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Eau et assainissement : l’Afrique doit mobiliser 22 000 milliards FCFA par an

À Yaoundé, du 9 au 13 février 2026, le 23ᵉ congrès de l’Association africaine de l’eau et de l’assainissement a révélé l’ampleur du défi. Plus de 400 millions d’Africains n’ont pas accès à l’eau potable et près de 700 millions vivent sans assainissement. Dans un contexte marqué par une démographie galopante et des budgets limités, le secteur réclame plus de 22 000 milliards FCFA, soit 40 milliards de dollars d’investissements annuels.

Le diagnostic posé dès l’ouverture du 23e congrès de l’Association africaine de l’eau et de l’assainissement, le lundi 9 février dernier, est lourd. Plus de 400 millions d’Africains n’ont pas accès à une eau potable sécurisée. Environ 700 millions sont privés de services d’assainissement adéquats. Les besoins annuels d’investissement sont estimés à plus de 40 milliards USD.

 C’est le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, représentant personnel du chef de l’État qui préside la cérémonie d’ouverture de cette rencontre continentale. À ses côtés figurait notamment Cheikh Tidiane Dieye, ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement du Sénégal et président du Conseil des ministres africains de l’eau.

Pour Olivier Gosso, directeur exécutif de l’AAEA, la question dépasse le seul cadre technique. « À travers le monde, et plus encore en Afrique, la question de l’eau et de l’assainissement est devenue un marqueur du développement, un révélateur des capacités institutionnelles et un test de la solidarité collective. Il est donc de la plus grande importance d’élaborer des stratégies communes appropriées en vue d’améliorer efficacement le service public de l’eau et l’assainissement en Afrique. » 

SOUTENABILITÉ BUDGÉTAIRE ET PERFORMANCE DES UTILITIES 

Face à l’ampleur du déficit, la question de la soutenabilité financière s’impose. Les États africains évoluent dans un environnement budgétaire contraint, marqué par la pression de la dette et des arbitrages sociaux exigeants. Dans ce contexte, le ministre Gaston Eloundou Essomba, a insisté sur la nécessité de transformer les engagements politiques en instruments opérationnels. 

« Ce qui est attendu aujourd’hui, c’est une convergence des volontés, une mobilisation durable et une traduction concrète des engagements pris. Il s’agit de renforcer les institutions, d’améliorer la performance des opérateurs, de garantir la transparence et de mobiliser des financements adaptés. Il s’agit également de promouvoir des partenariats équilibrés, fondés sur la confiance, la responsabilité et l’efficacité.» La question de la performance des utilities revient de manière récurrente dans les échanges. Gouvernance, pertes techniques et commerciales, qualité de la tarification et crédibilité financière conditionnent la capacité du secteur à attirer des capitaux. 

Blaise Moussa, président en exercice de l’AAEA et directeur général de la Cameroon Water Utilities Corporation, replace le débat dans une perspective de droits fondamentaux. « L’accès à l’eau potable et à des services d’assainissement adéquats relève de droits fondamentaux, indissociables de la dignité humaine. Leur effectivité requiert des décisions courageuses, des politiques publiques cohérentes et une mobilisation collective soutenue, d’autant plus impérative que l’Afrique connaît une croissance démographique rapide et une urbanisation accélérée. »

 Pour lui, Yaoundé 2026 doit marquer un tournant. « L’Afrique ne peut plus subir son destin hydrique, elle doit désormais le maîtriser, l’anticiper et le gouverner. C’est dans cet esprit que nous souhaitons faire de Yaoundé 2026 un moment fondateur, un véritable point de bascule, marquant l’ouverture d’une nouvelle ère pour l’AAEA et, au-delà, pour l’ensemble du secteur de l’eau et de l’assainissement en Afrique. » 

RÔLE DES BAILLEURS ET BANCABILITÉ DES PROJETS

 Le positionnement des partenaires financiers constitue un autre levier central de l’équation des 40 milliards USD. Michera Chrirwa, directeur du département Eau et Assainissement à la Banque africaine de développement, situe le congrès dans un calendrier stratégique. « Ce congrès intervient à un moment crucial où l’Afrique intensifie ses efforts pour accélérer l’accès aux services d’eau et d’assainissement, renforcer la résilience climatique et réaffirmer son engagement en faveur des objectifs de développement du continent.»

 Il souligne que l’année 2026 sera déterminante. « Alors que nous nous préparons au Sommet des chefs d’État de l’Union africaine, prévu plus tard cette semaine, au cours duquel l’eau sera désignée comme thème pour 2026, il était impératif pour nous, à la Banque africaine de développement, de commencer par l’un des aspects les plus stratégiques du secteur de l’eau, les services publics d’eau et d’assainissement représentés ici, ainsi que les institutions affiliées, y compris les autorités de régulation. » Selon le représentant de la BAD, « l’année 2026 s’annonce comme un moment décisif pour le secteur de l’eau en Afrique. 

Elle a été proclamée par l’Union africaine comme l’année de l’eau et marquera également le lancement officiel de la nouvelle Vision et Politique africaine de l’eau 2063, un cadre prospectif visant à améliorer durablement l’accès à l’eau et à l’assainissement grâce à un système de soutien renforcé aux prestataires de services. » Au-delà des annonces, la question reste celle de la capacité d’absorption des financements. Maturité technique des projets, structuration financière, bancabilité et partenariats public-privé conditionnent l’accès effectif aux ressources concessionnelles ou commerciales.

 ODD 6 ET PRESSION DÉMOGRAPHIQUE 

À quatre ans de l’échéance des Objectifs de développement durable, le constat est partagé. Cheikh Tidiane Dieye le formule sans détour. « A quatre ans de l’échéance de la mise en œuvre des objectifs de développement durable, l’ODD 6 notamment, qui vise à garantir l’accès universel et équitable à l’eau propre et à l’assainissement et à assurer une gestion durable des ressources en eau d’ici 2030 semble être un horizon inaccessible. Sur le chemin de l’accès universel se dressent encore des écueils multiples qui en ralentissent le rythme pour en compromettre les résultats.»

 Il mise toutefois sur une dynamique collective. « De ces volontés conjuguées naîtra une synergie qui permettra de réaliser le saut qualitatif au-delà des barrières psychologiques ou réelles entre l’ambition et la réalisation. » À Yaoundé, le message est clair. Le déficit d’accès à l’eau et à l’assainissement n’est plus seulement un enjeu social. Il devient un test de crédibilité financière, de gouvernance sectorielle et de capacité à structurer des modèles économiques viables dans un environnement budgétaire sous tension. Le congrès se poursuit avec des sessions techniques et des rencontres dédiées aux financements et aux partenariats.

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