L’architecture financière combine prêt souverain concessionnel, subventions ciblées et affectations de ressources issues du Contrat de désendettement et de développement (C2D). L’ensemble est aligné sur les priorités publiques camerounaises, dans un contexte de pression urbaine croissante, de vulnérabilités climatiques, de contraintes budgétaires et de poursuite du processus de décentralisation.
Un prêt souverain de 98,4 milliards de FCFA pour la lutte contre les inondations
Le principal instrument signé est une convention de prêt de 150 millions d’euros, soit 98,4 milliards de FCFA, destinée au financement du Projet de lutte contre les inondations à Douala et Yaoundé (PLIDY). Autorisé par décret présidentiel le 9 décembre 2025, ce prêt est contracté sur une durée de remboursement de 20 ans.
Le PLIDY est conçu comme un programme d’investissement de six ans. Il cible plus de deux millions de personnes vivant dans des zones urbaines exposées aux inondations récurrentes. Les interventions prévues couvrent l’aménagement et la réhabilitation des canaux de drainage, la restauration de zones naturelles d’absorption des eaux, l’amélioration de l’accessibilité des quartiers, l’accès aux services urbains de base — notamment la gestion des déchets solides — ainsi que le renforcement des données et outils de connaissance sur la vulnérabilité urbaine.
« La mise en œuvre de ce projet à Douala et à Yaoundé va réduire durablement la vulnérabilité des populations urbaines face aux inondations, renforcer la résilience climatique et améliorer le cadre de vie », a déclaré le ministre Alamine Ousmane Mey. Pour l’AFD, l’ambition dépasse la seule réalisation d’infrastructures. « Le programme PLIDY vise à répondre de façon globale et intégrée à un défi environnemental, social et économique, afin de faire émerger des villes plus résilientes, plus inclusives et plus durables », a précisé Virginie Dago, indiquant que les ressources de l’AFD seront complétées par une subvention de 4 millions d’euros déléguée par l’Union européenne pour renforcer les actions à Douala.
Douala et Yaoundé concentrent à elles seules plus de 30 % de la population nationale, soit environ 9,1 millions d’habitants. Selon les analyses de l’AFD, ces deux métropoles font face à un déficit structurel d’infrastructures et de gouvernance foncière, dans un contexte d’urbanisation rapide et d’intensification des aléas climatiques.
Deux subventions de 6,56 milliards de FCFA orientées vers la sécurité alimentaire et le genre
Deux conventions de subvention, pour un montant cumulé de 10 millions d’euros (6,56 milliards de FCFA), ciblent des enjeux sociaux et productifs en milieu rural et dans les zones fragiles. La première porte sur un financement additionnel du Projet d’appui à la sécurité alimentaire dans les territoires ruraux du Cameroun (SECAL), à hauteur de 5 millions d’euros, soit 3,28 milliards de FCFA. Lancé initialement en 2023-2024 avec un financement de 16 millions d’euros sur ressources du 3ᵉ C2D, le SECAL vise le renforcement de l’écosystème des entreprises rurales à travers l’accompagnement technique, le conseil agro-pastoral, la formation et l’accès au financement.

« Le financement additionnel permettra d’étendre le périmètre du projet et de densifier les activités d’accompagnement, notamment par les prêts et la fourniture de petits équipements », a expliqué le ministre de l’Économie. Le programme, initialement déployé dans cinq bassins de production, est étendu au département du Fako, dans la région du Sud-Ouest. En 2024, plus de 8 400 entreprises rurales avaient déjà été identifiées comme bénéficiaires.
La seconde subvention, également de 5 millions d’euros (3,28 milliards de FCFA), est consacrée au Projet de renforcement des capacités des femmes entrepreneures des régions du Septentrion et de l’Est, dénommé « Septentrion-Est ». Il vise à améliorer l’accès des femmes aux financements, à l’accompagnement technique et à l’insertion économique dans des zones marquées par des vulnérabilités structurelles. « Ce projet s’appuie sur une phase pilote mise en œuvre avec succès dans l’Extrême-Nord et permettra de soutenir l’entrepreneuriat féminin dans quatre régions cibles », a indiqué la directrice de l’AFD.
18,37 milliards de FCFA issus du 3ᵉ C2D pour la santé, l’éducation et la décentralisation
Trois conventions supplémentaires portent sur l’affectation de ressources du troisième Contrat de désendettement et de développement (C2D), pour un montant total de 28 millions d’euros, soit 18,37 milliards de FCFA. Deux de ces conventions concernent des appuis budgétaires sectoriels pour la période 2026-2027. Le secteur de la santé bénéficie d’une dotation de 12,5 millions d’euros (8,2 milliards de FCFA), destinée à améliorer l’accès équitable aux soins essentiels et à réduire la mortalité maternelle et infantile. L’éducation de base reçoit un appui de 11 millions d’euros (7,216 milliards de FCFA), dans la continuité des appuis budgétaires sectoriels engagés depuis 2017, avec un accent sur les standards de construction scolaire, la maîtrise d’ouvrage communale et la stabilisation des ressources humaines enseignantes.
Le troisième instrument C2D concerne le financement du Projet de renforcement de la décentralisation au Cameroun (REDECA), à hauteur de 4,5 millions d’euros, soit environ 2,95 milliards de FCFA. L’objectif est d’améliorer la gouvernance locale et la capacité des communautés urbaines à délivrer les services publics de base, notamment à travers le renforcement de la transparence, de la participation citoyenne et des capacités institutionnelles.
« Il s’agit d’approfondir le processus de décentralisation consacré par la Constitution, en dotant les collectivités des outils nécessaires à l’exercice effectif de leurs compétences », a souligné Alamine Ousmane Mey. Le projet s’inscrit en complémentarité avec d’autres programmes urbains financés sur ressources C2D, dont le programme des Capitales régionales.
Une coopération structurée autour des priorités nationales
Mis en place en 2006, le C2D constitue l’un des principaux instruments de la coopération financière entre le Cameroun et la France. Il permet la conversion de créances de dette bilatérale en financements de projets de développement. Trois phases successives ont été déployées, couvrant des secteurs tels que l’agriculture, la santé, l’éducation, la justice, la sécurité et le développement urbain.
Selon le Minepat, « à terme, plus de 1 000 milliards de FCFA auront été injectés dans l’économie camerounaise grâce à ce mécanisme ». L’ensemble des conventions signées le 21 janvier traduit une concentration des financements sur les risques urbains, la sécurité alimentaire, l’autonomisation économique des femmes, les services sociaux de base et la décentralisation. Pour l’AFD, ces engagements s’inscrivent dans la mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30). « L’enchaînement de ces signatures illustre la cohérence des interventions autour des priorités camerounaises et la confiance renouvelée des partenaires dans la trajectoire économique et institutionnelle du pays », a déclaré Virginie Dago.







