mercredi, avril 8, 2026
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Succession à Etoudi : Portrait robot du futur Vice-Président de la République

Depuis l'adoption le 4 avril 2026 par le parlement de la révision constitutionnelle instituant un poste de Vice-Président de la République qui a pouvoir de succession, une question obsède le Cameroun politique : qui sera cet homme ou cette femme que Paul Biya va hisser à une marche de la magistrature suprême ? Défis Actuels dresse le portrait robot du futur Vice-Président.

Depuis que le Parlement réuni en Congrès a voté la révision constitutionnelle le 4 avril 2026, il est la figure la plus attendue et la plus convoitée du pays. Ce futur Vice-Président de la République du Cameroun sera, selon toute probabilité, le prochain chef de l’État. Pour comprendre qui sera cet homme, il faut d’abord comprendre ce que veut Paul Biya. Le Sphinx d’Étoudi, 93 ans, au pouvoir depuis le 6 novembre 1982, a deux problèmes à résoudre simultanément : trouver une doublure capable de le suppléer dans l’exercice quotidien du pouvoir — son grand âge qui freine désormais sa disponibilité —, et s’assurer que la succession, quand elle interviendra, aille dans le bon sens. C’est-à-dire vers un proche. Un homme de confiance. Quelqu’un qui protège son héritage, et son camp politique.

ENTRE ÉQUILIBRES ET FIDÉLITÉS

Le premier critère qui s’impose est celui de la loyauté absolue. Paul Biya ne nommera pas quelqu’un qui pourrait lui faire de l’ombre, ni quelqu’un dont il ne contrôle pas entièrement les ressorts. Quatre décennies de règne nous ont enseigné de lui une vérité cardinale : les ambitieux qui se montrent trop tôt sont les premiers à être neutralisés, et souvent avec une dure sévérité. Le texte soumis au Congrès contient d’ailleurs des formulations décisives : le président « peut » nommer un vice-président. Aucune obligation, aucun calendrier. L’option de ne nommer personne dans l’immédiat reste entièrement ouverte. C’est une manœuvre classique de l’homme Lion d’Étoudi : créer le mécanisme sans l’activer, pour voir qui se révèle et qui trahit. Paul Biya qui ne tolère aucune pression, se donne toute l’attitude pour désigner qui il veut, quand il voudra. Ensuite, le président de la République a le pouvoir de mettre fin aux fonctions du Vice-Président.

Le deuxième critère est celui de l’expérience. Le Vice-Président devra avoir une longue pratique des affaires de l’État, une connaissance intime des mécanismes du pouvoir, des réseaux solides dans l’administration et au sein du RDPC, le parti présidentiel. Il ne saurait être un novice. On cherchera donc cet homme parmi les grands commis de l’État ayant exercé à très haut niveau — au sein de la haute administration, à la tête d’un grand ministère régalien. Des états de service reconnus, une discrétion éprouvée, une efficacité démontrée dans ses fonctions précédentes.

 Le troisième critère, plus délicat, est celui de l’équilibre régional. Depuis les années 1980, Paul Biya applique une doctrine d’équilibre régional dans les nominations stratégiques. Une tradition soigneusement entretenue, avec ses règles non écrites, qui se sont encore appliquées récemment lors de la désignation des présidents de l’Assemblée Nationale et du Sénat. Mais tout porte à croire que cette fois, le président est prêt à rompre cette tradition en cherchant son dauphin dans sa propre région d’origine.

Analyste avisé de la scène politique Camerounaise, le journaliste Guibaï Gatama a livré sa lecture de cette séquence. Selon lui, la révision constitutionnelle créant un poste de vice-président, permet à Paul Biya de neutraliser simultanément plusieurs rivaux potentiels dans la course à sa succession. Il court-circuite son propre parti, le RDPC, qui perdait son rôle traditionnel de faiseur de roi. Il met hors-jeu le Grand-Nord, dont il avait pourtant flatté les ambitions en plaçant l’un de ses représentants à la tête du Sénat. Et pour Guibaï Gatama, il est peu probable qu’il se tourne vers les régions anglophones qui détiennent la Primature depuis plusieurs décennies ou vers l’Ouest, dont un des fils vient d’être promu au perchoir de l’assemblée nationale.

En clair, la manœuvre dessine par élimination la géographie du successeur : ce ne sera ni un nordiste, ni un anglophone, ni un ressortissant de l’Ouest. Ce qui, dans la logique des équilibres régionaux camerounais, rétrécit considérablement le champ — et pointe, en filigrane, vers le grand Sud, fief originel du président ou vers le littoral.

LA GUERRE DES CLANS : DES CAMPS SANS VISAGES

 Dans les couloirs d’Étoudi, la bataille pour ce poste est déjà féroce, même si elle se joue dans les murmures. Plusieurs camps s’affrontent avec une intensité croissante dans les antichambres du palais présidentiel. Chacun pousse son pion, noue ses alliances, courtise ses soutiens. On y trouve le clan des grands serviteurs de l’État, ces hauts fonctionnaires qui ont passé leur carrière dans l’ombre du président et qui revendiquent, par leur proximité et leur connaissance des dossiers, une légitimité naturelle à la succession.

 On y trouve aussi le clan des barons du parti, ces figures politiques qui ont fait la campagne de Paul Biya, organisé ses victoires électorales, et qui estiment que le pouvoir doit récompenser la fidélité militante. Et dans les marges, discret mais jamais absent, le clan familial — ceux qui gravitent autour du cercle le plus intime du président, et dont l’influence, et L’appétence pour le pouvoir quoique non avoués, sont réelle. La réforme intervient dans un contexte de fin de règne où chaque ajustement de la Constitution est scruté comme l’ultime étape du plan de succession du président. Les uns misent sur un profil de technocrate discret, bâtisseur dans l’ombre du président Paul Biya. Les autres plaident pour une figure plus politique, capable de tenir le RDPC dans le rang et de mobiliser les sections du parti. D’autres encore n’excluent pas une surprise — un profil inattendu, venu de nulle part, que seul le Sphinx connaît.

PORTRAIT ROBOT

Le futur Vice-Président se dessine donc, à la lumière de cette logique biyaïste. Ce sera très probablement un homme. D’âge mûr — entre 55 et 70 ans —, assez jeune pour insuffler et incarner un certain dynamisme, assez âgé pour ne pas donner le sentiment d’une rupture générationnelle brutale.

Issu du sérail présidentiel, ayant occupé des fonctions de première importance, il connaît les rouages de l’État de l’intérieur. Il a côtoyé Paul Biya de près, longtemps. Il sait se taire. Il sait attendre. Ce choix, le Sphinx d’Étoudi le gardera encore dans le secret de son palais. Histoire de voir, et une dernière fois de peser et soupeser son choix, qu’il connaît certainement déjà.

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