Dans plusieurs quartiers de Yaoundé, les tricycles sillonnent désormais les ruelles pour débarrasser les ménages de leurs déchets. Moyennant quelques milliers de francs par mois. Ces collecteurs indépendants proposent un service de proximité qui facilite le quotidien des habitants. Derrière cette activité se cachent toutefois des réalités moins visibles : carburant, odeurs, risques sanitaires, difficultés financières et manque de considération.
Le moteur du tricycle ronronne dans les rues de Ndjonassi, un quartier de Yaoundé. À son bord, Kamga Emmanuel poursuit sa tournée. Maison après maison, il récupère les sacs de déchets que les ménages lui confient. Son tricycle porte un nom qui résume presque à lui seul son activité : « le bonheur d’avoir une maison propre ». Depuis environ un an, le jeune homme âgé de 25 ans a fait de la collecte des ordures ménagères son activité quotidienne. Pour lui, cette activité est née d’une opportunité familiale. Son père, qui utilisait auparavant le tricycle pour livrer les boissons, est décédé. Kamga a alors récupéré l’engin et décidé de l’utiliser autrement. Aujourd’hui, il compte une dizaine de ménages abonnés à son service.
ENTRE 3500 ET 8000 FCFA POUR FAIRE ENLEVER SES DÉCHETS
Collecte des déchets urbains
Le fonctionnement est simple. Les ménages communiquent leurs numéros de téléphone aux collecteurs, qui les contactent ou les préviennent de leur passage. En échange de la collecte, ils versent une somme mensuelle. Chez Kamga Emmanuel, le tarif est actuellement fixé à 3000 FCFA par mois, donc une collecte par semaine pour les premiers abonnés. Un montant appelé à évoluer au fur et à mesure que son activité se développe.
Quelques kilomètres plus loin, le modèle est déjà davantage établi. Au quartier solidaire et à Iusty, Ndjomo Sylvain, propriétaire d’un tricycle revendique près de 18 ménages, dont 10 au quartier solidaire et 8 à Iusty. Dans le métier depuis trois ans et demi, il facture généralement 5000 FCFA par mois aux ménages qui produisent une quantité normale de déchets. Pour ceux dont les volumes sont plus importants, la facture peut atteindre 8000 FCFA. Une dépense que certains habitants jugent raisonnable au regard du service rendu.
C’est le cas de Nteupie Anne Marie, rencontrée à son domicile au quartier Solitaire. Abonnée depuis deux ans, elle débourse aujourd’hui 5000 FCFA par mois, contre 3500 FCFA auparavant. Pour elle, cette dépense reste abordable, notamment parce que le collecteur passe chaque semaine et lui évite de transporter elle-même ses déchets. « Avant, je devais partir moi-même verser les ordures », explique-t-elle en substance. Désormais, elle n’a plus qu’à attendre le passage du tricycle.
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Une activité née du besoin d’emploi
Derrière ces tricycles, se trouvent aussi des parcours professionnels marqués par la recherche d’une source de revenus. Ndjomo Sylvain s’est lancé dans cette activité après l’obtention de son baccalauréat. Faute de moyens financiers pour poursuivre ses études et ne trouvant pas d’emploi stable, il a enchaîné les petits jobs et a pu acheter un tricycle et commencer la collecte des déchets ménagers dans les quartiers. Trois ans et demi plus tard, l’activité s’est développée. Le nombre de ménages a progressivement augmenté et la confiance des clients s’est installée. Kamga Emmanuel lui, a transformé un héritage familial en activité professionnelle. Tous deux travaillent à leur propre compte. Et, selon leurs témoignages, l’activité reste rentable, notamment parce que leurs principales dépenses se concentrent sur le carburant et les pannes du tricycle restent limitées.
3,5 LITRES DE CARBURANT POUR UNE SEMAINE DE COLLECTE
Maintenir ces tricycles en circulation a un coût. Avec un nombre de clients plus important, Ndjomo Sylvain affirme consommer environ 3,5 litres de carburant par semaine. Kamga Emmanuel, qui débute encore et compte moins de clients, en utilise environ 1,5 litre par semaine. Le carburant constitue ainsi l’une des principales charges de ces travailleurs. À cela s’ajoutent les contraintes physiques du métier. Transporter quotidiennement les déchets signifie aussi travailler au milieu des odeurs et des détritus. Ndjomo Sylvain raconte que les conditions de travail peuvent parfois affecter sa santé, au point de devoir se rendre à l’hôpital et acheter des médicaments.
Pour ces collecteurs, la rentabilité de l’activité ne doit pas faire oublier les contraintes auxquelles ils sont confrontés. À ces difficultés matérielles, s’ajoute une autre réalité : le regard porté sur ceux qui ramassent les déchets. Kamga Emmanuel et Ndjomo Sylvain invoquent tous deux le manque de considération dont les collecteurs sont parfois victimes. Sur le terrain, certains habitants leur témoignent peu de respect, lorsqu’ils viennent récupérer les déchets. Un paradoxe pour ces travailleurs qui contribuent pourtant à maintenir les quartiers propres.
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Une solution de proximité face aux difficultés de collecte
Pour les ménages, l’intérêt du système réside avant tout dans sa simplicité. Même lorsque les services de collecte passent dans certains quartiers, tous les habitants ne bénéficient pas nécessairement d’une collecte devant leurs domiciles. Les tricycles viennent ainsi occuper cet espace en proposant une solution porte à porte.
Nteupie Anne Marie résidente au quartier solidarité à Nyom 2, apprécie particulièrement la ponctualité de son collecteur, Ndjomo Sylvain. Chaque semaine, celui-ci vient récupérer les déchets à son domicile. Elle estime d’ailleurs que ce système pourrait être davantage développé et encadré. Selon elle, une généralisation de ce type de service contribuerait à réduire les tas d’ordures qui s’accumulent encore dans certains coins des quartiers. Pour les collecteurs également, l’encadrement et la sensibilisation sont nécessaires. Ndjomo Sylvain souhaite notamment que les autorités sensibilisent davantage les populations et reconnaissent la contribution de ces travailleurs à la salubrité des quartiers.
UNE MAISON PROPRE, UN MÉTIER À VALORISER
À la Cité Solidaire comme à Ndjonassi, ces tricycles répondent à une demande désormais bien réelle. Pour quelques milliers de francs CFA, les ménages achètent surtout du temps, du confort et la possibilité de garder leur environnement immédiat propre. Pour les collecteurs, en revanche, chaque passage représente une journée de travail, des litres de carburant consommés et une exposition quotidienne à des risques sanitaires.
À travers leurs tricycles, Ndjomo Sylvain et Kamga Emmanuel ne transportent donc pas seulement des déchets. Ils transportent aussi une réponse locale au chômage, un service devenu utile aux ménages, et surtout, une question qui dépasse leurs seules activités : comment mieux organiser et valoriser la collecte des déchets pour que la propreté des quartiers ne repose plus seulement sur les initiatives individuelles.
Par Yvana TELEZING
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