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AFD : Virginie Dago quitte le Cameroun après près de 390 milliards FCFA de financements

Après quatre années à la tête de l'Agence française de développement (AFD) au Cameroun, Virginie Dago quitte Yaoundé pour l'Inde. Le gouvernement camerounais lui a décerné le 30 juillet 2026 à Yaoundé, la Croix d'officier de l'Ordre national de la Valeur. Au-delà de cette distinction, les autorités saluent un mandat marqué par une trentaine d'opérations financées pour près de 390 milliards de FCFA, mais aussi par une méthode fondée sur l'écoute, le dialogue et la recherche de résultats.

Une cérémonie empreinte de solennité et de diplomatie marque les adieux de Virginie Dago à la tête de l’Agence française de développement (AFD) au Cameroun. Le 30 juillet, au Hilton Hôtel de Yaoundé, ministres, diplomates, élus locaux et partenaires du développement se réunissent pour saluer quatre années d’une mission qui a renforcé la coopération entre le Cameroun et la France.

Debout aux côtés de l’ambassadeur de France, entourée notamment du ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, du ministre des Finances, Louis Paul Motaze, du ministre de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales, Taïga, du ministre de la Décentralisation et du Développement local, Georges Elanga Obam, et du ministre de la Jeunesse et de l’Éducation civique, Mounouna Foutsou, Virginie Dago peine à dissimuler son émotion.

 Quelques instants plus tard, après un hommage appuyé d’Alamine Ousmane Mey, qui salue au nom du gouvernement son rôle dans le renforcement du partenariat entre Yaoundé et Paris, elle reçoit la Croix d’officier de l’Ordre national de la Valeur, l’une des plus hautes distinctions de la République. La directrice de l’AFD refuse pourtant d’en faire une récompense personnelle. « Je le comprends d’abord comme une reconnaissance du travail accompli collectivement, et non comme une récompense individuelle », déclare-t-elle.

 Elle rappelle que les réalisations des quatre dernières années sont le fruit d’une coopération entre les administrations camerounaises, les équipes de l’AFD et les nombreux partenaires engagés dans les projets de développement.

COMPRENDRE AVANT D’AGIR

Lorsqu’elle arrive au Cameroun en 2022, Virginie Dago découvre un pays qu’elle connaît très peu. Elle choisit de commencer autrement. « J’ai d’abord écouté. J’ai pris le temps de comprendre le fonctionnement de l’administration camerounaise, les attentes de nos partenaires, les réalités de terrain, les contraintes comme les opportunités », explique-t-elle. Cette approche guide son mandat. Elle affirme qu’aucun pays ne peut être accompagné sans respecter son histoire, ses priorités et ses dynamiques propres.

Au fil des missions, elle dit avoir découvert un Cameroun porté par ses entrepreneurs, ses enseignants, ses ingénieurs, ses agriculteurs, ses élus et ses responsables administratifs. Ce sont ces femmes et ces hommes, confie-telle, qui resteront son principal souvenir.

UNE DIRIGEANTE ATTENTIVE AUX COMPÉTENCES LOCALES

Virginie Dago revendique un management fondé sur la confiance. Elle met particulièrement en avant les équipes camerounaises de l’AFD. Selon elle, l’une de ses plus grandes satisfactions consiste à avoir renforcé la place des compétences nationales au sein de l’agence. « J’ai eu la chance d’accompagner une équipe remarquable, composée très majoritairement de cadres camerounais. », reconnaît-elle.

Son parcours personnel éclaire cette manière de diriger. Diplômée de l’École polytechnique, ancienne professeure de mathématiques, puis trader à la Société Générale avant de rejoindre le développement, elle explique que ces expériences lui ont appris que « la légitimité ne se revendique pas. Elle se construit par le travail, par l’engagement, par la capacité à écouter et à apporter une contribution utile au collectif ».

Le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, dresse un portrait similaire. Il évoque une dirigeante forgée par « la logique, l’acuité analytique, la rigueur méthodique et l’exigence du résultat ». Il souligne également son ouverture d’esprit, son humilité et sa capacité d’écoute, qui ont facilité le dialogue avec les administrations, les partenaires techniques, les acteurs de la société civile et le monde académique.

UN PORTEFEUILLE DE PROJETS CONSOLIDÉ

Au-delà du style de management, les autorités camerounaises retiennent surtout les résultats. Selon le Minepat, l’AFD dispose aujourd’hui d’un portefeuille d’environ 1,7 milliard d’euros au Cameroun réparti sur une cinquantaine de programmes couvrant les infrastructures, le développement urbain, la santé, l’éducation, la sécurité alimentaire, la culture, la recherche, le sport, la gouvernance et la décentralisation. Le ministre rappelle également le rôle joué par le Contrat de désendettement (C2D) et de développement.

Ce mécanisme a permis de financer de nombreux projets structurants à travers le pays. Parmi eux figurent notamment le projet Yaoundé Cœur de Ville, destiné à améliorer durablement la mobilité urbaine dans la capitale, le programme Capitales régionales, qui a contribué au développement de cinq villes secondaires, ainsi que le Projet de lutte contre les inondations à Douala et Yaoundé (PLIDY). Il cite la transformation du paysage urbain de plusieurs villes, les appuis budgétaires à l’État et les financements accordés à plusieurs entreprises publiques pour renforcer leur compétitivité.

 Sous la direction de Virginie Dago, plus de trente opérations ont été conclues entre 2022 et 2026 pour un montant global d’environ 390 milliards de FCFA. Parmi les réalisations emblématiques figurent la réhabilitation de la ligne ferroviaire Bélabo-Ngaoundéré ainsi que les projets de lutte contre les inondations à Douala et à Yaoundé. Pour Alamine Ousmane Mey, ces résultats « ont été couronnés de grands succès ». Il estime que la responsable française a contribué à enrichir l’histoire de la coopération entre le Cameroun et l’AFD.

 UNE COOPÉRATION SOLIDE MAIS DES DÉFIS PERSISTANTS

Malgré ce bilan, Virginie Dago reconnaît quitter le Cameroun avec une forme d’inachevé. « Les financements existent, les compétences existent, les projets existent, mais l’impact dépend aussi de la capacité collective à lever certains freins, à renforcer l’efficacité de l’action publique, à simplifier les processus et à garantir que chaque ressource mobilisée bénéficie pleinement aux populations auxquelles elle est destinée. » Elle estime que le Cameroun dispose d’un potentiel considérable.

Selon elle, le véritable défi consiste désormais à transformer ce potentiel en emplois, en services publics de qualité et en meilleures conditions de vie. Dans quelques semaines, elle prendra la direction de l’AFD en Inde. Elle affirme quitter le Cameroun avec « beaucoup de gratitude » pour l’accueil reçu et les relations construites durant ces quatre années. Le gouvernement camerounais, lui, voit dans son parcours l’illustration d’un partenariat appelé à se poursuivre. « C’est un immense privilège d’exprimer la satisfaction du gouvernement camerounais au regard de la précieuse contribution de Dago et de son équipe à la densification de notre coopération avec l’AFD », conclut Alamine Ousmane Mey.

 Notons que Jérôme Notebaert succède à Virginie Dago, est un cadre expérimenté de l’Agence française de développement, ayant notamment exercé des responsabilités dans les domaines de la gouvernance et de la réforme de l’État.

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