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André Arnaud Enguene : « La communication officielle est restée évasive sur la nature précise des incidents signalés »

L’enseignant-chercheur à la Faculté des sciences économiques et de gestion à l’université de Yaoundé II-Soa, revient sur les incidents constatés lors de la mise en service de la version 2 du Système de télé-compensation en Afrique Centrale (SYSTAC 2) par la BEAC.

Lancée le 12 août 2026 après son entrée en production le 3 août dernier, la deuxième version de la plateforme du Système télé-compensation en Afrique Centrale (SYSTAC 2) est un système sécurisé, automatisé et dématérialisé qui traite des opérations de débit et de crédit de volume important, ne présentant pas un caractère d’urgence et dont le montant unitaire est inférieur à 100 milliards FCFA.

L’objectif à de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) à travers la mise en place de ce dispositif est d’innover et de moderniser les paiements de masse dans la zone de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), à l’instar des prélèvements, les virements, les chèques et les cartes. Cette nouvelle version remplace l’ancienne en vigueur depuis 2007

A la question de savoir, quelle appréciation faite de la mise en œuvre du SYSTAC 2 dans les colonnes de l’hebdomadaire Cameroon Business Today, André Armand Enguene, enseignant-chercheur à la faculté des sciences économiques et de gestion à l’université de Yaoundé II-Soa, indique que la mise en œuvre du projet semble maîtrisée sur le fond mais c’est sur le rythme de bascule des participants que la vigilance reste de mise.

L’enseignant explique que toute migration d’infrastructure critique produit des frottements en phase initiale. Pour lui, trois conditions semblent déterminantes, d’abord la transparence parce que la communication du nouveau système est restée évasive sur la nature précise des incidents signalés. Ce qui alimente l’incertitude bien plus que ne le ferait un bilan technique documenté.

« Un rapport d’incident publié à intervalle régulier vaudrait mieux qu’un discours de réassurance. Ensuite, la préparation des participants. Le goulot d’étranglement n’est presque jamais la plateforme centrale mais l’adaptation des systèmes d’information des banques, la reprise des références et la formation des équipes back-office au format ISO20022 » explique l’enseignant.

Pour lui, un dispositif de repli opérationnel et des plans de continuité testés doivent accompagner cette phase. Le module de paiement instantané n’est pas encore opérationnel ety son calendrier n’a pas été communiqué, tandis que SYGMA V10 est annoncé pour les prochaines semaines.

A la question de savoir quels sont les avantages du SYSTAC 2 non seulement pour le Cameroun mais aussi pour les autres pays de la CEMAC, André Armand Enguene explique que pour le Cameroun qui concentre l’essentiel des flux bancaires de la zone ; le gain est d’abord opérationnel. Des détails de compensation raccourcis lièrent de la trésorerie pour les entreprises et fiabilisent le paiement des salaires et des fournisseurs publics.

« Pour la CEMAC, l’apport est d’ordre structurel. La centralisation supprime une part des frictions transfrontalières qui pénalisaient les groupes bancaires régionaux. La norme ISO 200022 enrichit considérablement les données portées par chaque message, ce qui améliore la traçabilité et renforce les dispositifs de lutte contre le blanchiment des capitaux et financement du terrorisme, préoccupations explicitement citée parmi les motifs de la refont » explique l’expert. 

Ce dernier explique également que l’ouverture aux établissements de microfinance, aux prestataires de services de paiement et aux fintechs élargit par ailleurs le périmètre des acteurs raccordés, ce qui compte pour l’inclusion financière. Il indique aussi que les Trésors publics gagneront à industrialiser leurs paiements de masse sur la plateforme.

André Armand Enguene précise que les fintechs et les opérateurs de monnaie électronique doivent se raccorder rapidement, sachant que l’articulation concrète avec le mobil money demeure aujourd’hui une intention plus qu’une réalité déployée, alors même que ce canal est devenu l’instrument dominant.

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