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L’Intelligence Artificielle : un enjeu de souveraineté économique pour le Cameroun

Alors que le marché mondial de l’IA progresse à un rythme sans précédent, le Cameroun tente de clarifier sa stratégie. Réunis à Yaoundé, des responsables publics ont examiné les implications économiques, sociales et budgétaires d’une technologie appelée à transformer un emploi sur quatre en Afrique. Au-delà de la modernisation administrative, c’est une question de souveraineté économique qui se profile.

À Yaoundé, les responsables d’administrations publiques ont pris part, les 17 et 18 février 2026, à un atelier consacré aux enjeux de l’intelligence artificielle au Cameroun, organisé par le ministère des Postes et Télécommunications (Minpostel). Dès l’ouverture des travaux, le ton a été donné par Jean Jacques Essome Bell, expert en data science et en intelligence artificielle.

Celui-ci a rappelé que l’IA n’est plus une projection futuriste mais une réalité déjà intégrée dans les usages. Portée par un marché en forte expansion, elle apparaît comme un levier de croissance, tout en soulevant de nouveaux risques. Le défi pour le Cameroun ne saurait être réduit à une simple modernisation administrative. C’est une place dans la chaîne de valeur d’un secteur appelé à reconfigurer l’économie mondiale qui est en jeu. « L’IA effectivement ce n’est plus une promesse futuriste. C’est une réalité déjà présente », affirme Jean Jacques, fondateur du Groupe Intelligence Action.

Dans les faits, le marché mondial de l’intelligence artificielle représente environ 300 milliards de dollars aujourd’hui. Il pourrait dépasser 700 milliards en 2030. Le taux de croissance annuel moyen annoncé sur les cinq prochaines années atteint 26%, un niveau sans comparaison avec les secteurs traditionnels dont la progression oscille généralement entre 3 et 7%.

Les économistes de la Banque mondiale estiment que l’IA pourrait ajouter 10% au PIB mondial d’ici 2040. L’innovation alimente le chiffre d’affaires et le chiffre d’affaires finance l’innovation. Chaque nouvelle génération de modèles renforce cette dynamique. Pour le consultant, il ne s’agit plus de débattre de la définition de l’outil. « On n’est plus dans le qu’est-ce que c’est. En 2026 les prio rités sont d’un autre ordre. »

LE CAMEROUN FACE À L’ÉCONOMIE POLITIQUE DE L’ALGORITHME

Au Cameroun, l’IA est déjà présente dans l’écosystème entrepreneurial. Des start-ups développent des solutions à Douala, à Yaoundé et à Buea. Les enseignants, les étudiants et les professionnels utilisent des outils d’IA au quotidien. « Le grand public utilise déjà l’intelligence artificielle. Mais ça c’est une vision statique », prévient l’expert. L’enjeu devient stratégique lorsque l’on examine la maturité institutionnelle.

En 2023, seuls quatre pays africains disposaient d’une stratégie nationale d’intelligence artificielle formalisée, dont le Rwanda et le Sénégal. Fin 2025, environ seize pays ont adopté un cadre stratégique. Le Cameroun figure désormais dans ce groupe. Sur l’indice synthétique de maturité en IA qui agrège plusieurs classements internationaux, le pays se situe dans la catégorie des suiveurs, en 16e position sur le continent, avec un score estimé à 38%. La question n’est donc plus uniquement technologique.

Elle est économique et politique. Produire des données locales. Former des compétences spécialisées. Intégrer l’IA dans les administrations publiques. Sécuriser les usages face à l’explosion des deepfakes dont le nombre est passé de 500 000 en 2023 à 8 millions en 2025. « Sans régulation, l’IA peut devenir une menace plutôt qu’un outil d’innovation », rappelle-t-il en citant le dirigeant de Google.

L’AFRIQUE PROGRESSE MAIS RESTE EN MARGE

À l’échelle africaine, le marché demeure modeste. Environ 6 milliards de dollars aujourd’hui. Les projections évoquent 16 milliards en 2030. Le continent affiche pourtant la croissance annuelle moyenne la plus élevée au monde avec 30 %. Mais la part africaine dans le chiffre d’affaires mondial reste limitée à 1,9%. Elle pourrait atteindre 2,3% en 2030 si la tendance se confirme.

 Autre indicateur préoccupant. Moins de 5% des données utilisées pour entraîner les algorithmes dans le monde proviennent d’Afrique. Or les données constituent la matière première des systèmes d’apprentissage profond. Jean Jacques Essome Bell illustre cette carence par un exemple agricole. En cherchant à analyser le rendement des sols dans certaines localités camerounaises, les modèles disposent de peu d’informations pertinentes. Les bases de données locales restent insuffisantes pour nourrir des systèmes performants. Le risque est structurel.

Sans production de données locales, le continent consomme des solutions conçues ailleurs et entraînées sur d’autres réalités. Consommateur ou producteur de valeur Un emploi sur quatre en Afrique pourrait être impacté par l’IA selon les projections évoquées lors de l’atelier. Certains métiers seront transformés, d’autres spécialisés. Des niches apparaissent déjà dans l’IA appliquée aux télécommunications, aux finances ou aux administrations publiques.

 La dynamique mondiale impose un choix. Rester utilisateur de solutions développées à l’étranger ou construire une capacité nationale de production de valeur dans une industrie en croissance rapide. Dans un marché appelé à dépasser 700 milliards de dollars d’ici 2030, la marginalisation ne serait pas seulement technologique. Elle serait budgétaire, industrielle et stratégique.

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