Pour 2026, « nous avons reçu des instructions du gouverneur pour mettre un accent important sur tous nos programmes de financement au Cameroun : les jeunes, les femmes et la création d’emplois », a déclaré Léandre Bassole, directeur général de la BAD pour la région Afrique centrale. Cette orientation s’inscrit dans la ligne des priorités fixées par le chef de l’État, Paul Biya, face à une dynamique démographique marquée par une population majoritairement jeune et une forte demande d’insertion économique.
Le Cameroun occupe une place centrale dans les opérations de la BAD en Afrique centrale. Selon Léandre Bassole, le pays dispose du portefeuille le plus important de la région, estimé à environ 2,5 milliards de dollars. Ce portefeuille regroupe des projets en cours dans les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, l’éducation ou encore le développement social. « Nous avons échangé avec le ministre et ses équipes sur les défis que nous rencontrons et sur les options de solutions pour accélérer la cadence de mise en œuvre », a-t-il précisé, faisant référence aux lenteurs administratives et aux contraintes opérationnelles qui affectent souvent l’exécution des projets financés par les bailleurs.
L’orientation vers l’emploi se matérialise déjà dans certains financements récents. Le 20 mai 2025, à Abidjan, la BAD a approuvé un prêt de 136 millions d’euros, soit environ 89,2 milliards de FCFA, pour le projet de Capacités et compétences pour l’employabilité et l’entrepreneuriat (CAP2E) dans la région de l’Extrême-Nord. D’une durée de cinq ans (2025-2029), ce programme vise à améliorer l’employabilité des jeunes, à soutenir l’entrepreneuriat — notamment féminin — et à moderniser des infrastructures éducatives et sociales.
Dans une région où le taux de pauvreté atteint 74 %, CAP2E entend également renforcer la résilience économique et climatique. Le financement combine des ressources du guichet ordinaire de la BAD, à hauteur de 85,3 milliards de FCFA, et du Fonds africain de développement, son guichet concessionnel destiné aux pays à faible revenu, pour un montant de 3,8 milliards de FCFA. Le projet sera déployé dans les six départements de l’Extrême-Nord selon une approche intégrée, associant formation, accompagnement entrepreneurial et équipements collectifs.
Au-delà de l’emploi, la BAD intervient aussi sur le financement du commerce, un levier indirect mais déterminant pour l’activité économique. Le 1er décembre 2025, le Conseil d’administration du Groupe de la Banque a approuvé une facilité de plus de 16 milliards de FCFA en faveur de Crédit communautaire d’Afrique-Bank. Ce mécanisme vise à améliorer l’accès des entreprises, en particulier des PME, aux instruments de financement du commerce extérieur. Concrètement, ces garanties sécurisent les opérations comme les lettres de crédit, facilitant les importations d’équipements pour l’industrie, l’agro-industrie et les télécommunications.
Les infrastructures lourdes restent un autre pilier de l’intervention de la BAD au Cameroun, avec des effets attendus sur l’emploi et l’intégration régionale. Selon le ministre des Travaux publics,Emmanuel Nganou Djoumessi, l’institution vient de débloquer 182 milliards de FCFA (environ 317 millions de dollars) pour la reconstruction de la route Ngaoundéré-Garoua, longue de 278 kilomètres. Cet axe stratégique s’inscrit dans le corridor économique Douala-Ndjamena, reliant le Cameroun au Tchad et facilitant les échanges commerciaux en Afrique centrale.







