L’initiative, baptisée Savana Diaspora Connect, entend répondre à un paradoxe récurrent. Les Camerounais de l’étranger, très actifs dans l’économie nationale via des envois de fonds estimés à plusieurs centaines de milliards de FCFA par an, peinent souvent à transformer ces transferts en projets productifs et sécurisés sur le territoire. Pour lever ce frein, l’institution a sillonné l’Europe, de Paris à Genève, en passant par Bruxelles et Dortmund, rencontrant plus d’un millier de membres de la diaspora.
Le constat effectué sur le terrain par Savana Finance se résume en cette maxime : « la volonté d’investir est massive, mais la confiance reste fragile ». Les échanges ont mis en lumière des craintes récurrentes liées à l’insécurité foncière, au manque de transparence ou encore à la difficulté de piloter un projet à distance. Face à ces défis, Savana Finance a structuré une offre qui dépasse le cadre bancaire traditionnel. La plateforme se présente comme un guichet unique, proposant un accompagnement allant de la sécurisation juridique du foncier au suivi opérationnel des activités, en passant par le montage financier.
Pour asseoir cette relation de confiance, l’institution s’appuie sur les principes de la finance islamique, une approche qui exclut les intérêts spéculatifs et exige que chaque investissement soit adossé à des actifs réels et tangibles.
Une ambition progressive mais mesurée
Si l’objectif affiché sur cinq ans est de canaliser entre 100 et 150 milliards de FCFA, les premières étapes se veulent prudentes et pragmatiques. La phase initiale, prévue sur 12 à 24 mois, vise à structurer entre 15 et 30 milliards de FCFA.
« Cette première phase vise à consolider la confiance, démontrer la capacité d’exécution et établir un historique de projets réussis », explique Oumarou Mouctar, administrateur directeur général de Savana Finance. L’idée est de créer un effet d’entraînement au sein des communautés établies en Europe, où le bouche-à-oreille et la recommandation jouent un rôle clé dans les décisions d’investissement.
Les premiers signaux sont encourageants. La tournée européenne a déjà permis d’identifier plus d’une centaine de porteurs de projets ayant manifesté un intérêt formel. Les secteurs les plus prisés sont l’immobilier structuré pour la location ou la résidence, l’agro-business et la transformation agricole, ainsi que les PME de services à fort impact territorial.
Au-delà de la collecte, un catalyseur de valeur
L’ambition affichée par Savana Finance dépasse la simple ingénierie financière. Il s’agit de réorienter une épargne souvent informelle et dispersée vers des circuits traçables et durables.
« À travers cette démarche, notre ambition est de transformer des flux financiers souvent informels et dispersés en investissements productifs, traçables et durables, capables de structurer des chaînes de valeur et de renforcer la résilience économique du Cameroun », insiste Oumarou Mouctar.
En se positionnant comme intermédiaire de confiance, l’institution espère devenir un catalyseur pour des projets structurants, notamment dans l’équipement productif, les services essentiels ou la modernisation agricole. L’enjeu est de démontrer que l’épargne de la diaspora, souvent cantonnée à la consommation ou à l’immobilier de prestige, peut devenir un moteur de croissance pour le tissu économique local, à condition de lui offrir un cadre sécurisé et transparent.







