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Le projet d’achat de l’électricité par Prometal à d’EDC ébranle le secteur énergétique

Le projet d'approvisionnement direct en électricité du groupe sidérurgique Prometal auprès d'EDC cristallise les débats sur la réforme du secteur électrique camerounais. Alors que les besoins du leader de la transformation de l'acier devraient passer de 40 MW en 2025 à 60 MW en 2026, puis à 90 MW en 2027 avec ses nouveaux investissements, l'État est appelé à arbitrer entre les impératifs de compétitivité industrielle, l'équilibre financier des entreprises publiques de l'énergie et l'ambition de faire de la métallurgie l'un des piliers de l'industrialisation du Cameroun.

Le projet d’autoriser le groupe sidérurgique Prometal à acheter directement son électricité auprès d’Electricity Development Corporation (EDC) alimente un vif débat au sein du secteur électrique camerounais. Révélé par le média spécialisé Investir au Cameroun, le dossier suscite notamment les réserves de la Société camerounaise de distribution de l’électricité (Socadel), dont le président du conseil d’administration a officiellement saisi le Premier ministre pour demander la suspension de la procédure.

Derrière cette bataille commerciale entre deux entreprises publiques se dessine une question plus fondamentale : celle de la nouvelle répartition des rôles et des revenus dans un secteur en pleine restructuration. À première vue, le dossier Prometal pourrait être interprété comme une négociation classique entre un industriel et son fournisseur d’électricité.

En réalité, il constitue l’un des premiers tests grandeur nature de la nouvelle architecture du secteur électrique camerounais. Il représente également un enjeu vital pour le leader métallurgique du pays, dont les besoins croissants en énergie ne peuvent manifestement plus être comblés avec l’architecture actuelle du secteur énergétique et ses déséquilibres. Le projet prévoit donc que Prometal achète directement l’électricité produite par les barrages gérés par EDC.

Cette énergie serait ensuite acheminée jusqu’aux installations industrielles de Douala-Bassa via le réseau national de transport exploité par la Sonatrel, sans passer par le circuit commercial traditionnel de la Socadel. Cette évolution intervient alors que le Cameroun poursuit la restructuration de son secteur électrique. Longtemps organisé autour d’un distributeur dominant, le système évolue progressivement vers une répartition plus équilibrée des responsabilités entre producteurs, gestionnaires d’infrastructures, transporteur et distributeur. L’objectif est de donner à chacun les moyens financiers nécessaires pour assurer ses missions d’investissement et accompagner la montée en puissance des capacités nationales de production électrique.

LA SOCADEL CRAINT UNE PERTE DE REVENUS ET UN DÉSÉQUILIBRE DU SECTEUR

 La Société camerounaise de l’électricité voit dans ce projet un risque majeur pour son équilibre financier. Dans une lettre adressée le 8 juin 2026 au Premier ministre, Joseph Dion Ngute, et révélée par Investir au Cameroun, son président du conseil d’administration, Antoine Ntsimi, demande de surseoir à la signature du contrat entre EDC et Prometal ainsi qu’aux conventions qui lui sont associées, jusqu’à l’achèvement d’une évaluation complète de ses implications institutionnelles, financières, techniques et sectorielles.

Pour la Socadel, la réforme actuellement conduite par les pouvoirs publics vise précisément à consolider son portefeuille de clients afin de restaurer durablement sa capacité financière. Le départ de son principal client industriel produirait, selon elle, l’effet inverse en réduisant ses recettes au moment où l’entreprise ploie déjà sous un lourd endettement estimé à près de 800 milliards de FCFA.

L’enjeu est loin d’être anecdotique. Selon les chiffres communiqués par Prometal, le groupe a acquitté environ 42 milliards de FCFA de factures d’électricité entre 2016 et 2025. Ces recettes alimentent aujourd’hui l’ensemble de la chaîne électrique puisque le distributeur reverse ensuite une partie des sommes perçues aux producteurs, à Sonatrel ainsi qu’aux autres intervenants. Pour les dirigeants de la Socadel, retirer un client de cette importance reviendrait à fragiliser davantage un opérateur appelé à jouer un rôle central dans la nouvelle organisation du secteur. À leurs yeux, la priorité devrait être de renforcer sa capacité d’investissement afin d’améliorer la qualité du service rendu aux consommateurs.

