La production reste embryonnaire au niveau national et reste morcelée sur de petites surfaces, avec un accès limité aux semences améliorées, au financement et aux marchés structurés.
Selon les chiffres disponibles, le Cameroun compte plus de 350 000 producteurs de manioc. Le chiffre a été confirmé par Gabriel Mbaïrobe, ministre en charge de l’Agriculture et du développement rural (Minader), lors de la 3ème édition du festival international All Kassava, tenu dans la ville de Douala du 29 octobre au 1er novembre 2026.
Selon la Stratégie de développement du secteur rural, couplée au Plan national d’investissement agricole 2020-2030, le Cameroun s’est fixé un objectif de production de 10 millions de tonnes de manioc en 2030. Il est également attendu un accroissement de rendement devant atteindre 20 tonnes par hectares à la même année. Sauf que à date, la filière souffre encore d’un manque de structuration.
Depuis la mise sur pied de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), le manioc est reconnu comme une filière stratégique pour l’Afrique en général et une opportunité pour le Cameroun. Malgré le potentiel productif dont dispose le Cameroun, la chaîne de valeur de cette filière manque de structuration.
La production reste embryonnaire au niveau national et reste morcelée sur de petites surfaces, avec un accès limité aux semences améliorées, au financement et aux marchés structurés. L’accompagnement des acteurs pour saisir les opportunités commerciales qu’offre la ZLECAF. Les partenariats entre les petits producteurs et acheteurs ne sont pas facilités et l’usage des outils numériques pour connecter l’offre à la demande reste presque inexistant.
Au Cameroun, la filière enregistre encore environ 40% de perte de sa production du fait du manque d’infrastructures de transformation. La répartition de la production selon la taille de l’exploitation montre que 62,5% proviennent de petits producteurs.
« L’interprofession a été créée en juillet dernier. Donc, elle est encore très jeune. Nous avons environ 120 organisations à la création, dont certaines ont jusqu’à 120 membres. Seulement, elle est en activité dans quatre régions : le Centre, le Sud, l’Est et le Littoral. Après le festival All Kassava co-organisé avec Fadec, nous allons reprendre la sensibilisation. Notre ambition est de couvrir l’étendue du territoire national et être installée dans les 10 régions d’ici fin 2027 » rassure dans les colonnes du journal Cameroon Tribune, Yvette Doume, présidente de l’interprofession manioc du Cameroun et par ailleurs promotrice du festival international du manioc.
Le Cameroun dépense massivement chaque année pour importer du blé, l’une de ses principales denrées alimentaires importées. Les statistiques officielles estiment les importations annuelles à environ 800 000 tonnes. Le site Business in Cameroon rapporte qu’en 2023, la facture s’élevait à 178 milliards FCFA, tandis que d’autres sources avancent des chiffres plus élevés selon les fluctuations des prix mondiaux.
Suu le terrain
Sur le terrain, afin de rattraper son retard, le gouvernement du Cameroun à travers son ministère en charge de l’Agriculture et du développement rural (Minader) et le ministère des PME, de l’économie sociale et de l’Artisanat (Minpmeesa) a lancé le projet « Manioc & Femmes dans la ZLECAf ». L’initiative est également soutenue par le Conseil national des chargeurs du Cameroun (CNCC).
Ledit programme envisage de doter chaque productrice d’au moins 1 hectares de manioc. Des sessions de renforcement des capacités ont lieu dans des bassins de production comme Mbangassina, Pouma, Mbalmayo ou Djoum. En outre, le gouvernement vise la mise en place de 200 unités de transformation pour produire autour de 600 000 tonnes de farine de manioc par an, afin notamment de l’incorporer dans la panification et de réduire les importations de blé.
Une première usine moderne a été mise en service à Ngoulemakong (région du Sud Cameroun) en janvier 2024 d’une capacité de 20 tonnes/jour, et sept autres sont prévues dans les localités de Banguem, Dibombari, Lobo, Batchenga, Mvangan entre autres. Une unité spécialisée dans les pâtisseries et le pain à base de manioc a également été inaugurée par la Socoapace à Minkoa-Lobo.






