La statistique ne doit plus seulement être perçue comme une simple compilation de données. Mais comme une véritable boussole au service de la gouvernance », a déclaré Jean Tchoffo, Secrétaire général du ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat) lors de la première de la première session extraordinaire du Conseil national de l’information statistique, le mardi 7 avril à Yaoundé.
La rencontre qu’a présidé le secrétaire général du Minepat, s’inscrit dans un agenda de consolidation du Système national d’information statistique. L’objectif immédiat consiste à doter le dispositif d’outils opérationnels et d’un cadre de gouvernance plus cohérent.
Au centre des échanges ce mardi 7 avril à l’Hôtel Mont Fébé, le Plan de travail budgétaire annuel 2027. Ce document structure la production statistique nationale. Il hiérarchise les priorités, identifie les contraintes de financement observées en 2026 et répartit les ressources par domaine. Les volumes financiers donnent la mesure de l’effort.
Le programme 2026 mobilise 31,5 milliards de FCFA, contre 31 milliards projetés pour 2027. La participation institutionnelle reste partielle avec 64 % des administrations impliquées dans l’élaboration du plan. Dans le détail, les grandes opérations programmées traduisent l’ambition d’un système plus robuste. Le recensement général de la population et de l’habitat couplé à celui de l’agriculture et de l’élevage figure en première ligne, avec une phase de dénombrement prévue entre avril et mai 2026.
S’y ajoutent l’enquête auprès des ménages, les dispositifs sur l’emploi et le secteur informel, ainsi que la mise en place d’un système d’information éducatif. Le SNIS entre dans une phase d’industrialisation de la production statistique. La liste des opérations prévues en 2026 est longue et techniquement exigeante.
Il y a la sixième Enquête camerounaise auprès des ménages, la MICS 7, le quatrième recensement général de la population et de l’habitat, le recensement général de l’élevage et de l’agriculture, l’enquête sur l’emploi et le secteur informel, ainsi que la mise en place d’un système d’information pour la gestion de l’éducation.
À cela s’ajoute un chantier particulièrement lourd. Le dénombrement principal du quatrième RGPH, couplé au RGAE, est fixé du 24 avril au 29 mai 2026. Une opération de cette ampleur mobilise du personnel, de la logistique, des outils de collecte, du traitement, de la supervision et du contrôle qualité. Le coût n’est pas seulement financier. Il est aussi organisationnel et temporel.
DÉPENDANCE FINANCIÈRE ET ARBITRAGES
Le financement du système statistique reste largement tributaire de ressources extérieures. Sur 31,5 milliards de FCFA mobilisés en 2026, 18,28 milliards proviennent de partenaires techniques et financiers, contre 12,87 milliards issus du budget national.
Cette configuration impose des arbitrages permanents. « Il s’agit de doter les structures des ressources nécessaires pour anticiper les besoins statistiques des utilisateurs », insiste Jean Tchoffo. Derrière l’enjeu budgétaire, se joue la capacité de l’État à produire des données fiables dans des délais compatibles avec la décision publique.
VERS UNE NORMALISATION INTERNATIONALE
L’autre axe structurant concerne la migration vers la norme spéciale de diffusion des données. Le basculement depuis le système général amélioré constitue un saut qualitatif. Pour l’administration, l’enjeu dépasse la technique. Il s’agit d’un signal adressé aux investisseurs et aux partenaires.
La conformité à cette norme atteste de la fiabilité, de la régularité et de l’accessibilité des indicateurs macroéconomiques. L’intégration dans ce cercle restreint renforce la crédibilité du pays sur les marchés financiers et améliore la lisibilité de son environnement économique. La structuration du système passe aussi par des ajustements réglementaires.
Selon Vicky Laure Nana Nyassa, ingénieure statisticienne, deux textes sont en préparation. L’un porte sur l’attribution du visa statistique, l’autre sur l’organisation du secrétariat permanent du Conseil. La stratégie nationale de développement de la statistique constitue le socle programmatique. Elle encadre la production des données officielles et assure le suivi de la stratégie nationale de développement 2020-2030.
Sa mise à jour s’effectue par cycles triennaux glissants, adossés aux plans budgétaires annuels. La session se tient dans un contexte économique contraint, marqué par des chocs exogènes répétés. Pour les autorités, la montée en puissance du système statistique devient un impératif.
Les partenaires internationaux restent mobilisés. La Banque mondiale accompagne le processus à travers un programme régional d’harmonisation statistique. Ce dispositif soutient notamment la réalisation des grandes enquêtes structurantes.
Au-delà des instruments techniques, l’enjeu demeure politique. Il s’agit d’installer un système capable de soutenir le pilotage de la SND30, d’éclairer les politiques publiques et de renforcer la confiance dans les données officielles.
Dans cette séquence, le CNIS s’affirme comme l’organe de régulation et de coordination. La session extraordinaire marque ainsi l’ouverture d’un cycle de réforme où la statistique devient un levier central de gouvernance économique.







