Un individu, menottes aux poignets, se bat contre des éléments de la police à l’arrière d’un pick-up. Il veut descendre du véhicule. Une foule éparse veut intervenir, mais ne peut s’approcher de plus près. « Laissez-le ! Laissez-le ! », entend-on. Quelques courageux prennent le risque de se rapprocher de plus près. La menace devient de plus en plus grande. Entre le « délinquant » arrêté et la foule, les éléments des Esir (corps d’élite de la police, Ndlr) doivent choisir en une fraction de seconde.
L’homme menotté est désormais accroché au bord du véhicule qui se met progressivement en mouvement, suivi d’un autre pick-up de la police. Puis l’on entend deux détonations. L’homme arrêté se retrouve au sol, le menton béant. Du sang coule à flot, alors que le jeune homme se bat contre la mort, criant son mal à gorge déployée. La foule surexcitée crie vengeance.
Les images circulent en boucle sur les réseaux sociaux depuis les premières heures de ce 23 juillet 2026. Témoignant ainsi des tensions annoncées dans la nuit dans la ville de Kousseri, chef-lieu du département du Logone et Chari. Des sources concordantes parlent de deux morts, et un véhicule de la police incendié.
Selon des sources concordantes, tout est parti d’une opération d’arrestation de « fumeurs » de drogue dans un quartier de la ville de Kousseri la veille. La police aurait affronté la résistance des « délinquants », et a usé des armes à feu, tuant deux personnes. Ce qui a provoqué la colère des jeunes de cette ville. Lesquels s’en sont pris aux éléments des Esir qui ont mené l’opération. Dépassé par l’ampleur des événements, les hommes en ténue ont pris la poudre d’escampette, abandonnant leur véhicule que les émeutiers ont brulée. De la journée, des renforts sont intervenus, alors que les autorités et des élites locales tentent de calmer la situation.
La ville de Kousséri et même l’ensemble du département du Logone et Chari, sont réputées être des villes instables. Les tensions intercommunautaires y sont légion, tout comme les guerres entre éleveurs et agriculteurs. Ajouté à cela, la secte terroriste Boko Haram joue sa partition, semant trouble et désolation dans une contrée très enclavée. En février 2025, ce sont des élus du Rdpc, parti au pouvoir, qui avaient pris à partie Ferdinand Ngoh Ngoh le secrétaire général de la présidence de la République venu s’en quérir de la situation sociale des populations. L’homme qui avait snobé les élus locaux, a été contraint de passer la nuit à Kousseri, le temps de s’entretenir avec ces derniers qui tenaient à lui transmettre (à l’intention du président de la République dont il était présenté comme l’émissaire) le mal-être des populations de l’Extrême-Nord en général, et du Logone et Chari en particulier. C’est dire si dans ce coin aux mille problèmes, toute étincelle est susceptible d’embraser.







