C’est un projet qui a connu plusieurs reports. Initialement annoncé pour juillet 2025, le lancement de Kribi Port Industrial Zone (KPIZ), a été retardé par des négociations jugées complexes entre partenaires. Le marocain Tanger Med Special Agency (TMSA), par exemple qui devait initialement faire partie du projet, s’est retiré du consortium. Mais, finalement, la KPIZ, la société de projet chargée de développer la future zone industrielle intégrée adossée au port en eau profonde de Kribi a officiellement enfin vu le jour. La gestion du projet est confiée à un consortium regroupant le Port autonome de Kribi (PAK), Africa Global Logistics (AGL), Arise Integrated Industrial Platforms (Arise IIP) et Belmont Investments. Cette alliance structure le cadre opérationnel de la zone qui s’étend sur une réserve foncière de 4 000 hectares.
Le développement de cette zone industrielle repose sur un investissement total estimé à environ 521,5 milliards de FCFA. Le financement de la première phase, d’un montant de 262,4 milliards de FCFA, bénéficie du soutien de bailleurs de fonds internationaux tels que la Banque africaine de développement (BAD) et l’Union européenne, via le programme Global Gateway. La KPIZ, informe-t-on, a pour mission de favoriser la transformation locale des matières premières, afin de capter une plus grande valeur ajoutée avant exportation. Le projet cible plusieurs secteurs, notamment : l’agro-industrie pour le traitement des récoltes locales, la filière bois pour la production de produits finis, l’industrie des matériaux de construction, le pôle logistique pour le soutien aux flux régionaux. Sur son impact social, ce projet prévoit la création de 150 000 emplois directs et indirects.
Rééquilibrer la balance commerciale
L’infrastructure doit permettre de réduire la dépendance du pays aux importations, tout en diversifiant les revenus de l’État par l’augmentation des recettes fiscales et douanières. Le projet intervient dans un contexte de mutation du commerce international. L’accord entre l’Afrique et la Chine, prévoyant la suppression des droits de douane dès mai 2026 pour la quasi-totalité des pays africains, offre un débouché aux produits manufacturés dans la zone. En déplaçant le curseur de l’exportation de produits bruts vers des produits à haute valeur ajoutée, le Cameroun cherche à stabiliser sa balance commerciale. La KPIZ fait donc office de catalyseur pour intégrer les chaînes de valeur mondiales et renforcer l’autonomie stratégique de l’économie nationale face aux fluctuations des cours des matières premières. Ce projet s’inscrit dans la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30) et vise à transformer le port en eau profonde de Kribi en un pôle économique pour l’Afrique centrale.
Mis en service en 2018, le port de Kribi s’est progressivement imposé comme la principale plateforme maritime du pays et un point de transit stratégique pour des États enclavés d’Afrique centrale, notamment le Tchad et la République centrafricaine. Mais l’essentiel des flux qui y transitent reste constitué de matières premières exportées à l’état brut. Avec la KPIZ, les autorités entendent changer d’échelle : faire du port, un pôle de production industrielle, et non plus seulement un hub logistique. Entre 2018 et 2025, près de 400 milliards FCFA y ont déjà été investis par des entreprises industrielles actives dans des secteurs variés, comme le cacao, le ciment, la minoterie ou encore la logistique.
La zone industrielle du port de Kribi s’étend sur 4 000 hectares. Son développement se fera par phases, selon une approche fondée sur des clusters sectoriels : des zones spécifiques pour les industries lourdes et moyennes, les industries agroalimentaires, ainsi que des activités de recherche et développement. L’organisation vise à créer des synergies entre entreprises, optimiser les chaînes de valeur et encourager l’innovation.







