Tractafric Motors Cameroun traverse une phase délicate de son histoire. La filiale camerounaise du groupe panafricain, longtemps figure dominante de la distribution automobile en Afrique centrale, a officiellement reconnu une fragilisation de sa structure financière. Ses capitaux propres sont passés en dessous du seuil critique fixé par la réglementation, à savoir la moitié de son capital social, évalué à 1,52 milliard de FCFA.
Cette situation, révélée à l’issue de l’Assemblée générale mixte tenue le 30 juillet 2025, place l’entreprise sous une vigilance juridique accrue. Conformément aux règles de l’Ohada, les actionnaires ont été appelés à se prononcer sur l’avenir de la société. Ils ont finalement opté pour la poursuite des activités, écartant la dissolution, tout en actant la nécessité de reconstituer les fonds propres dans le délai légal. La décision a été formalisée par un dépôt effectué le 26 décembre 2025 auprès du Tribunal de première instance de Douala.
UNE OBLIGATION LÉGALE DE REDRESSEMENT FINANCIER
Le droit des sociétés commerciales en vigueur dans l’espace Ohada est strict sur ce point : lorsqu’une entreprise enregistre des pertes telles que ses capitaux propres deviennent inférieurs à la moitié du capital social, elle doit rapidement choisir entre l’arrêt anticipé de ses activités ou un plan de redressement. Tractafric Motors Cameroun a choisi la seconde option. Concrètement, la société dispose de plusieurs leviers pour se remettre en conformité : amélioration des résultats futurs, apports nouveaux des actionnaires, recapitalisation ou réorganisation interne. À défaut, elle s’exposerait, à terme, à une dissolution judiciaire. Aucune précision n’a toutefois été communiquée sur le niveau exact des pertes enregistrées.
UN PARADOXE ENTRE VOLUMES COMMERCIAUX ET RENTABILITÉ
Cette alerte financière contraste avec les performances commerciales récemment mises en avant par l’entreprise. En 2024, Tractafric Motors Cameroun annonçait avoir écoulé plusieurs milliers de véhicules, aussi bien dans le segment des poids lourds que dans celui des véhicules particuliers, pour un chiffre d’affaires global estimé à plus de 200 milliards de FCFA. Ces volumes témoignent d’une activité soutenue, mais ils soulignent aussi un paradoxe : la croissance des ventes ne s’est pas traduite par une solidité financière suffisante. La pression sur les marges, l’évolution des coûts et la transformation rapide du marché semblent avoir pesé lourdement sur les comptes.
UN MARCHÉ BOULEVERSÉ PAR LA CONCURRENCE ASIATIQUE
Le secteur automobile camerounais a profondément changé en une dizaine d’années. L’arrivée massive de marques asiatiques, notamment chinoises, proposant des véhicules à des prix plus accessibles, a intensifié la concurrence. Des acteurs locaux, comme Sky Motors, ont su capter une clientèle sensible au coût, mettant en difficulté les concessionnaires historiquement positionnés sur des segments plus haut de gamme ou institutionnels. Cette dynamique a mis fin à l’avantage quasi monopolistique dont bénéficiait Tractafric Motors au début des années 2010. À cette époque, l’entreprise dominait largement le marché des poids lourds et figurait parmi les leaders des véhicules particuliers. Aujourd’hui, elle reste un acteur majeur, mais dans un environnement bien plus fragmenté.
UNE STRATÉGIE DE REPOSITIONNEMENT ENCORE EN CONSTRUCTION
Pour s’adapter, Tractafric Motors Cameroun a engagé une diversification de son portefeuille de marques. L’introduction de Chery dans son offre, ainsi que le partenariat scellé avec le constructeur chinois FAW Trucks, traduisent une volonté de s’aligner sur les nouvelles tendances du marché et de toucher une clientèle plus large. Présente à Douala, Yaoundé, l’entreprise conserve un réseau solide et une notoriété forte. Mais sa survie à moyen terme dépendra désormais de sa capacité à restaurer rapidement ses capitaux propres et à transformer son volume d’affaires en rentabilité durable.







