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Port de Douala : les formalités atteignent 180 000 FCFA par camion

D’après une l’enquête réalisée dans l’enceinte portuaire en 2024 par l’Observatoire régional des pratiques anormales, des paiements illicites et la dématérialisation incomplète réhaussent les coûts et les délais de passage des marchandises

Le port de Douala est invité à mettre en place des mécanismes de dénonciation des pratiques illicites (numéros verts, plateformes anonymes) ; renforcer les contrôles internes et la responsabilisation des agents de même qu’ accélérer la dématérialisation. Ce sont les principales recommandations d’une enquête réalisée dans l’enceinte portuaire pour évaluer l’efficacité des procédures de transit, d’importation, de dédouanement et d’enlèvement.

Ce travail mené par l’Observatoire régional des pratiques anormales (OPA) en 2024 a révélé que la dématérialisation est encore incomplète sur la place portuaire de Douala. « Bien que des plateformes numériques existent (GUCE, CAMCIS), leur adoption est partielle. Des procédures comme l’émission du Titre de transit ou la Lettre de Voiture Internationale (LVI) comportent encore des étapes physiques », commente l’étude. Ces contacts physiques entre les acteurs favorisent des paiements illicites décriés par environ 20 à 30 % des Commissionnaires Agrées en Douane interrogés à différentes étapes. Autre constat effectué par l’enquête est que les délais et les coûts restent élevés. Les délais pour la levée de caution, la pose de balises GPS, le traitement SGS, etc sont « majoritairement jugés supérieurs à la normale » selon cette enquête. La durée moyenne du processus de sortie portuaire se situe à 8 jours, le temps de séjour des camions dans le port à 3 jours en moyenne. Quant aux coûts, les formalités diverses peuvent parfois atteindre 180 000 FCFA par camion d’après l’enquête, avec des paiements élevés pour les pesages et GPS.

Ce travail a été réalisé dans le cadre du Programme d’appui à la gouvernance des infrastructures régionales et nationales en Afrique centrale (PAGIRN), financé par l’Union Européenne. Les principaux objectifs étaient d’identifier les blocages dans le processus de dédouanement et de transit ; évaluer la performance des institutions impliquées (Douanes, PAD, GUCE, RTC, etc.) ; recueillir les perceptions des Commissionnaires agréés en Douane et proposer des recommandations concrètes pour fluidifier le transit des marchandises. La même enquête a été effectuée au port de Kribi.

Jean-Yves Massouka, chef de la cellule Facilitation des échanges PAD

« Cette étude vise à réduire les actes de corruption présumés et des faux frais sur la place portuaire »

« Nous avons cru devoir apporter un accompagnement significatif à l’Observatoire des pratiques anormales sur les principaux corridors d’Afrique centrale, pour que non seulement il ait l’ensemble des informations à communiquer, mais également l’ensemble des instruments qui ont été mis à disposition pour faciliter et rendre davantage pertinent cette étude. La place portuaire de Douala-Bonabéri est en train de finaliser son système d’informations portuaires, qui va permettre effectivement de capter l’ensemble des informations, que ce soit des armateurs, que ce soit des consignataires ou aconiers pour que ces informations soient circonscrites dans un module unique et à la disposition des autres parties prenantes. Donc le système d’informations portuaires sera totalement opérationnel d’ici le mois de septembre de l’année 2026 courant, et il y aura donc une dématérialisation totale et effective de la plateforme portuaire de Douala-Bonabéri. N’étant pas dans un environnement idéal et exempt de tout dysfonctionnement, il y a souvent des actes de corruption présumés et des faux frais, comme cela s’entend souvent dans le jargon de facilitation des échanges qui sont identifiés dans la place portuaire de Douala-Bonabéri et dans les autres places portuaires. C’est la raison même de l’opportunité de cette importante étude qui vise effectivement à réduire à sa portion la plus congrue ces dysfonctionnements et de sorte que la plateforme portuaire de Douala-Bonabéri soit la plus fluide et la plus linéaire possible en termes d’importation, d’exploitation et de transit, de cargaison et de marchandise. »
Albert ETOUNDI, pdt du Syndicat National des transitaires, acconiers et consignataires

« Si tout est dématérialisé, on aura trouvé les solutions à tous les problèmes »

« Ce sont des pratiques qui sont initiées par les différents opérateurs avec lesquels le commissionnaire en douane est en contact. À savoir, la douane, les forces de police, vous avez également des contrôles routiers. Au niveau des commissionnaires en douane, nous avons beaucoup de problèmes. Il y a des problèmes de travail extra-légal qui surgissent à chaque coup. Lorsqu’on veut sortir une marchandise, il faut payer ceci, il faut payer cela. Nous avons effectivement des problèmes au niveau des formalités. Mais la loi des finances de 2024, a autorisé que les déclarations d’importation ne soient faites que par les seuls commissionnaires en douane agréés. C’est déjà une avancée. Les marchandises ne vont plus attendre longtemps pour faire une déclaration à la douane avant de la valider. Et ensuite, tout est en train d’être mis en œuvre par le processus de dématérialisation des procédures. Vous savez, quand on dématérialise, la dématérialisation enlève le contact physique. On ne peut plus voir celui qui est en train de traiter votre dossier. On introduit un dossier à la douane, on attend le dossier à la sortie, c’est-à-dire pour avoir un bon de sortie de mise sur camion et que le camion s’en aille vers le corridor. Donc si tout est dématérialisé, je crois qu’on aura trouvé les solutions à tous les problèmes qui se posent. »
Pierre Guillaume BOUM BISSAI, représentant Cemac

« Sur recommandation de l’observatoire, la Cemac a déjà crée la Brigade Mixte Cemac »

« L’Observatoire des Pratiques Anormales est né de la nécessité de disposer d’indicateurs objectifs pour alimenter les politiques communautaires visant à renforcer la fluidité des échanges économiques et consolider notre intégration sous-régionale. Il s’inscrit dans le cadre de la démarche communautaire, décidée par les Chefs d’Etat, visant à donner corps à une véritable libre circulation des biens et des personnes à travers l’interconnexion des infrastructures de transport, l’intégration physique, et la fluidification des échanges. Sur la base des recommandations de l’observatoire, la Cemac a d’ores et déjà crée la Brigade Mixte Cemac, en cours d’opérationnalisation dans les Etats-membres, et sur laquelle nous fondons beaucoup d’espoirs. Cette avancée est un produit concret du travail de l’OPA. De la même manière, avec l’appui de nos partenaires de l’Union européenne, nous travaillons déjà sur la mise en place d’un Observatoire Régional des Transports (ORT) et d’une gestion optimisée des corridors, dans le cadre de partenariat public-privé. »

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