Au Palais des Congrès de Yaoundé, les discussions ne se limitaient pas aux salles de négociation. En parallèle de la 14e Conférence ministérielle de l’OMC, l’Agence de promotion des investissements a déployé un dispositif d’échanges économiques destiné à impliquer davantage le secteur privé dans les enjeux du commerce international.
À cet effet, une série de rencontres a été organisée dès le 26 mars 2026 sous la bannière Cameroon Business Exchange. Ces événements s’inscrivent dans une stratégie plus large portée par le comité national d’organisation, qui a confié à plusieurs institutions la mission d’animer des espaces de dialogue entre décideurs publics, entreprises et investisseurs.
L’enjeu était d’exposer les petites et moyennes entreprises aux mécanismes du commerce multilatéral, tout en les informant sur les opportunités d’accès aux marchés dans un environnement économique en mutation.
L’une des premières conférences s’est articulée autour du thème : « Produire, consommer, exporter : enjeux et perspective du Made in Cameroon ». Autour de la table, plusieurs profils issus du monde académique et entrepreneurial ont croisé leurs analyses, notamment Dr Jules Gérard Ema’a Mofa, Philippe Moudio et Ngwi Favor Njikta.
Mais c’est l’intervention de Dr Mathieu Juliot Mpabe Bodjongo, enseignant-chercheur et cadre au ministère du Commerce, qui a structuré le débat sur le plan économique. Il a d’abord posé le diagnostic de la balance commerciale du Cameroun et de son positionnement régional. « Il fallait déjà édifier les participants sur la structure de la balance commerciale du Cameroun », a-t-il expliqué.
Selon lui, le pays affiche un excédent commercial vis-à-vis de l’Afrique centrale et de l’Afrique de l’Ouest, tout en restant légèrement déficitaire à l’échelle du continent. Une configuration qui traduit l’existence d’un tissu productif réel, mais encore en phase de consolidation.
Dans cette perspective, il a mis en avant deux leviers d’action. D’un côté, la politique d’import substitution, de l’autre, la promotion des exportations. L’enjeu consiste à mieux exploiter les opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine. Cet espace représente déjà 1,3 milliard de consommateurs et pourrait atteindre 2,5 milliards à l’horizon 2050.
L’analyse a également intégré d’autres débouchés commerciaux. L’Union européenne et le Royaume-Uni ont été cités comme des marchés structurants. Au total, le Cameroun peut théoriquement accéder à près de 1,8 milliard de consommateurs. Un potentiel que l’intervenant invite les entreprises locales à mieux capter.
Au-delà de l’ouverture, la question de la régulation a été posée. Dr Mpabe Bodjongo a insisté sur la nécessité de protéger le marché local contre les pratiques de concurrence jugées déloyales. Pour lui, la compétitivité passe autant par la conquête des marchés extérieurs que par la sécurisation de la production nationale.
Cette lecture a été prolongée lors d’une seconde conférence organisée dans le même cadre. Les échanges ont porté sur la compétitivité des chaînes de valeur, mettant en lumière les contraintes structurelles qui freinent encore la transformation locale et l’industrialisation.
À travers ces rencontres, l’API cherche à repositionner son secteur privé au cœur de la stratégie nationale commerciale, en l’arrimant aux dynamiques du commerce mondial et aux exigences d’un environnement économique de plus en plus intégré.







