Dès les premières heures de la matinée, le Palais des Congrès s’est rempli de responsables venus de toutes les régions du pays et des représentations à l’étranger. Une scène désormais familière pour le ministère des Finances, qui tient là l’un de ses rendez-vous institutionnels majeurs. L’édition 2026 de la conférence annuelle des services centraux, déconcentrés et extérieurs s’est ouverte sous la présidence de Louis Paul Motaze, entouré du ministre délégué Yaouba Abdoulaye, en présence du ministre de l’Économie Alamine Ousmane Mey et du ministre délégué à la Présidence chargé des Marchés publics Ibrahim Talba Malla.
Au fil des années, cette conférence s’est imposée comme un temps fort de la vie administrative. Plus qu’une simple rencontre entre collaborateurs, elle est un moment d’arrêt, de bilan et de projection. On y évalue l’action passée, on confronte les pratiques et on trace les lignes directrices de l’année. Cette fois, le thème donne le ton. La gestion optimale de la trésorerie de l’État s’invite au centre des débats. Dans un environnement international marqué par l’incertitude économique, les tensions commerciales et les mutations rapides des circuits financiers, le ministère des Finances affiche sa volonté de revoir ses méthodes et d’affiner ses outils.
Derrière cette orientation, une préoccupation simple et tangible. S’assurer que l’État dispose, à tout moment, des liquidités nécessaires pour fonctionner. La trésorerie n’est plus présentée comme une affaire de comptables. Elle est décrite comme la respiration même de l’action publique. Quand elle est maîtrisée, les dépenses sont payées à temps, les projets avancent et la confiance se maintient. Lorsqu’elle se tend, les retards apparaissent, les Restes à payer s’accumulent et la machine administrative ralentit. Pour structurer la réflexion, les travaux de la conférence s’articulent autour de trois axes. Le premier dresse l’état des lieux des finances publiques du Cameroun. Il s’agit de regarder la situation en face, d’identifier les marges de manœuvre mais aussi les fragilités qui pèsent sur l’équilibre budgétaire.
Le deuxième axe s’intéresse aux réformes budgétaires et à leur impact sur la gestion de la trésorerie, avec l’objectif de rendre les flux financiers plus prévisibles et les paiements plus fluides. Le troisième aborde de manière frontale la question des crises de liquidité, leurs causes et les pistes de solutions. Ces échanges se veulent pratiques. Ils cherchent à renforcer la capacité de l’État à absorber les chocs, qu’ils soient internes ou externes, tout en préservant la continuité du service public et la crédibilité financière du pays. L’enjeu est d’autant plus important que le budget de l’État pour l’exercice 2026 est arrêté à 8 816,4 milliards de FCFA.
À ce niveau, chaque décalage de trésorerie a des répercussions immédiates sur les investissements, la croissance et, à terme, les conditions de vie des populations. La maîtrise des flux financiers devient alors un levier central du pilotage économique.
Les débats sont nourris par trois exposés thématiques, modérés par le secrétaire général du ministère Gilbert Didier Edoa. Le premier, consacré à l’état des finances publiques, est présenté par Gabriel Ngakoumda. Le deuxième, dédié à la réforme budgétaire et à sa contribution à l’amélioration de la trésorerie, est porté par Sophie Boumsong. Le troisième, centré sur la crise de liquidité, ses raisons et ses solutions, est exposé par Samuel Tela.
Pris ensemble, ces exposés composent un même diagnostic. Celui d’une trésorerie qui ne peut plus être gérée au jour le jour, mais qui doit être anticipée, coordonnée et sécurisée. Le message qui se dégage de cette ouverture est sans détour. La performance financière de l’État repose sur une responsabilité collective.
De la qualité de cette gestion dépend la stabilité sociale, la confiance des investisseurs et la transformation structurelle de l’économie. Pour le MINFI, la conférence annuelle 2026 s’annonce ainsi comme un moment charnière, où la trésorerie cesse d’être un sujet technique pour devenir un enjeu politique au sens noble du terme.







