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Finances publiques : le FMI salue la stabilité budgétaire du Cameroun, mais appelle à des arbitrages

Le Fonds monétaire international (FMI) et le gouvernement camerounais ont ouvert le 2 février 2026 au ministère de l'économie à Yaoundé une mission de revue de la situation économique. Au-delà du satisfecit sur la viabilité budgétaire et la relance de la croissance, ces discussions visent à arbitrer entre une certaine austérité et l'augmentation des dépenses sociales et d'investissement comme prévu dans la SND30.

Au sortir d’une séance de travail avec Alamine Ousmane Mey, ministre de l’Économie, Christine Dieterich, cheffe de la délégation du FMI, a posé les termes d’un dialogue qu’elle présente comme technique et pragmatique. « Nous avons tenu notre première réunion entre la mission du FMI et le ministère de l’Économie. Le ministre et moi avons eu des échanges très utiles et très fructueux, centrés sur les principales questions sur lesquelles nous devrons nous concentrer au cours de cette mission », at-elle indiqué, précisant que la mission s’inscrit dans le cadre de consultations macroéconomiques générales avec le gouvernement.

Pour l’institution de Bretton Woods, l’un des points saillants du diagnostic porte sur la situation des finances publiques. « Le ministre et l’équipe du FMI sont convenus que l’un des principaux acquis de la politique menée par le Cameroun est la stabilité de sa position budgétaire », a souligné Christine Dieterich, rappelant que cette stabilité joue également un rôle important pour l’ensemble de la sous-région CEMAC, où le Cameroun demeure un acteur économique central. Cette stabilité, qui renvoie à la capacité de l’État à maîtriser son déficit et son endettement, n’épuise toutefois pas les défis.

 La cheffe de mission insiste sur la nécessité d’arbitrages plus fins. « Pour la suite, il sera essentiel de trouver le juste équilibre entre les besoins du pays, les besoins sociaux, qui ont également été soulignés par le chef de l’État, ainsi que les importants besoins en infrastructures », at-elle déclaré. Derrière ces termes, il s’agit de concilier des dépenses sociales destinées à soutenir les populations et des investissements lourds, notamment dans les routes, l’énergie ou les télécommunications, sans fragiliser les équilibres budgétaires.

Christine Dieterich, cheffe de la délégation du FMI en mission au Cameroun

POURSUIVRE UNE POLITIQUE BUDGÉTAIRE STABLE ET SOUTENABLE

La mission a d’ailleurs consacré deux journées à Douala à des échanges avec le secteur privé. « Nous avons passé deux jours à Douala à échanger avec le secteur privé, notamment dans les domaines de l’énergie et des télécommunications », a expliqué Christine Dieterich. Selon elle, « les besoins en investissements sont considérables afin de libérer l’énorme potentiel du Cameroun ». Le message est clair. La croissance future dépendra en grande partie de la capacité à mobiliser des capitaux, publics comme privés, dans des secteurs productifs.

Dans ce cadre, le FMI insiste sur le fait « de concilier les besoins d’investissement et les besoins sociaux avec la nécessité de poursuivre une politique budgétaire stable et soutenable », a-t-elle précisé. Et de poursuivre : « audelà de la stabilité, qui constitue un préalable, le renforcement de la croissance, au service du bien-être et de l’emploi, est véritablement ce dont le Cameroun a besoin pour l’avenir », a conclu la cheffe de mission.

 Sur le plan opérationnel, la mission du FMI, présente à Yaoundé depuis le début de la semaine, a notamment entamé une série de rencontres institutionnelles. Le 2 février 2026, les échanges ont débuté par une séance de travail au Minepat, autour de l’évolution récente de l’économie, des perspectives de croissance à moyen terme, de la mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 et de la politique budgétaire, y compris la stratégie d’endettement.

La délégation s’est ensuite entretenue au ministère des Finances le même jour avec le Comité technique de suivi (CTS), une instance chargée d’assurer le lien entre les administrations et le FMI. Les discussions ont porté sur les objectifs de la mission, les données demandées aux administrations et la validation du calendrier des réunions sectorielles. Plusieurs administrations financières, fiscales et statistiques y ont pris part, aux côtés de représentants d’institutions régionales.

 REVUE DES PRÉVISIONS DE RECETTES FISCALES ET NON FISCALES POUR 2025-2028

Un autre temps fort a concerné la Banque des États de l’Afrique centrale. Les échanges avec la direction nationale ont porté sur les agrégats macroéconomiques et monétaires, c’est-à-dire les grands indicateurs comme la masse monétaire ou l’inflation, ainsi que sur les réserves de change, le financement de l’économie et le fonctionnement du marché régional des titres publics. Ces éléments sont étroitement liés à la stratégie d’endettement à moyen terme de l’État.

 La mission a également conduit une réunion technique approfondie sur le secteur budgétaire. Les travaux ont examiné les projections de recettes fiscales et non fiscales pour la période 2025-2028, l’évolution des dépenses publiques et du déficit, ainsi que la situation des dépenses exécutées selon des procédures exceptionnelles. Les discussions ont aussi porté sur les projections trimestrielles des dépenses en 2026 et sur l’audit des arriérés intérieurs, ces dettes accumulées par l’État et ses démembrements vis-à-vis des entreprises et fournisseurs.

 En parallèle des échanges avec les pouvoirs publics, le FMI a rencontré les représentants du secteur privé. Le jeudi 29 janvier, la mission a été reçue au siège du Groupement des entreprises du Cameroun Gecam par sa directrice exécutive, Aline Valérie Mbono. Les discussions ont porté sur le climat des affaires et les obstacles à la relance de l’investissement.

 Les chefs d’entreprise ont évoqué l’impact des crises récentes, la nécessité d’une révision du code fiscal et d’une rationalisation de la parafiscalité, ainsi que l’importance des infrastructures et d’un dialogue public-privé plus effectif. La question de l’adéquation entre formation et besoins du marché du travail a également été soulevée.

Ces différentes séquences s’inscrivent dans le dialogue régulier entre le Cameroun et le FMI. L’objectif affiché est d’apprécier la soutenabilité des finances publiques, la cohérence des projections macroéconomiques et l’avancement des réformes budgétaires. Pour les autorités comme pour le FMI, l’enjeu dépasse le simple respect des équilibres comptables. Il s’agit de créer les conditions d’une croissance plus forte et plus inclusive, capable de soutenir l’emploi et de répondre aux attentes sociales, sans compromettre la stabilité financière du pays.

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