Le Gecam vient de rendre public son rapport d’évaluation et de plaidoyer sur les conséquences économiques de la crise post-électorale. Selon cette étude conduite entre le 6 novembre et le 2 décembre 2025 auprès 289 entreprises, représentant un poids économique significatif avec un chiffre d’affaires cumulé de 4 825 milliards de FCFA, la crise a provoqué une contraction moyenne de 33,5 % du chiffre d’affaires. En valeur absolue, les pertes commerciales sont estimées à 202,2 milliards de FCFA, soit environ 0,6 % du PIB projeté pour 2025. À elle seule, la ville de Douala concentre près de 160,5 milliards de FCFA de manque à gagner
À ces pertes d’exploitation s’ajoutent des destructions matérielles massives. D’après le Gecam, 24 entreprises interrogées ont subi des dommages directs – vols, incendies ou vandalisme – pour un montant estimé à 91,5 milliards de FCFA (sur 15 entreprises ayant fourni les informations lors de l’enquête quantitative), principalement dans le commerce et la distribution. En intégrant ces destructions et le manque à gagner fiscal immédiat évalué à 43,3 milliards de FCFA, notamment sur la TVA et l’impôt sur les sociétés, l’addition pour l’économie atteint 337 milliards FCFA milliards de FCFA.
L’impact sectoriel est particulièrement marqué dans les activités dépendantes de la mobilité et de la demande intérieure. L’hôtellerie et la restauration ont vu leur chiffre d’affaires chuter de 53,4%, tandis que la construction, l’industrie et l’énergie enregistrent des reculs compris entre 40 % et 45 %. Le rapport souligne que ces contre-performances se sont propagées à l’ensemble de la chaîne productive via des ruptures logistiques majeures, notamment dans l’agriculture (86%) et l’industrie (74%).
Le patronat pointe également une flambée généralisée des coûts. Les entreprises déclarent une inflation moyenne de 20 % sur leurs intrants durant la période de crise, un taux qui dépasse 30 % dans l’agriculture, sous l’effet combiné des pénuries, des ralentissements du transport et des contrôles routiers. Trois entreprises sur quatre affirment avoir connu un arrêt total de leurs activités à un moment donné entre le 26 octobre et le 5 novembre 2025, période correspondant à l’intensification des troubles après la proclamation des résultats électoraux.
Cette paralysie a rapidement débouché sur une crise de trésorerie. 44% des entreprises interrogées indiquent ne plus être en mesure d’honorer leurs obligations fiscales, 44% leurs charges sociales, et 40 % déclarent des difficultés à rembourser leurs échéances bancaires. Le Gecam alerte sur le fait qu’environ 30% du tissu productif formel se trouve désormais dans une situation de vulnérabilité critique, avec un risque réel de faillites en chaîne si aucun soutien rapide n’est mis en place.
Sur le plan social, les premières conséquences sont déjà visibles. Environ 17 % des entreprises ont procédé à des réductions d’effectifs dans les semaines ayant suivi la crise. Au-delà des suppressions d’emplois, « 56 % des structures signalent une dégradation notable du climat social et du fonctionnement interne. La perception du climat des affaires demeure largement préoccupante : 81 % des entreprises qualifient la situation de fragile, critique ou très préoccupante. Dans ce contexte, le moral des dirigeants apparaît fortement affecté, avec 39 % exprimant un sentiment de pessimisme ou de détresse, proportion atteignant 50 % dans le secteur de l’hôtellerie-restauration », peut-on lire dans le rapport.







