Le voile est finalement levé sur le menu du congrès en cours à Yaoundé. Le texte annoncé est bel et bien la modification de la constitution. Avec comme changement fondamental, la création d’un poste de vice-président de la République. Mais contrairement à ce que le Cameroun avait vécu entre 1961 et 1972, ce ne sera pas un tandem au sommet de l’Etat. «Le vice-président peut être nommé par le président de la République qui peut mettre fin à ses fonctions», a d’office indiqué Théodore Datouo le président de l’Assemblée nationale, président du congrès, en ouverture des travaux. Et si cette deuxième personnalité de la République n’est pas issue d’un tandem électoral, ses attributions également ne seront pas clairement définies par la constitution. Le mandat du vice-président devra être adossé à celui du président dont il ne peut dépasser la durée. D’ailleurs il est prévu que le vice-président assistera le président dans l’exercice de sa mission.
Personnage sans Épaisseur (?)
L’auteur du projet de loi en cours d’examen par le congrès prévoit que le vice-président devenu président, nomme son vice-président qui l’assiste dans sa mission,celle de terminer le mandat du président empêché. Mais si le vice-président est celui qui succède au président en cas de vacance définitive, soit en cas de décès, soit en cas de démission, il reste aussi qu’une autre disposition prévoit que ce dernier ne puisse pas toujours reprendre le fauteuil pour terminer le mandat en cours. Dans ce cas alors, c’est le président du Sénat qui assure l’intérim.
En clair, Paul Biya vient d’en rajouter dans la complexité des plans de succession à la tête de l’Etat. En procédant à un jeu de chaises musicales au parlement, l’homme du 6 novembre 1982 avait laissé croire qu’il remettait au Grand-Nord le soin d’organiser éventuellement sa succession au cas où… Il faudra encore attendre de voir la personne qui sera nommée à la vice-présidence pour en avoir le cœur net. Encore que même là, l’on ne pourra pas toujours avoir toute la lisibilité sur le schéma. D’autant plus que le président de la République dans son pouvoir discrétionnaire peut à tout moment mettre fin aux fonctions du vice-président. Et donc, rien ne sera acquis définitivement pour »l’heureux élu » attendu dans les prochaines semaines. Paul Biya étant connu pour sa discrétion et le refus d’être lu à l’avance. Si l’homme de 93 ans trace la voie de sa succession, il continue de rester imprévisible. Et peut à tout moment rebattre les cartes.
En revanche, cette révision de la constitution était attendue. Le président réélu en octobre 2025, avait laissé entrevoir des changements dans ce sens, sans être précis :« Nous devons aussi soumettre au parlement certaines réformes permettant un fonctionnement plus efficient de nos institutions, afin de répondre aux exigences de notre environnement», avait annoncé Paul Biya dans son discours d’investiture. Sans détails. Toujours est-il que des fuites d’informations laissaient déjà entrevoir la modification de la constitution du 18 janvier 1996.
Cette révision constitutionnelle survient dans un contexte quelque peu tendu. Après une première prorogation des mandats des députés et des conseillers municipaux, le président de la République vient une nouvelle fois de proroger celui des députés. Quant au mandat des conseillers municipaux, les dispositions législatives actuelles ne prévoient plus qu’une prorogation de trois mois. Alors que le motif évoqué depuis plus d’un an est le défaut de finances. Et désormais, le gouvernement estime qu’Elections Cameroon (Elecam), l’organe en charge de l’organisation des élections, n’est pas prêt pour la tenue de nouvelles élections du fait des destructions lors de la crise post-électorale de 2025.
Complexité du schéma
Toujours est-il que du fait de la non rétroactivité de la loi, Paul Biya ne pourra pas prororger le mandat des conseillers municipaux à plus de trois mois. Or le congrès est convoqué au moment où l’Assemblée nationale examinait un projet de loi portant modification du Code électoral. Avant d’être coincé par des résistances internes. La séance plénière au cours de laquelle le texte allait être adopté, a été »reportée à une date ultérieure ».
Dans tous les cas, «la révision de la constitution emportera le réaménagement d’au moins deux textes en vigueur», a annoncé Théodore Datouo. Citant la loi du 19 avril 2012 portant Code électoral, et celle du 21 avril 2004 portant organisation et fonctionnement du Conseil constitutionnel. Autant dire que le parlement a encore du pain sur la planche. Plusieurs autres textes sont à modifier dans les prochains jours ou semaines. Et toujours, Paul Biya reste le seul maître du temps et du jeu politique. Dans un contexte marqué par des guerres de succession, y compris dans son propre camp.







