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Finances publiques : quand le coût des prêts d’infrastructures étouffe le budget de l’État

Le financement extérieur des grandes infrastructures a profondément fragilisé les équilibres budgétaires du Cameroun. Selon les données officielles du ministère de l’Économie et de la Planification, la montée en puissance d’une dette plus chère, plus courte et plus exposée au risque de change pèse désormais lourdement sur les marges de l’État.

Les chiffres contenus dans l’annexe à la loi de finances 2026 consacrée à l’évolution des grands projets d’investissement, publiée par le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire, montrent que 7 579 milliards de FCFA ont été mobilisés pour financer les grands projets d’infrastructures. Les transports concentrent la part la plus importante avec 3 580 milliards de FCFA, suivis de l’énergie à hauteur de 2 068 milliards. L’eau a absorbé 779 milliards, le développement urbain 399 milliards, l’habitat 272 milliards et les technologies de l’information et de la communication 480 milliards, selon ce document officiel.

Mais cette ambition a un revers budgétaire de plus en plus visible. Toujours d’après la même source gouvernementale, le service de la dette publique extérieure, qui s’établissait à 293 milliards de FCFA en 2020, a presque triplé pour atteindre 824 milliards de FCFA en 2024. Cette charge est aujourd’hui dominée par les dettes bilatérales hors Club de Paris qui représentent 40 %, devant les créanciers multilatéraux à 22 %, les bilatéraux du Club de Paris à 21 % et les créanciers commerciaux à 18 %.

Sur l’ensemble de la période récente, l’État camerounais a déboursé environ 2 600 milliards de FCFA en principal et intérêts pour honorer sa dette extérieure, selon l’annexe à la loi de finances 2026 du Minepat. Un effort financier considérable « qui a réduit les marges de manœuvre budgétaires et accentué les tensions sur les ratios de soutenabilité de la dette ».

 RENFORCEMENT DU COÛT DE LA DETTE

Les données officielles indiquent qu’entre 2010 et 2020, le taux d’intérêt moyen pondéré est passé de 1,03 pour cent à 3,58 pour cent. Une hausse qui, selon l’analyse du ministère de l’Économie, « alimente un écart défavorable entre le taux d’intérêt réel et la croissance économique, contribuant à une augmentation rapide du ratio dette sur produit intérieur brut et à une fragilisation de la soutenabilité à long terme ».

À ce renchérissement s’ajoute un risque de refinancement de plus en plus marqué. Toujours selon les chiffres du Minepat, l’échéance moyenne de remboursement est passée de 36 ans en 2010 à 19,5 ans en 2020. « Cette contraction des maturités complique la gestion de trésorerie de l’État et accroît le risque d’accumulation d’arriérés, voire de défaut de paiement vis-à-vis des créanciers », souligne le Minepat.

La vulnérabilité de la dette est également accentuée par l’exposition au risque de change. Le ministère de l’Économie relève que les variations défavorables du taux de change face au dollar ont entraîné une hausse de 420 milliards de FCFA de l’encours de la dette publique entre juin 2021 et juin 2022. Une dynamique qui renchérit mécaniquement le service de la dette libellée en devises étrangères.

Ces facteurs combinés ont pesé sur les indicateurs macroéconomiques. Selon l’annexe à la loi de finances 2026, le ratio dette extérieure sur PIB est passé de 21,8% en 2015 à 26 % en 2025, portant le ratio global dette sur PIB à environ 40 %. Dans le même temps, le risque de surendettement du Cameroun est passé de modéré à élevé depuis 2017, d’après l’évaluation officielle reprise dans le document budgétaire.

 DES CRÉANCIERS GOURMANDS

 Le financement des infrastructures a reposé sur 3 410 milliards de FCFA mobilisés auprès des bailleurs multilatéraux, 625 milliards auprès des pays du Club de Paris, 2 621 milliards auprès des créanciers bilatéraux hors Club de Paris et 864 milliards auprès des créanciers commerciaux, d’après l’annexe à la loi de finances 2026. Les financements multilatéraux, historiquement concessionnels, ont perdu en attractivité depuis que le Cameroun est passé en 2015 au statut de pays à financement mixte auprès de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement.

Le document du Minepat souligne que cette évolution a réduit l’accès aux ressources à faible coût des guichets IDA et FAD, au profit de prêts aux conditions plus onéreuses. Le recul progressif des créanciers du Club de Paris s’explique, selon l’analyse officielle, par la montée en puissance des bailleurs émergents et par la stratégie de diversification du portefeuille de dette. Dans ce contexte, les créanciers bilatéraux hors Club de Paris, au premier rang desquels la Chine, ont pris une place centrale.

L’État camerounais a contracté environ 2 523 milliards de FCFA auprès de l’EximBank of China entre 2010 et 2025, mêlant prêts semi concessionnels et financements commerciaux, faisant de Pékin le principal créancier extérieur du pays, selon les données du ministère. Enfin, le recours aux créanciers commerciaux s’est intensifié à partir de 2015 et surtout entre 2017 et 2024. Ces financements, caractérisés par des taux élevés et des maturités courtes, ont permis de boucler le financement des infrastructures mais au prix d’une pression accrue sur le service de la dette, comme le souligne l’annexe à la loi de finances 2026.

 Au fil des années, l’endettement a ainsi changé de visage. Plus coûteux, plus risqué et moins flexible, il pèse désormais lourdement sur les finances publiques camerounaises.

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