Le retrait effectif du fonds britannique Actis du capital d’Eneo reste suspendu à une série de formalités administratives et financières, alors même que l’État camerounais affirme avoir déjà honoré ses engagements financiers. Cette situation a été révélée le 19 mars 2026, à l’issue d’un échange entre le ministre de l’Eau et de l’Énergie et les membres de l’Organisation interprofessionnelle des sociétés d’électricité et d’eau du Cameroun (Oriselec).
Face au ministre, les responsables d’Oriselec sont venus chercher des clarifications sur ce processus encore inachevé. Leur président, Bertrand Poh, rapporte que « nous voulions mieux comprendre le passage de Actis à l’État. Sur cette doléance, le ministre nous a dit qu’en ce moment, Actis a été entièrement payé et qu’ils attendent seulement les éléments de devises avec la Banque des États de l’Afrique centrale et les problèmes fiscaux pour que l’argent soit dans les comptes d’Actis et aussitôt que cela sera fait, l’équipe dirigeante d’Actis va partir ».
Dans les faits, le Trésor public a déjà déboursé 78 milliards de FCFA correspondant aux 51 % détenus par l’investisseur. L’État contrôle désormais 95 % du capital d’Eneo, les 5 % restants étant détenus par les employés. Le paiement est intervenu avant l’échéance contractuelle de mi-février, marquant l’aboutissement de discussions engagées depuis plus de deux ans entre Yaoundé et son partenaire financier.
Pourtant, cette avancée ne suffit pas à acter juridiquement la sortie d’Actis. Le blocage tient à des contraintes de nature technique. « Les transferts en devises, encadrés par la Banque des États de l’Afrique centrale, ainsi que des ajustements fiscaux liés à l’opération, retardent le versement effectif des fonds sur les comptes du vendeur. Tant que ces étapes ne sont pas finalisées, la transaction demeure incomplète sur le plan opérationnel, ce qui empêche toute prise de contrôle effective par les nouvelles équipes », souligne un expert.
Ce délai technique n’est pas sans conséquence pour les acteurs locaux. Les entreprises membres de l’Oriselec, qui interviennent dans la chaîne de valeur du secteur électrique, espéraient justement trouver auprès du ministre une réponse à leurs difficultés immédiates, notamment sur le paiement de leurs arriérés. Mais sur ce point, Gaston Eloundou Essomba a coupé court à toute attente de solution rapide. « Il a dit qu’actuellement les interlocuteurs en face ne peuvent pas se permettre de gérer ce genre de préoccupations. La nouvelle équipe avisera », a rapporté Bertrand Poh.
Une réponse qui confirme que tant que l’équipe dirigeante d’Actis est encore en place, les arbitrages structurants sur la gouvernance et la gestion financière d’Eneo restent en suspens. Dès la signature de l’accord de cession le 19 novembre dernier, les autorités avaient anticipé une transition progressive. Le ministre des Finances Louis Paul Motaze et le ministre de l’Eau et de l’Énergie Gaston Eloundou Essomba avaient alors présenté ce rachat comme une opération maîtrisée, garantissant la stabilité des contrats de travail et des acquis sociaux. Depuis, un comité interministériel pilote la transition. Mais la nouvelle architecture managériale n’a pas encore été rendue publique.
Dans l’attente du départ officiel d’Actis, le gouvernement prépare néanmoins le terrain. Le ministère de l’Énergie a déjà détaillé devant des chefs d’entreprise réunis à Douala un programme d’actions à court terme destiné à stabiliser les comptes d’Eneo. Le concessionnaire fait face à un endettement jugé contraignant et à des pertes commerciales estimées à plusieurs dizaines de milliards de francs CFA par an. Le plan prévoit des discussions avec les banques locales pour transformer les concours actuels en financements amortissables sur des maturités plus longues, une réduction des coûts d’exploitation et un effort accru de recouvrement auprès des entités publiques.







