Réunis le 6 février 2026 à Yaoundé, les responsables des services centraux et déconcentré du ministère des Finances ont mis en lumière une faiblesse persistante de l’exécution des dépenses publiques au Cameroun. Les informations présentées par la direction de la Trésorerie au ministère des Finances montrent un allongement continu des délais de paiement sur trois exercices successifs. Ils tournaient autour de 120 jours en 2023, ont atteint 160 jours en 2024, puis ont dépassé 200 jours en 2025, selon les données du ministère des Finances.
Pour l’administration financière, cette dérive s’explique par une désynchronisation entre engagements et disponibilités de trésorerie. Les marchés publics sont fréquemment conclus tardivement et une part importante des engagements se concentre en fin d’année, alors que les ressources n’évoluent pas au même rythme. En 2023, plus de 30 % des dépenses ont été engagées durant les derniers mois de l’exercice, d’après les chiffres du ministère.
Sur 3 531 milliards de FCFA payés cette année-là, 1 338 milliards ont été décaissés en décembre, soit près de 38 %. La même configuration apparaît en 2025. Sur 3 486 milliards de FCFA réglés entre janvier et décembre, 1 305 milliards ont été versés en fin d’exercice, environ 37 % du total, toujours selon les données du ministère des Finances. « Lorsque quatre paiements sur dix sont concentrés sur un seul mois, la trésorerie ne parvient pas à absorber le choc. Les fournisseurs attendent, certaines factures basculent sur l’exercice suivant et les retards se transforment en restes à payer. Ces charges héritées réduisent, dès janvier, la capacité à financer de nouvelles dépenses », indique le ministère des Finances.
Cette mécanique contribue à entretenir un niveau élevé d’arriérés. La Chambre des comptes de la Cour suprême a évalué le stock à 926,49 milliards de FCFA au 31 décembre 2024. Il a été ramené à 485,4 milliards à fin septembre 2025, selon des données communiquées par la Caisse autonome d’amortissement, qui précise que ces estimations restent provisoires et doivent être consolidées par le Trésor public.
Les conséquences dépassent la sphère administrative. Les retards fragilisent la trésorerie des entreprises prestataires, en particulier les PME, qui doivent absorber des coûts financiers supplémentaires et différer certains investissements. Sur le plan macroéconomique, ces tensions nourrissent l’appréciation du risque souverain et influencent les analyses des agences de notation, dans un contexte international marqué par des conditions de financement plus strictes.







