Coopération : pluie de sanctions contre Yaoundé

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Les Etats-Unis font payer cher les options du Cameroun dans la crise qui sévit dans les régions du Nord-ouest et du Sud-Ouest.


Le professeur Ntuda Ebode ne s’encombre pas de circonlocutions pour dénoncer le communiqué du secrétaire d’État américain relatif aux restrictions de visa qui ciblerait les catalyseurs de la crise au NoSo. Dans une interview dans les colonnes de nos confrères de Cameroon Tribune, le géostratège s’énerve contre « une guerre de communication dans la perspective de délégitimation du régime de Yaoundé, en vue de rendre féconds des ambitions insurrectionnelles ». Si la vision du professeur d’université peut paraître extrêmement pessimiste, il n’en demeure pas moins qu’elle repose sur une riche observation de la position des États-Unis d’Amérique vis-à-vis du gouvernement camerounais depuis l’explosion de la violence dans les régions anglophones du pays.

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Sous couvert de crise anglophone, Washington a multiplié les occasions de couper les vivres à Yaoundé, et parfois de manière abrupte. Ainsi en est-il de la suspension de la Loi sur la croissance et les possibilités en Afrique (Agoa) dans les relations Cameroun/États-Unis décidée à la minovembre 2019 par le président Donald Trump. Une décision prise évidemment sans consultation et mise en application dès le 1er janvier 2020 i.e. moins de deux mois plus tard.

Au-delà du gouvernement, ce sont davantage les secteurs productifs tournés vers le marché américain qui sont censés avoir encaissé le contrecoup de cette politique. Il s’agit en grande partie du pétrole brut, mais aussi de spéculations beaucoup plus engageantes pour le Camerounais moyen tel que le café. La sanction est toutefois passée presque inaperçue tant il est vrai qu’au fil des années, le Cameroun a considérablement réduit ses exportations à travers le mécanisme de l’Agoa.

L’enveloppe des produits vendus aux États-Unis au titre de la loi sur la croissance est passée de 362,1 millions de dollars en 2008 à seulement 2,3 millions de dollars en 2018. Inutile de dire que le retrait de l’Agoa a pu être perçu comme un détail à Yaoundé. Mais l’annonce a symboliquement sonné comme un désaveu public de la Maison Blanche inquiète de « violations grossières et répétées des droits humains » par les autorités camerounaises.

AIDE MILITAIRE

Toujours dans le domaine du symbole, le gouvernement américain a drastiquement réduit son aide militaire au Cameroun toujours au courant de l’année 2019. En février de cette année-là, les États-Unis ont décidé d’annuler plusieurs programmes. Parmi les secteurs touchés, on peut citer la formation et la fourniture des pièces détachées pour les avions de transport militaire américain C-130 appartenant à la flotte camerounaise. Les Américains ont aussi supprimé la livraison de quatre bateaux de patrouille, de neuf véhicules blindés et d’un système de radar. Le mois suivant, c’était autour des militaires américains, présents dans l’Extrême-Nord du pays au titre de la lutte contre Boko Haram, de plier bagages. En tout, c’est un peu plus d’une centaine de soldats qui ont dû regagner leur base à Fort Campbell, dans l’État du Tennessee.

À la manette de cette politique extrêmement opposée au gouvernement camerounais, l’ancien ambassadeur Peter Henry Bellerin. Son départ a été accueilli avec soulagement à Yaoundé tant le diplomate était systématiquement du côté des critiques de l’administration de Paul Biya. Depuis le 14 juillet 2020, le Cameroun vit avec le minimum de pression diplomatique made in USA. Après presqu’un an de trêve, pas sûr que le nouvel ambassadeur projeté par Joe Biden soit le profil qu’auraient souhaité les autorités camerounaises si elles avaient eu le choix.

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