L’annonce figure dans la circulaire relative à l’exécution du budget, signée le 31 décembre 2025 par le ministre des Finances, Louis Paul Motazé. Le dispositif distingue deux catégories d’opérateurs. Les entreprises titulaires d’un titre d’exploitation bénéficient d’une réduction de 25 %, tandis que celles disposant d’une certification de gestion durable obtiennent un abattement porté à 35 %. Selon le ministère des Finances, l’objectif est d’encourager des pratiques forestières conformes aux standards environnementaux.
Un secteur marqué par des pertes structurelles de recettes
Cette mesure intervient dans un contexte de fortes fragilités fiscales. L’Agence nationale d’investigations financières (ANIF) rappelle, dans un rapport publié en 2021, que l’exploitation forestière et faunique illégale génère un manque à gagner annuel estimé à près de 33 milliards de FCFA pour l’État camerounais. Ce chiffre est mentionné dans une correspondance de mars 2019 du ministre de l’Administration territoriale appelant à des poursuites disciplinaires et pénales.
Cependant, selon plusieurs organisations non gouvernementales, l’exploitation clandestine ne constitue pas la principale source de pertes. Des pratiques opérées par des acteurs légalement installés pèseraient davantage sur les finances publiques, notamment la sous-déclaration des volumes de bois produits et exportés. En minorant les quantités, certains exploitants réduisent artificiellement leur chiffre d’affaires déclaré et, par ricochet, leurs obligations fiscales.
Le cas vietnamien, révélateur des failles
Un rapport conjoint publié en 2020 par l’Environmental Investigation Agency (EIA) et le Centre pour l’environnement et le développement (CED) documente ces mécanismes. Entre 2014 et 2017, les écarts de déclaration sur les exportations de bois camerounais vers le Vietnam auraient entraîné une perte de plus de 170 milliards de FCFA pour le Trésor public.
Le document établit un différentiel de 308 millions de dollars américains entre les montants déclarés par les exportateurs camerounais et ceux enregistrés par les importateurs vietnamiens sur la même période. Il décrit également des transactions financières souvent réalisées en espèces, reposant sur des déclarations erronées, et évoque des pratiques allant de l’évasion fiscale à la violation des règles d’exportation.
Incitation ou renoncement fiscal ?
Pour les analystes budgétaires, la question centrale demeure l’efficacité réelle de l’abattement sur la RFA. Dans un secteur où les pertes documentées dépassent largement 170 milliards de FCFA sur quelques années, la réduction d’un prélèvement direct pose la question d’un possible affaiblissement des recettes publiques. D’autant que les principaux gisements de fraude relèvent moins de l’exploitation « sauvage » que de stratégies de contournement opérées au sein même du secteur formel.