 EDC ET SONATREL DÉFENDENT UNE NOUVELLE LOGIQUE ÉCONOMIQUE

Cette analyse est toutefois loin de faire consensus entre les entreprises publiques parties prenantes aux dossiers. Au sein des administrations impliquées dans le dossier, surtout ceux qui pourraient recevoir de juteuses retombées financières de ce changement, plusieurs voix plaident que le secteur électrique ne se résume pas au seul distributeur. Les producteurs, les gestionnaires d’ouvrages hydroélectriques et le transporteur doivent eux aussi disposer de ressources suffisantes pour remplir leurs missions. « Pendant de nombreuses années, les difficultés financières du distributeur ont entraîné des retards de paiement envers plusieurs acteurs de la chaîne, limitant leurs capacités d’investissement », argumente un cadre.

Pour les défenseurs du projet, le contrat envisagé avec Prometal permettrait précisément de fluidifier les flux financiers et de mieux répartir les ressources entre les différents opérateurs. Sonatrel bénéficie déjà du passage de Prometal en haute tension. Selon les estimations disponibles, le contrat d’accès au réseau lui procure près de 4 milliards de FCFA de recettes annuelles. Ces ressources contribuent au financement de l’entretien, de la modernisation et de l’extension du réseau national de transport. Les perspectives sont encore plus importantes pour EDC.

Le futur contrat de fourniture directe pourrait lui rapporter près de 12 milliards de FCFA par an. Pour l’entreprise publique, ces recettes permettraient de consolider un modèle économique encore fragile, largement dépendant des reversements effectués par le distributeur. Les responsables d’EDC considèrent que ces ressources nouvelles pourraient accélérer plusieurs projets structurants, parmi lesquels figurent notamment la centrale hydroélectrique de Mbakaou, annoncée à 400 MW, une nouvelle phase de développement autour de Memve’ele ainsi qu’une centrale solaire d’une capacité de 50 MW. Au-delà du dossier Prometal, c’est donc la capacité du Cameroun à financer les infrastructures nécessaires à la croissance de sa production électrique qui est également en question.

LA COMPÉTITIVITÉ INDUSTRIELLE AU CŒUR DE L’ARBITRAGE GOUVERNEMENTAL

 L’autre dimension du dossier concerne directement la politique industrielle du Cameroun. Leader de la transformation de l’acier en Afrique centrale, Prometal poursuit un vaste programme d’investissements destiné à renforcer les capacités de ses différentes unités de production implantées à Douala-Bassa. Le groupe exploite déjà cinq sites industriels — Prometal 1, Prometal 2, Prometal 3, Profab et Progaz — auxquels viendra bientôt s’ajouter Proalu SA, spécialisée dans la production de bobines d’aluminium et de câbles électriques.

Cette dynamique explique l’évolution rapide de ses besoins énergétiques. La puissance appelée est passée de 26 MW en 2024 à 40 MW en 2025. Elle devrait atteindre 60 MW cette année, avant de culminer à près de 90 MW en 2027 avec l’entrée en service de la nouvelle usine. Pour un industriel électro-intensif, la disponibilité permanente d’une énergie fiable et compétitive constitue un facteur déterminant de compétitivité. Chaque interruption d’alimentation ou chaque surcoût énergétique affecte directement les coûts de production et, à terme, la capacité à investir et à exporter.

Le gouvernement doit ainsi arbitrer entre deux priorités qui ne sont pas nécessairement contradictoires mais qui exigent un nouvel équilibre : préserver la viabilité financière des entreprises publiques du secteur électrique tout en accompagnant les champions industriels appelés à porter la stratégie nationale de transformation locale.

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