L’Afrique centrale peine depuis des décennies à transformer ses corridors de transport en leviers de développement économique. Les routes existent, mais les chaînes de valeur régionales restent embryonnaires. Les matières premières continuent de sortir brutes. C’est ce constat que le Kick Off officiel du Pro Meet Up 5, tenu sous le haut parrainage du Premier ministre, a mis sur la table ce lundi à Yaoundé, devant des décideurs publics, des investisseurs, des opérateurs logistiques et des institutions régionales et internationales. La 5èmeédition du Pro Meet Up (PML5) est placée sous le thème : « Corridors intégrateurs, catalyseurs de développement des chaînes de valeur sous-régionales ».
Le choix de l’axe Douala–N’Djamena– Bangui–Port-Gentil comme corridor pilote repose sur une logique précise. Carole Mbessa Elongo, présidente du Pro Meet Up, l’a expliqué sans détour. « Pourquoi ce corridor ? Parce qu’il relie quatre économies dont les avantages comparatifs sont complémentaires. Parce qu’il concentre des enjeux majeurs. Parce qu’il offre un terrain pertinent pour expérimenter, documenter et valider un modèle susceptible d’être reproduit à l’échelle de la CEMAC. »
La géographie de cet axe dit tout, le Cameroun y joue le rôle de plateforme logistique et industrielle régionale, le Tchad apporte son potentiel agro-pastoral et énergétique, la République centrafricaine ses ressources agricoles, forestières et minières, le Gabon sa dynamique avancée de transformation locale. Ensemble, ils forment un terrain d’expérimentation dense et représentatif. Le modèle à tester s’appelle le Corridor catalyseur de chaînes de valeur, ou CCV PML.
Il s’appuie sur une architecture méthodologique fondée sur le barycentrage des Zones Économiques Spéciales, l’analyse des filières par des outils de renseignement économique open source et l’intégration du Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS). Un modèle ouvert, que tout État ou acteur économique peut rejoindre dans le cadre de la Convention-Cadre issue des travaux du Comité d’Experts.
UN CORRIDOR, PAS SEULEMENT UNE ROUTE
Charles Assamba Ongodo, Vice-Président de la CEMAC, a posé le problème dans sa dimension structurelle. « Nos matières premières continuent pour une large part d’être exportées à l’état brut, une sorte de persistance de pacte colonial, tandis que nos marchés importent massivement des produits transformés venus d’autres continents. » Il a salué la vision portée par le PML en ces termes : « À un long moment, les corridors ont principalement été conçus comme des axes de transit, des infrastructures de transport ou des mécanismes de fluidification commerciale, et rien que. L’approche proposée aujourd’hui va beaucoup plus loin. Un corridor moderne ne doit plus seulement permettre le déplacement des marchandises. Il doit désormais connecter des bassins de production, structurer les filières industrielles, faciliter la transformation locale et créer des écosystèmes économiques transfrontaliers. »
LES TRANSPORTS COMME ACCÉLÉRATEUR DE CROISSANCE
Jean-Ernest Massena Ngalle Bibehe, ministre des Transports du Cameroun, qui représentait le Premier ministre, a ouvert les travaux en situant l’enjeu dans la politique de connectivité du pays. « Le Cameroun poursuit résolument la mise en œuvre des projets structurants destinés à consolider sa position de hub logistique et de plateforme d’intégration sous-régionale », a-t-il affirmé, citant le port de Kribi, les extensions portuaires, la modernisation des corridors trans-camerounais Douala–N’Djamena, Douala–Bangui, Kribi–N’Djamena et Kribi–Bangui, ainsi que la digitalisation des procédures portuaires et logistiques. Il a posé l’ambition de « faire des transports un véritable accélérateur de croissance, de compétitivité et d’intégration régionale. »
PAPSS ET LE NERF FINANCIER DES ÉCHANGES
Mike Ogbalu, CEO du Pan-African Payment and Settlement System (Papss) au sein d’Afreximbank, a présenté les enjeux de la facilitation des paiements intra-africains. Le Papss est intégré à l’architecture technique du PML comme outil de fluidification financière des échanges.
Sans mécanisme de paiement régional performant, les corridors restent des routes. Avec lui, ils deviennent des circuits économiques.
TROIS MOIS, UNE CONVENTION, UN MODÈLE
Carole Mbessa Elongo a conclu son allocution en rappelant le chiffre qui résume l’ampleur du défi : « 5 % seulement des matières premières produites dans notre sous-région font l’objet de transformations locales significatives. Ces chiffres traduisent l’ampleur du défi, mais ils révèlent surtout l’immensité du potentiel qui reste à conquérir. »
Lundi dernier, elle a posé la question qui structure désormais les trois mois à venir : « La question n’est plus de savoir pourquoi développer des chaînes de valeur. Mais comment. »







