Choc au cœur de l’intégration régionale en Afrique centrale. La Commission de la CEMAC a annoncé la suspension provisoire de la quasi-totalité de ses activités, faute de liquidités suffisantes. Une situation qui met en lumière les fragilités structurelles du financement communautaire.
Une note circulaire qui sonne l’alarme
Le 5 février 2026, le Président de la Commission de la CEMAC, Baltasar Engonga Edjo’o, a signé une note circulaire qui agit comme un électrochoc. Le document, rendu public à l’ensemble des services de l’institution, dénonce une situation financière critique, au point de « mettre en asphyxie le fonctionnement régulier des Institutions ». Cette note ordonne la suspension provisoire de presque toutes les activités de la Commission, un tournant historique pour l’organe central de l’intégration régionale en Afrique centrale.
Un paradoxe budgétaire mortifère
À première vue, les projections budgétaires pour 2026 semblaient prometteuses. Le budget adopté fin 2025 s’élevait à 85,92 milliards de FCFA, en légère hausse de 2,4 %. Mais cette augmentation n’était que théorique. Selon les services comptables, la Commission subit depuis plusieurs années une « dégradation continue » de ses finances. Le décalage entre ambitions budgétaires et réalité financière met en évidence un paradoxe. Sur le papier, les chiffres étaient rassurants, mais la trésorerie reste insuffisante pour assurer le fonctionnement quotidien.
Le financement au cœur de la crise
Le problème est structurel. La Commission dépend essentiellement de la Taxe Communautaire d’Intégration (TCI), prélevée à hauteur de 1 % sur les importations hors zone. Le Président de la Commission a dénoncé publiquement le faible taux de reversement de cette taxe par les pays membres. Une mission de haut niveau, menée par le Vice-Président de la Commission dans les six États membres, devait sécuriser ces fonds. Quatre pays ont été visités, mais les résultats escomptés tardent à se matérialiser. Sans ces ressources, la Commission ne dispose que d’un très faible niveau de trésorerie disponible, compromettant ses opérations quotidiennes.
Une institution à l’arrêt
Les mesures d’urgence prises par la Commission sont radicales. La suspension de toutes les missions a été décidée, seules celles jugées d’importance hautement stratégique sont maintenues. Le suivi du plan CAP 2025 et les réformes institutionnelles prévues sont bloqués. Cette paralysie intervient alors que la région subit une chute importante de ses réserves de change, avec une perte estimée à 1 300 milliards de FCFA fin 2025, exposant la zone à un risque de choc monétaire. Cette situation met en lumière une crise de crédibilité majeure pour la Commission et pour l’intégration régionale.
Vers une faillite annoncée ?
Le mot faillite n’est plus tabou. Si la Commission ne parvient pas à sécuriser le reversement de la TCI, son existence même comme moteur de l’intégration régionale pourrait être compromise. L’institution se retrouve incapable d’honorer ses engagements et dépend entièrement des bailleurs de fonds internationaux pour le financement des grands projets d’infrastructure.
Un sursaut politique nécessaire
La Commission de la CEMAC se trouve aujourd’hui dans une impasse. La sortie de cette asphyxie passe par un sursaut politique immédiat des chefs d’État membres lors du prochain sommet extraordinaire, afin que les promesses budgétaires se traduisent enfin en liquidités réelles.







