Dérives et incivisme : retour à la case départ

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Depuis l’avènement des mesures d’assouplissement visant à relancer les activités économiques paralysées par le coronavirus, des Camerounais ont renoué avec les mauvaises habitudes.

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Il est 18h30 ce lundi 4 mai 2020 à Biyem-Assi. Dans ce quartier populaire de Yaoundé, bars et snack bars sont déjà bondés de monde. Ici et là, on compte les clients par dizaines, sans masque de protection. Charles, la vingtaine, est à deuxième bière. Ce vendeur de téléphones exulte la levée de la mesure gouvernementale, instruisant depuis plusieurs semaines la fermeture des débits de boisson à 18 heures en raison de la propagation du nouveau coronavirus. Pour lui, l’heure est au rattrapage. « Puisque désormais les bars fonctionnent normalement, c’est-à-dire au-delà de 18 heures, l’occasion nous est offerte de nous rattraper. On était en prison avec le confinement partiel vécu durant les semaines écoulées », dit-il, l’air tout naïf. A côté de lui, Paul semble plus incrédule encore. Le jeune-homme ne croit même pas à l’existence du Covid-19 au Cameroun. « Le coronavirus n’a jamais existé au pays, est-il convaincu. Pourquoi ne montre-t-on pas ces malades dans les médias, y compris les décédés ? ».

A quelques pas de ce quartier, à Efoulan, l’ambiance est la même dans les débits de boisson. Ici, l’atmosphère est détendue ; on boit, on danse, on s’embrasse. Les clients sont agglutinés autour des tables. Pas moyen de respecter les règles d’hygiène, encore moins la mesure de distanciation sociale. « Comment je peux porter le masque au moment ou je bois ma bière, ou bien quand je mange mon poisson bien pimenté ? », s’interroge Jean. « Le port du masque n’est pas possible dans ce milieu, il gène beaucoup », argue-t-il encore. « On ne peut pas appliquer la mesure de distanciation d’un mètre, puisqu’on se connait, et les bruits de la musique ne permettent pas qu’on se comprenne normalement », affirme Claude. La surcharge dans le transport urbain Depuis l’entrée en vigueur le 1er mai dernier des mesures d’assouplissement visant à relancer les activités économiques paralysées par le coronavirus, de nombreux Camerounais ont en effet renoué avec leurs mauvaises habitudes. Et pas seulement dans les restaurants et autres bistrots. Le secteur des transports n’est en effet pas en reste. Des chauffeurs de taxis ont renoué avec la surcharge des clients. Au lieu de 4 personnes dans un taxi, c’est plutôt 5 passagers avec 2 à la cabine avant. Pis encore, bon nombre de passagers n’arborent plus de masques dans les véhicules. Il en est de même pour les mototaxis qui ont repris avec les surcharges à trois voire quatre clients. « C’est Dieu qui nous protège dans cette période de crise sanitaire », lance un conducteur.

L’absence de répression

Si l’on assiste au retour en force de l’incivisme galopant au sein des populations, pour des nombreux analystes, ceci est inhérent à l’absence de répression. En dépit des textes en vigueur, il y’a comme un essoufflement des forces de l’ordre. « Les forces de l’ordre s’essoufflent au quotidien, elles font montre de lassitude dans leur travail. Une situation qui pousse les citoyens à faire ce qu’ils veulent. Autre fait marquant, la corruption qui a affaibli l’action du gouvernement. Car certains hommes en tenue ont fait de la pandémie du coronavirus leur business », remarque un analyste. De ce fait dit-il, la répression doit être renforcée pour décourager tous les contrevenants. C’est le seul challenge s’il faut gagner la bataille contre cet ennemi commun.

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