« Cela n’a pas encore été approuvé par notre Conseil d’administration ni signé avec le client ». Par cette mise au point transmise à Défis Actuels, Elizabeth Howton, responsable principale de la communication pour le pôle mondial Pauvreté et Équité à la Banque mondiale, apporte des clarifications au sujet du projet de garantie de 152 millions d’euros — environ 100 milliards de FCFA — sollicité par Natixis auprès de la MIGA afin de couvrir une ligne de financement commercial destinée à l’État du Cameroun.
L’opération concerne une demande de couverture déposée auprès de la MIGA (Agence multilatérale de garantie des investissements), l’institution du Groupe Banque mondiale spécialisée dans les garanties contre les risques liés aux investissements et aux financements dans les économies émergentes. Le mécanisme doit permettre à la banque française Natixis d’accorder au Cameroun une facilité de financement commercial à court terme tout en limitant son exposition au risque souverain. En d’autres termes, Natixis prévoit de mettre à disposition du Cameroun une ligne pouvant atteindre 152 millions d’euros, tandis que la MIGA serait chargée de garantir le remboursement en cas de défaut de paiement.
Cependant, sur la fiche du projet consultée par Défis Actuels, l’opération apparaît toujours avec le statut « Proposed » (« proposé »), malgré une « approval date » fixée au 25 mai 2025. Une formulation qui a pu entretenir la confusion sur le niveau réel d’avancement du dossier. Selon les précisions apportées par Elizabeth Howton, la date d’approbation indiquée au 25 mai 2025 correspond en réalité à la date à laquelle le projet de garantie devait être examiné ou validé par les instances compétentes de la MIGA.
Le maintien du statut « Proposed » signifie toutefois que « le projet a été inscrit au calendrier d’examen ou présenté pour approbation, mais que l’opération n’était pas encore définitivement conclue ou décaissée au moment de la publication ; certaines conditions techniques, juridiques ou financières pouvant encore être en cours de finalisation entre Natixis, la MIGA et le gouvernement camerounais ».
Autrement dit, la ligne de financement n’a pas encore atteint le stade d’une mobilisation effective des fonds. La précision apportée par la Banque mondiale confirme ainsi que la procédure interne n’est pas achevée, alors même que cette opération était présentée comme un instrument destiné à répondre à des besoins immédiats de liquidité de l’État.
UNE LIGNE DE TRÉSORERIE DE COURT TERME POUR TRAVERSER UNE PÉRIODE DE TENSION
D’après les éléments communiqués par la MIGA, l’opération s’articule autour d’un mécanisme de « trade finance », ou financement du commerce international. Les fonds devraient être orientés vers des paiements liés à des secteurs considérés comme prioritaires, notamment l’agriculture, les transports, ainsi que les infrastructures hydrauliques et d’approvisionnement en eau. Concrètement, ce type de dispositif permet à un État de régler rapidement des fournisseurs étrangers, de financer des achats d’équipements ou de services, ou encore d’éviter des tensions de trésorerie sur certaines dépenses jugées urgentes.
Le ministère camerounais des Finances avait lui-même présenté cette ligne comme une réponse ponctuelle à un déséquilibre de trésorerie attendu au milieu de l’année 2025. En juin 2025, Samuel Tela, directeur de la Trésorerie au ministère des Finances, expliquait que « cette opération de court terme vise à combler un creux de trésorerie entre mai et août, période durant laquelle les sollicitations de décaissements seront fortes alors que les recettes fiscales attendues seront relativement faibles ». Le responsable précisait également que « les fonds tirés de cette ligne de crédit devront être remboursés avant le 31 décembre 2025 ».
À ce stade, ces projections ne sont toutefois pas encore confirmées. Avant tout décaissement, l’opération doit d’abord franchir l’étape décisive de la garantie de la MIGA, dont la validation tarde encore. Le montage retenu confirme d’ailleurs qu’il ne s’agit pas d’un prêt classique d’investissement à long terme, mais bien d’une facilité de liquidité de courte durée. Le document de la MIGA prévoit une maturité maximale d’un an, avec la possibilité de deux prolongations supplémentaires, sous réserve d’un accord conjoint entre Natixis et l’agence de garantie.
La MIGA a classé l’opération dans la catégorie environnementale « FI-3 », réservée aux projets présentant de faibles risques environnementaux et sociaux. Cette classification s’explique par le fait que l’agence ne finance pas directement des infrastructures, mais garantit des transactions commerciales de court terme. Le ministère des Finances devra néanmoins veiller à ce que les opérations couvertes respectent les exigences environnementales, sociales et de droit du travail applicables au Cameroun, ainsi que les restrictions prévues par la MIGA.







