mardi, janvier 13, 2026
spot_img
AccueilEconomieCrédit rural décentralisé : 1,2 milliard FCFA à mobiliser via les caisses...

Crédit rural décentralisé : 1,2 milliard FCFA à mobiliser via les caisses coopératives pour financer l’agriculture

Le ministre de l’Agriculture et du Développement rural (Minader) et la Cameroon Cooperative Credit Union League (Camccul) ont signé le 8 janvier 2026 à Yaoundé, un accord qui encadre la mise en œuvre du Projet de crédit rural décentralisé (PCRD). Il s’agit d’un dispositif public destiné à améliorer l’accès des producteurs ruraux aux services financiers, dans un pays où l’exclusion bancaire demeure structurelle hors des centres urbains.

C’est un nouveau levier de financement de l’agriculture rurale. Le PCRD.  Il repose sur un principe central, rapprochant le financement des lieux de production agricole. Concrètement, l’État camerounais choisit de s’adosser à un réseau de microfinance coopérative déjà implanté sur l’ensemble du territoire, plutôt que de s’appuyer exclusivement sur le système bancaire classique, peu présent en zone rurale et généralement peu adapté aux profils des petits exploitants.

Les documents de partenariat ont été signés par le ministre de l’Agriculture, Gabriel Mbairobe, et le directeur général de Camccul, Jonas Tieutchou le 8 janvier 2026 à Yaoundé. Sur le plan financier, les projections avancées par Camccul font état de plus de 1,2 milliard de francs CFA de crédits qui devraient être accordés aux bénéficiaires, ainsi que d’un peu plus de 1,5 milliard de francs CFA d’épargne mobilisée.

Pour le Ministre Mbairobe, « Cette convention s’inscrit parfaitement dans la Stratégie nationale de développement, qui encourage le renforcement des secteurs à fort impact socio-économique, essentiellement agricoles ». Le dispositif prévoit de travailler avec des établissements de microfinance légalement reconnus, afin de garantir la viabilité financière et institutionnelle du projet sur le moyen terme.

Selon le Minader, le projet a été conçu pour répondre à cinq contraintes majeures qui limitent la productivité agricole. Il s’agit de l’accès au crédit, du financement des intrants et de la diversification des cultures, du déficit d’infrastructures rurales. De faire également face à la faible culture de l’épargne et l’insuffisance de compétences techniques chez les producteurs et les opérateurs de microfinance.

Le dispositif combine crédit et épargne, deux instruments rarement articulés dans les politiques agricoles locales. L’épargne est ici pensée comme un mécanisme de résilience face aux chocs économiques — climatiques ou conjoncturels — mais aussi comme une source de financement interne des investissements agricoles. Cette approche vise à réduire la dépendance des producteurs aux financements extérieurs tout en sécurisant les opérations de crédit.

Pour Emmanuel Madiembe, coordonnateur du PCRD, l’enjeu est macroéconomique autant que social. L’agriculture demeure l’un des principaux piliers de l’économie camerounaise : elle emploie une part importante de la population active et contribue directement à la sécurité alimentaire et à la croissance. Les chiffres de la Banque mondiale en donnent la mesure : près de 20 % du produit intérieur brut provient de ce secteur, qui mobilise environ 60 % de la population active. Autrement dit, plus d’un Camerounais sur deux tire ses revenus de la terre, faisant de l’agriculture le premier employeur du pays.

Toutefois, l’accès limité à des financements adaptés reste un frein majeur, en particulier pour les petits producteurs et les communautés rurales, qui peinent à satisfaire les exigences des banques commerciales.

C’est dans ce contexte que le choix de Camccul prend une dimension stratégique. La faîtière fédère un réseau national d’institutions de microfinance coopératives, caractérisées par leur proximité avec les populations rurales et leur connaissance des réalités locales. Le partenariat vise à capitaliser sur cette expertise pour faciliter l’accès des agriculteurs et des acteurs du monde rural à des services financiers formels, tout en renforçant la synergie institutionnelle entre l’État et les structures financières coopératives.

Au-delà du financement direct, le PCRD prévoit un volet de renforcement des capacités. Il s’agit notamment de former les agriculteurs à la gestion financière et d’accompagner les opérateurs de microfinance afin d’améliorer l’évaluation des risques agricoles, souvent perçus comme élevés par les institutions financières. Le projet ambitionne également de soutenir la modernisation de l’agriculture par le financement des chaînes de valeur agricoles, depuis la production jusqu’à la commercialisation.

Une attention particulière est portée à l’inclusion financière des jeunes et des femmes en milieu rural, catégories largement sous-représentées dans l’accès au crédit formel. Cette orientation répond à un double enjeu : favoriser le renouvellement générationnel dans l’agriculture et renforcer l’autonomie économique des femmes, qui jouent un rôle central dans les systèmes de production vivrière.

À travers le PCRD, le Cameroun formalise ainsi un choix de politique publique : utiliser la microfinance coopérative comme vecteur d’inclusion financière rurale, dans un contexte où la transformation agricole passe autant par l’accès aux capitaux que par l’ancrage territorial des outils financiers.

spot_img
LIRE AUSSI
0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

ACTUELLEMENT EN KIOSQUE

spot_img

LES PLUS RECENTS

0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x