent ou les investissements. Et ce que le Cameroun a fait avec ces banques est un investissement en portefeuille, c’est-à-dire acheter les actions dans une entreprise. Le FMI n’est pas en train de demander à l’Etat de se désengager de ces banques. Elle est simplement en train de sonner l’alerte afin de rappeler l’Etat qu’il est sous programme. De ne pas oublier que les conditionnalités auxquelles il est soumis l’empêchent de se livrer à des déperditions de ressources. Le FMI a aussi besoin que l’Etat dispose des moyens pour rembourser les 666 millions de dollars qui ont été empruntés en 2017 pour trois ans et les 385 millions qui ont été accordés au Cameroun en mai 2021. Car par le passé, pour calculer la dette de l’Etat, on se limitait aux emprunts qui portent la signature de l’Etat ; mais depuis l’année dernière on intègre dans la dette de l’Etat tous les emprunts qui ont bénéficié de la garantie souveraine de l’Etat. Vous comprenez donc tout l’intérêt du FMI de surveiller tous les mouvements de fonds notamment les sorties du trésor public par ce qu’il pourra se retrouver face à un trésor public incapable d’honorer à ses échéances.

Y a-t-il des risques au plan économique lorsqu’un État prend part dans le capital des établissements privés ?

On se rend compte que l’Etat même actionnaire minoritaire a tendance à imposer ses choix à des postes de décisions. Dans certains cas également, il ne choisit pas de bons profils pour les postes. Il prend par exemple un inspecteur des affaires sociales pour le nommer directeur du crédit dans une banque. Ayant eu par le passé à s’afficher par ces comportements compromettant pour l’économie, on s’est dit que c’était là l’un des principaux risques de laisser l’Etat comme actionnaire dans une entreprise privée. Parce qu’il imposait des choix qui ne pouvaient pas conduire à la bonne performance des entreprises. Avec l’Etat le processus de prise de décision est aussi complexe. Ce qui peut amener à perdre des parts de marchés pour une entreprise commerciale.

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